Real Madrid: Navas tout proche du PSG ?    CRB: Amrani dirigera le Chabab à N'Djamena    JSK - Zeghdane: «Nous sommes déterminés, la qualification est notre seul objectif»    "Il y a beaucoup d'arnaques"    Le maréchal Haftar source d'alimentation du marché noir pétrolier    «Les manœuvres marocaines à Guerguerat menacent la sécurité de toute la région»    L'ONU craint une fragmentation    Le Soudan se dote de nouvelles institutions    Une nouvelle coalition pour barrer la route à Matteo Salvini    5e colonne, en marche !    Benflis insiste sur le départ du gouvernement    Le projet de convention nationale finalisé aujourd'hui    Rassemblement demain devant l'ambassade d'Algérie à Paris    Ribéry prolonge le plaisir chez la Viola    Les joueurs mettent fin à la grève    Où en est l'aménagement du futur parc de Sidi-Ghilès ?    Collecte d'affaires scolaires pour les enfants défavorisés    Nouveau décès parmi les pèlerins algériens    3 morts et 35 blessés dans deux accidents de la route    Un danger permanent en période de grosses chaleurs à Naâma    Tôt ou tard, le rêve redémarrera !    Grande offensive des affaires religieuses    Où est passé le ministre des Moudjahidine ?    Trois sœurs de Kasdi Merbah appellent à rouvrir le dossier    Slimani : Tout pour aider son nouveau club    CAN-2019 (U23) : La sélection nationale en stage à Sidi Moussa    Ligue 2 : Le RCA et l'OMA autorisés à jouer à domicile    L'incident a créé la panique : Deux blessés dans la chute du toit d'une bâtisse à Skikda    Litige opposant Hydro Canal à une société italienne: Risque de vente aux enchères des actions de la société algérienne    Enième report de la livraison des 2.800 logements AADL de Misserghine: Les souscripteurs protestent devant la wilaya    Un sommet avant le SommetV: Poutine en villégiature à Bormes-les-Mimosas    Constantine - Marchés des fruits et légumes: Chute relative des prix et timide reprise des activités    Chlef: Le secteur hôtelier renforcé    Djemaï s'essaye au désespéré sauvetage du FLN    La discipline des juges et magistrats    Risque d'embrasement ?    Après d'importants travaux de restauration: Les Arènes d'Oran ouvertes aux visiteurs    Tiaret: Le cimetière, ce lieu de rencontre des vivants    Artistes en herbe à l'affiche    Après le Front El Moustakbel, rencontre avec Talaï El-Houryate : L'instance de médiation et du dialogue à la rencontre de la société civile    Au deuxième trimestre : L'économie allemande s'est contractée, l'export souffre    Carlos Lopes: Avec la ZLEC, "les Africains ont avantage à faire du commerce intra-africain"    Au second trimestre : Thomson Reuters relève ses prévisions après une croissance de 4%    Energie solaire L'Algérie est prête pour la réalisation du projet national de production de 5600 MW d'électricité    Les 4 conditions de Benflis    Appel à l'investissement privé    L'opposition s'inquiète de l'entrée en vigueur de l'état d'urgence    Javier Bardem appelle à protéger les océans    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Le féminisme poétique pour exorciser la douleur
Lla Cherifa, la grande dame de la chanson kabyle
Publié dans Le Midi Libre le 15 - 09 - 2010

Cherifa, de son vrai nom Ouerdia Bouchemlal, est née le 9 janvier 1926 à Ilmayen, Akbou en Kabylie de la Soummam. Grande dame de la chanson algérienne en langue tamazight, a composé un répertoire de près de mille chansons dont uniquement sept cents sont enregistrées à la Radio Chaîne II. La plupart de ses œuvres sons inédites. Voila un patrimoine à exploiter pour qui veut relancer un pan de la culture algérienne.
