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Huawei : La directrice financière soupçonnée de fraude par les Etats-Unis
Publié dans Le Maghreb le 10 - 12 - 2018

La directrice financière du géant chinois des télécoms Huawei est soupçonnée par les Etats-Unis d'avoir fraudé pour contourner les sanctions américaines contre l'Iran, selon les informations révélées vendredi pendant une audience devant un tribunal canadien.

La justice américaine demande l'extradition de Meng Wanzhou, qui a été arrêtée au Canada à la demande des Etats-Unis samedi dernier.
Après plusieurs heures de débat, l'audience devant un juge de la Cour suprême de Vancouver a été ajournée et reprendra lundi. Le juge devrait alors se prononcer sur une éventuelle libération sous caution de Mme Meng, qui d'ici là restera en détention dans la banlieue de Vancouver. Meng Wanzhou, 46 ans, est soupçonnée d'avoir menti à plusieurs banques sur les liens entre Huawei et l'une de ses filiales, SkyCom, ce qui a permis à cette société d'accéder au marché iranien en violation des sanctions américaines, a révélé l'avocat représentant le gouvernement canadien, John Gibb-Carsley, devant une salle d'audience comble. Mme Meng aurait personnellement nié auprès de banquiers américains, en 2013, tout lien direct entre Huawei et la société SkyCom, alors qu'en fait "SkyCom c'est Huawei", selon les autorités américaines.
La dirigeante était membre du conseil d'administration de SkyCom il y a une dizaine d'années, mais la société a été vendue depuis, selon son avocat, David Martin. Mais, selon la justice américaine, le groupe chinois en a gardé le contrôle de fait, les employés de SkyCom ayant par exemple continué à utiliser les adresses électroniques huawei.com.
La dirigeante est accusée de "complot d'escroquerie au détriment de plusieurs institutions financières", des chefs d'accusation passibles de 30 ans de prison chacun aux Etats-Unis, a révélé M. Gibb-Carsley.
Le représentant du gouvernement s'est opposé à la remise en liberté conditionnelle de la fille de Ren Zhengfei, fondateur de Huawei en 1987 et ancien membre de l'armée chinoise. Il a estimé qu'elle avait de bonnes raisons pour être tentée de fuir le Canada et rentrer en Chine.
Mme Meng en a les moyens financiers, la Chine et les Etats-Unis n'ont signé aucun traité d'extradition et Mme Meng a "l'habitude d'éviter les Etats-Unis depuis qu'elle a pris conscience qu'une enquête criminelle la visait", a expliqué M. Gibb-Carsley.
L'avocat de Mme Meng a pour sa part assuré que sa cliente ne prendrait pas le risque de "faire honte" à son père, sa société et son pays en prenant la fuite.
Elle s'engagerait par ailleurs à rendre ses passeports, à porter un bracelet électronique et à financer sa propre surveillance pendant la procédure.
Huawei a réagi dans un communiqué vendredi soir en expliquant qu'il "continuerait à suivre les audiences" la semaine prochaine et en faisant part de sa "confiance que les systèmes judiciaires américain et canadien arriveront aux bonnes conclusions".

"Pas d'intervention politique"
Mme Meng avait été arrêtée le 1er décembre à l'aéroport de Vancouver, lors d'une escale entre Hong Kong et le Mexique.
Le processus d'extradition, dans le cadre d'un accord bilatéral entre les Etats-Unis et le Canada, peut prendre des mois voire des années avant d'aboutir, en raison des nombreuses possibilités d'appel. L'annonce de l'arrestation de Mme Meng quelques jours après la trêve dans la guerre commerciale entre Pékin et Washington, a provoqué la colère des autorités chinoises qui ont exigé sa remise en liberté immédiate. "Nous exigeons des deux parties (Canada et Etats-Unis) que des clarifications nous soient fournies au plus vite quant aux motifs de cette détention", a martelé jeudi le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang. Face aux critiques de la Chine, avec laquelle le Canada tente de renforcer les liens commerciaux, le Premier ministre Justin Trudeau a assuré que la décision d'arrêter la dirigeante chinoise avait été prise par la justice canadienne, à la demande de la justice américaine, sans aucune intervention politique d'Ottawa. "On a été avisé du processus judiciaire quelques jours avant que l'arrestation soit faite", a reconnu jeudi M. Trudeau. Toutefois, "il n'y a pas eu d'intervention politique dans cette décision car nous respectons l'indépendance du système judiciaire", a-t-il insisté. "Je n'ai pas eu de discussions avec mes homologues chinois à ce sujet".
Les produits Huawei sont utilisés par des opérateurs téléphoniques dans le monde entier, notamment en Europe, en Afrique et au Canada. Mais le groupe connaît des déboires aux Etats-Unis, où il a été banni des projets d'infrastructures pour des raisons invoquées de sécurité nationale et de craintes d'espionnage au profit de Pékin.

