Photo : S. Zoheir Par Ali Boukhlef C'est dans le sillage de l'ouverture démocratique, opérée grâce à la Constitution de février 1989, que sont nées des dizaines d'organisations syndicales. Il est difficile de donner, aujourd'hui, le nombre de syndicats agréés, puisque certains d'entre eux ne sont plus en activité depuis belle lurette.Cette ouverture syndicale n'a pas que des vertus. Au début des années 1990, le monde syndical algérien vivait au rythme d'une société qui vit un parti islamiste, le FIS (dissous), gagner des élections législatives – le deuxième tour a été suspendu en janvier 1992 - et se mit donc à la mode islamiste. Un syndicat fondamentaliste est créé dans le sillage de l'apparition du parti dissous : le Syndicat islamiste des travailleurs (SIT) voit le jour. Il prend rapidement de l'ampleur jusqu'à devenir le rival directe de la Centrale syndicale, Union générale des travailleurs algériens (UGTA). La suite on la connaît. Le syndicat du FIS organise une grève générale qui paralyse le pays et affiche directement ses intentions de devenir un appui «syndical» à un parti qui veut tout rafler, lui qui avait gagné, en 1990, les élections locales. Cette malheureuse expérience pousse les autorités du pays à dissoudre le Front islamique du Salut (FIS) et son corolaire social, le SIT. Une manière de gagner du temps et un brin de paix dans un pays de plus en plus gagné par la violence terroriste, conséquence directe de l'interruption du processus électoral de janvier 1992.La décennie 1990 est une ère presque perdue pour le pays. Les agréments des syndicats autonomes ne se sont jamais arrêtés. Mais comme l'ensemble de la société, le cœur n'y est pas. Pourtant, il y avait matière pour les mouvements syndicaux. Puisque cette période de violences politiques était aussi marquée par l'application du Plan d'ajustement structurel qui avait conduit à la fermeture de dizaines d'entreprises. Les syndicats dits autonomes n'investissent pourtant pas le champ économique. L'essentiel des luttes s'est donc concentré autour de la Fonction publique qui catalyse, à elle seule, l'essentiel des cigles sortis au grand jour. C'est durant l'année universitaire 1995-1996 que le Cnes (Conseil national des enseignants du supérieur) paralyse les universités du pays pendant près de deux mois pour des revendications sociopédagogiques. C'était le véritable test des syndicats autonomes dans un terrain qui était la chasse-gardée de l'ancien syndicat unique. L'UGTA s'était vu tout simplement évincée d'un secteur qu'elle maîtrisait pourtant pendant des décennies. C'est cet ascendant des syndicats autonomes sur l'UGTA qu'a connu la Fonction publique au début des années 2000. Plusieurs sigles et autant de revendications ont vu le jour, notamment dans le secteur de l'éducation qui a été paralysé pendant plusieurs mois au courant de l'année 2005.Les tentatives de l'UGTA de rattraper le temps perdu se sont avérées vaines. Pourtant, à cette période, l'essentiel des syndicats qui avaient fait grève n'étaient même pas agréés. Ce qui sera fait des années plus tard. Cette tendance à la mobilisation des syndicats autonomes est un peu freinée ces dernières années. Les causes sont multiples. Mais un fait est là : les autorités publiques ne reconnaissent comme seul partenaire syndical que l'UGTA. Autant dire que le combat des syndicats autonomes est encore long.