Répertoire forgé dans la douleur, car comme disait Dda L'Mouloud Nath Maamer a propos de Jean Amrouche : « Le poète participe d'un monde étranger et supérieur au nôtre, quasi divin… Le poète est un personnage respecté, il a été choisi pour porter la parole… celle qui peut guérir ou tuer… Mais il ne suffit pas que la souffrance étreigne un être pour le métamorphoser en poète. Il faut encore qu'elle le transfigure et qu'il la dépasse. Si cette alchimie de l'âme et du monde n'a pas pris, c'est que la souffrance était de médiocre qualité et donc médiocre l'œuvre. »
La douleur en effet n'a pas épargnée notre diva nationale et c'est à travers elle que Cherifa s'est exprimé. Au deuxième jour de sa naissance, sa mère est répudiée. Cette dernière prend alors son enfant et retourne chez ses parents. Cependant pour une femme divorcée, vivre parmi ses belles-sœurs n'est vraiment pas une sinécure. Sous nos latitudes le statut de femme divorcée n'est pas enviable, d'ailleurs et malheureusement toujours à l'heure actuelle. Aussi sa maman ne tarda pas à se remarier laissant derrière elle la petite Cherifa qui se retrouve orpheline, du vivant de ses parents, et à la merci de ses oncles maternels. Mais il faut croire que Dame Nature n'a pas totalement abandonné Cherifa puisqu'elle l'a doté d'une voix magnifique et d'une imagination fertile. C'est donc très tôt, dès sa prime enfance, que notre poétesse met des notes musicales à ses textes juvéniles. En gardant ses moutons Cherifa chante toute la journée à la fois pour compenser le manque d'affection parentale et les affres de la faim. Il faut dire néanmoins que dans la Kabylie des années 40 chanter est déshonorant (pour une femme c'est doublement déshonorant). Le paradoxe est que nous aimons les artistes à condition qu'ils ne soient pas nos proches. D'ailleurs c'est pourquoi, le célèbre chanteur Idir dans les années 70 avait caché à sa mère qu'il chantait pour ne pas la décevoir alors que ses chansons sublimes étaient appréciées de celle-ci en l'ignorance de leur auteur-interprète. La petite Cherifa donc recevait des corrections de ses tuteurs inhumains lorsqu'ils la surprenaient entrain de se laisser aller dans le monde mystérieux de la poésie chantée. L'arrachant de cette évasion mystique, les punitions atroces venaient l'envahir surtout qu'elles consistaient, par exemple, à la tremper en plein hiver dans des torrents glacials ou de l'enfoncer dans la neige jusqu'à presque en mourir de froid comme si on voulait se débarrasser d'elle (des sévices que nos moudjahidate subissaient des mains du joug colonial). Voila les conditions de vie de Cherifa chez ses oncles maternels jusqu'à ce qu'elle soit prise en pitié par sa cousine Lla Yamina, son aînée, chanteuse d'expression kabyle. Cette dernière lui propose de quitter le village pour des cieux plus cléments alors qu'elle venait d'avoir ses 16 printemps. C'est dans le train qui l'emmenait vers Alger et au coup de sifflet du chef de gare sachant qu'elle ne verra plus de si tôt sa Kabylie natale, sous peine de mort car ses oncles n'allait pas lui pardonner sa fugue, qui les déshonoraient selon leur conception de la vie, que l'inspiration lui vint et qu'elle composa « Abka wala khil ay akbou » en 1952. Texte poignant rendu éternel par une voix sublime. A Alger elle chante à la Radio Chaîne II, cependant le fisc devient de plus en plus gourmand sur les droits d'auteur insuffisants et la galère reprend jusqu'à être obligée de quitter la radio et de faire le ménage dans une caserne durant environ sept années. Même si sa propre souffrance était incommensurable, cela ne l'empêche pas à sublimer cette douleur dans des textes poétiques, d'autant plus qu'elle devint pour la gent féminine kabyle une véritable thérapie musicale à travers laquelle elles s'identifièrent. Son destin est semblable aux milliers de femmes algériennes en général et kabyles en particulier, qui souffraient au début d'un manque paternel puis marital. Aussi très sensible à la condition féminine de ses concitoyennes la chanson « Aya zarzour tevit à el vavour » s'impose à elle pour témoigner de la situation des femmes séduites et abandonnées. Cherifa chante la douleur en paroles, mais demeure sereine, à l'image de ces femmes perchées sur les hautes montagnes de Kabylie, comme si son attitude nous commandait de ne pas désespérer, elle ne sourit pas non plus, du moins rarement car peut-être qu'inconsciemment elle pense son combat contre la condition féminine trop grave et sérieux. Une attitude de la femme non pas soumise à son destin mais confiante en l'avenir de ses filles.
Cherifa, de son vrai nom Ouerdia Bouchemlal, est née le 9 janvier 1926 à Ilmayen, Akbou en Kabylie de la Soummam. Grande dame de la chanson algérienne en langue tamazight, a composé un répertoire de près de mille chansons dont uniquement sept cents sont enregistrées à la Radio Chaîne II. La plupart de ses œuvres sons inédites. Voila un patrimoine à exploiter pour qui veut relancer un pan de la culture algérienne.