Demande de remise en liberté à Vancouver
L'arrestation de Mme Meng, 46 ans, quelques jours après l'annonce d'une trêve dans la guerre commerciale entre Pékin et Washington, a provoqué la colère des autorités chinoises, qui ont immédiatement exigé sa remise en liberté.
"Nous exigeons des deux parties (Canada et Etats-Unis) que des clarifications nous soient fournies au plus vite quant aux motifs de cette détention", a martelé jeudi le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang.
Il a demandé la remise en liberté "immédiate" de Meng Wanzhou, fille de Ren Zhengfei, fondateur de Huawei en 1987 et ancien membre de l'armée chinoise.
Selon le quotidien Globe and Mail, qui cite un avocat spécialisé, la directrice financière de Huawei devrait s'engager, si elle est remise en liberté, à séjourner dans un lieu privé et sécurisé, sous surveillance électronique, dans l'attente d'une décision sur son extradition.
Ce processus, dans le cadre d'un accord bilatéral entre les Etats-Unis et le Canada, peut prendre des mois voire des années avant d'aboutir, en raison des nombreuses possibilités d'appel. La décision finale reviendra au ministre canadien de la Justice.
Face aux critiques de la Chine, avec laquelle le Canada tente de renforcer les liens commerciaux, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a assuré que la décision d'arrêter la dirigeante chinoise avait été prise par la justice canadienne, à la demande de la justice américaine, sans aucune intervention politique d'Ottawa.

Attitude de "voyou"
"On a été avisé du processus judiciaire quelques jours avant que l'arrestation soit faite", a reconnu jeudi M. Trudeau. Toutefois, "il n'y a pas eu d'intervention politique dans cette décision car nous respectons l'indépendance du système judiciaire", a-t-il insisté. "Je n'ai pas eu de discussions avec mes homologues chinois à ce sujet".
La Maison Blanche était également prévenue de cette arrestation, survenue le jour même où le président Donald Trump dînait avec son homologue Xi Jinping, a confié à la radio NPR le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, John Bolton.
La rencontre samedi entre les présidents américain et chinois s'était conclue par l'annonce d'une trêve dans la guerre commerciale sino-américaine.
Vendredi, la presse chinoise a dénoncé l'attitude de "voyou" des Etats-Unis, destinée selon elle à contenir les ambitions technologiques du pays asiatique.
"De toute évidence, Washington a recours à cette misérable attitude de voyou car il ne peut stopper la progression de Huawei sur le marché de la 5G", dénonce ainsi la quotidien Global Times, au ton souvent nationaliste.
Les produits Huawei sont utilisés par des opérateurs téléphoniques dans le monde entier, notamment en Europe et en Afrique. Mais le groupe connaît des déboires aux Etats-Unis, où il a été banni des projets d'infrastructures pour des raisons invoquées de sécurité nationale et de craintes d'espionnage au profit de Pékin.
Des craintes relayées en Europe: le vice-président de la Commission européenne Andrus Ansip a estimé vendredi à Bruxelles que l'Union européenne avait de bonnes raisons de "s'inquiéter" des risques que des entreprises chinoises de technologies comme Huawei faisaient courir en matière de sécurité.
Huawei s'est immédiatement dit "surpris et déçu" par les propos de M. Ansip.

La "princesse" au piège de la rivalité Chine-USA
Elle a commencé comme secrétaire mais semblait partie pour succéder à son père à la tête de Huawei, numéro deux mondial des téléphones portables. Meng Wanzhou n'avait pas prévu de se retrouver entre-temps dans une prison canadienne, au cœur de la rivalité stratégique Chine-Etats-Unis. Directrice financière du géant chinois, Mme Meng a été arrêtée la semaine dernière à Vancouver et est en instance d'extradition vers les Etats-Unis.
L'incident ne figurait pas dans le plan de carrière de Mme Meng, qui semblait bien partie pour devenir l'une des femmes d'affaires les plus puissantes de la planète le jour où elle succéderait à son père à la tête du groupe basé à Shenzhen (sud).
Ren Zhengfei, ancien ingénieur de l'armée chinoise, a fondé Huawei en 1987 avec un capital initial de quelques milliers de dollars. A 74 ans, il reste président du groupe, désormais à la 72e place du classement des 500 premières entreprises mondiales du magazine Fortune, avec un chiffre d'affaires annuel de près de 80 milliards d'euros.
Le groupe est devenu l'un des premiers fournisseurs mondiaux d'équipements pour réseaux de télécommunications, suscitant les soupçons des Etats-Unis et d'autres pays qui s'alarment de ses liens éventuels avec Pékin.

Dactylo
Si elle est la fille du fondateur de Huawei, les dirigeants de Huawei assurent que la promotion interne dépend du mérite.
L'intéressée insiste sur ses débuts tout au bas de l'échelle. Selon les médias chinois, elle aurait raconté dans une note interne avoir commencé comme standardiste/dactylo.
Elle a ensuite obtenu un diplôme de gestion en Chine avant de rejoindre les services financiers de Huawei.
Toujours selon la presse chinoise, elle faisait à ses débuts preuve d'une grande discrétion, au point que peu de gens savaient qui était son père -- ne serait-ce que parce qu'elle porte depuis son plus jeune âge le nom de famille de sa mère, pour une raison inconnue.
Ren Zhengfei "est un patron au travail et un père à la maison", a déclaré Mme Meng, cherchant à démontrer que son ascension n'avait rien à voir avec son état de "fille de". Dans ses interviews, elle parle du "président Ren", jamais de "mon père".
Huawei, qui n'est pas coté en Bourse, a attendu 2011 pour dévoiler la liste de ses dirigeants -- révélant alors que Mme Meng occupait les fonctions de directrice financière.
Le groupe dit lui devoir la réorganisation de ses services informatiques et financiers dès le début des années 2000, afin de répondre à sa croissance rapide à l'international.

Avec Poutine
A la différence des hommes d'affaires un peu ternes qui peuplent les conseils d'administration des grandes entreprises chinoises, Mme Meng a la réputation d'être souriante et accessible, en dépit de son surnom de "Princesse de Huawei". Elle s'exprimerait facilement en anglais et a pris deux prénoms à consonance occidentale, "Cathy" et "Sabrina". Elle a représenté le groupe à l'étranger, apparaissant en 2014 au côté du président russe Vladimir Poutine lors d'un forum économique à Moscou. Agée d'environ 46 ans, Mme Meng semble éloignée du style de vie beaucoup plus mondain de sa jeune demi-sœur Annabel Yao, qui devait le mois dernier participer à Paris au Bal des débutantes, selon l'hebdomadaire Paris-Match. On ignore si elle est mariée, mais la presse chinoise lui attribue deux enfants. La rumeur sur la succession de M. Ren voulait initialement que son fils Ren Ping soit l'heureux élu, obligeant le président du groupe à démentir en 2013 dans un courriel interne. Mais Ren Ping n'apparaît pas dans la liste des administrateurs du groupe et a pratiquement disparu des médias chinois ces dernières années, augmentant la cote de Meng Wanzhou jusqu'à son arrestation à Vancouver.


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