Répertoire forgé dans la douleur, car comme disait Dda L'Mouloud Nath Maamer a propos de Jean Amrouche : « Le poète participe d'un monde étranger et supérieur au nôtre, quasi divin… Le poète est un personnage respecté, il a été choisi pour porter la parole… celle qui peut guérir ou tuer… Mais il ne suffit pas que la souffrance étreigne un être pour le métamorphoser en poète. Il faut encore qu'elle le transfigure et qu'il la dépasse. Si cette alchimie de l'âme et du monde n'a pas pris, c'est que la souffrance était de médiocre qualité et donc médiocre l'œuvre. »
La douleur en effet n'a pas épargnée notre diva nationale et c'est à travers elle que Cherifa s'est exprimé. Au deuxième jour de sa naissance, sa mère est répudiée. Cette dernière prend alors son enfant et retourne chez ses parents. Cependant pour une femme divorcée, vivre parmi ses belles-sœurs n'est vraiment pas une sinécure. Sous nos latitudes le statut de femme divorcée n'est pas enviable, d'ailleurs et malheureusement toujours à l'heure actuelle. Aussi sa maman ne tarda pas à se remarier laissant derrière elle la petite Cherifa qui se retrouve orpheline, du vivant de ses parents, et à la merci de ses oncles maternels. Mais il faut croire que Dame Nature n'a pas totalement abandonné Cherifa puisqu'elle l'a doté d'une voix magnifique et d'une imagination fertile. C'est donc très tôt, dès sa prime enfance, que notre poétesse met des notes musicales à ses textes juvéniles. En gardant ses moutons Cherifa chante toute la journée à la fois pour compenser le manque d'affection parentale et les affres de la faim. Il faut dire néanmoins que dans la Kabylie des années 40 chanter est déshonorant (pour une femme c'est doublement déshonorant). Le paradoxe est que nous aimons les artistes à condition qu'ils ne soient pas nos proches. D'ailleurs c'est pourquoi, le célèbre chanteur Idir dans les années 70 avait caché à sa mère qu'il chantait pour ne pas la décevoir alors que ses chansons sublimes étaient appréciées de celle-ci en l'ignorance de leur auteur-interprète. La petite Cherifa donc recevait des corrections de ses tuteurs inhumains lorsqu'ils la surprenaient entrain de se laisser aller dans le monde mystérieux de la poésie chantée. L'arrachant de cette évasion mystique, les punitions atroces venaient l'envahir surtout qu'elles consistaient, par exemple, à la tremper en plein hiver dans des torrents glacials ou de l'enfoncer dans la neige jusqu'à presque en mourir de froid comme si on voulait se débarrasser d'elle (des sévices que nos moudjahidate subissaient des mains du joug colonial). Voila les conditions de vie de Cherifa chez ses oncles maternels jusqu'à ce qu'elle soit prise en pitié par sa cousine Lla Yamina, son aînée, chanteuse d'expression kabyle. Cette dernière lui propose de quitter le village pour des cieux plus cléments alors qu'elle venait d'avoir ses 16 printemps. C'est dans le train qui l'emmenait vers Alger et au coup de sifflet du chef de gare sachant qu'elle ne verra plus de si tôt sa Kabylie natale, sous peine de mort car ses oncles n'allait pas lui pardonner sa fugue, qui les déshonoraient selon leur conception de la vie, que l'inspiration lui vint et qu'elle composa « Abka wala khil ay akbou » en 1952. Texte poignant rendu éternel par une voix sublime. A Alger elle chante à la Radio Chaîne II, cependant le fisc devient de plus en plus gourmand sur les droits d'auteur insuffisants et la galère reprend jusqu'à être obligée de quitter la radio et de faire le ménage dans une caserne durant environ sept années. Même si sa propre souffrance était incommensurable, cela ne l'empêche pas à sublimer cette douleur dans des textes poétiques, d'autant plus qu'elle devint pour la gent féminine kabyle une véritable thérapie musicale à travers laquelle elles s'identifièrent. Son destin est semblable aux milliers de femmes algériennes en général et kabyles en particulier, qui souffraient au début d'un manque paternel puis marital. Aussi très sensible à la condition féminine de ses concitoyennes la chanson « Aya zarzour tevit à el vavour » s'impose à elle pour témoigner de la situation des femmes séduites et abandonnées. Cherifa chante la douleur en paroles, mais demeure sereine, à l'image de ces femmes perchées sur les hautes montagnes de Kabylie, comme si son attitude nous commandait de ne pas désespérer, elle ne sourit pas non plus, du moins rarement car peut-être qu'inconsciemment elle pense son combat contre la condition féminine trop grave et sérieux. Une attitude de la femme non pas soumise à son destin mais confiante en l'avenir de ses filles.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.