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QUE GÈRE L'ETAT?
Publié dans Le Quotidien d'Algérie le 11 - 08 - 2018


‘'Un Etat « confisqué » est un Etat mort-né.''
Ferhat Abbas (Homme d'Etat Algérien 1899 – 1984)
On examinera ici d'une manière explicite dans sa pensée la violence dans le discours et les institutions, dans les postures sociales et les pouvoirs – le cas de l'Algérie.
Personne ne peut nier que la société algérienne est malade. Et que cette maladie s'appelle : la violence ; une violence sociale au quotidien, et une autre, sournoise, étatique et arbitraire qui étrangle l'âme et confine le citoyen à l'absurde.
Néanmoins, il ne s'agit évidemment pas de dire : le pouvoir est fondamentalement violent. Il s'agit plutôt de décrire, à chaque fois, des configurations historiques déterminées ou des cadres méthodologiques précis, où la violence domine.
Si l'Etat est par essence totalitaire, il faudrait alors chercher le salut du côté de la société civile et l'élite intellectuelle non organique. Mais le plus souvent, il s'agit surtout de dénoncer une perversion de la raison d'Etat, plutôt que l'Etat lui-même. Ce qui est condamné ce n'est pas l'Etat en soi, mais la prédominance d'une raison d'Etat calculatrice, froide, technicienne, au détriment d'une raison critique et porteuse de valeurs.
Par principe la raison d'Etat suppose le rejet de violence, ce qui est tout à fait cohérent. Pour appréhender ce qu'il y a de provocateur dans cet énoncé, il faut considérer la thèse historique. Elle consiste à dire : la raison d'Etat appréhende la violence, et en l'appréhendant elle se l'approprie, la contrôle, l'intègre et finalement l'instrumentalise.
Si une des fonctions de l'Etat est d'exclure la violence du champ social, quand la raison d'Etat se charge de la contrôler, elle ne fait que la reconduire une nouvelle fois, comme outil de subjugation en lacérant à jamais l'âme et l'imaginaire de la société.
Dans cette configuration le discours régnant ne peut constituer pour le citoyen un espace qui lui permettrait d'exprimer son identité et de se retrouver dans sa vérité.
Conséquemment, et au-delàs du politique, du social et du religieux, ce discours se déporte et devient ainsi un élément mortifère, une structure anonyme, d'apparence humaine dans laquelle le citoyen fait l'épreuve de sa dispersion, de son déchirement, de sa mort.
Mais le but n'est pas de dénoncer, de manière nihiliste et relativiste, l'imposture de la raison d'Etat en révélant son ancrage pratique ou ses effets politiques.
Il s'agit surtout de montrer qu'on ne peut jamais séparer totalement, d'une part, un domaine qui serait celui de l'Etat intéressé, établissant la vérité de ses objets dans la transparence d'un engagement fondamental, et de l'autre un domaine des purs rapports de force où régneraient la manipulation et le mensonge.
Etat et raison d'Etat sont les deux faces d'une même réalité. Et en somme toute, la vérité désigne moins l'accord des significations que la vectorisation des forces structurant la société.
En Algérie : le pouvoir c'est l'Etat, et l'Etat s'apparente à la violence ; les différentes analyses ont montré qu'à travers les concepts de « guerre civile » et de « raison d'Etat », il faut bien poser la problématique de la violence politique.
L'Etat Algérien fut dès sa naissance une instance souveraine de décision, structurée par des règles de droit imposées de force, et obligeant les citoyens, qui relèvent de sa juridiction, à l'obéissance totale.
Une société politique peut être définie généralement comme un état de concorde obtenu par l'imposition d'un droit unique à un ensemble donné de sujets.
Le pouvoir, en ce sens, serait le contraire de la violence, puisque l'affirmation d'un ordre juridique fait sortir la société, une fois qu'elle est instaurée, d'un état de guerre pré-politique, défini comme pure violence.
Dans cette l'hypothèse : le pouvoir est déterminé comme ordre juridique institué ; et le droit, c'est la paix.
En Algérie, la violence politique n'a jamais disparu du champ social. Elle a pris d'autres formes qui jaillissent indépendamment ou dans leur collectivement au grès d'une raison d'Etat qui ne reconnaît que sa propre raison rendant ainsi caduque l'évidence d'une opposition irréductible entre autorité politique et violence, entre Etat de droit et état de guerre.
Ces formes ont pour noms : coercitions disciplinaires, la guerre civile perpétuelle, l'Etat d'exception permanent ; le racisme d'Etat.
L'Etat, selon la thèse classique, c'est le droit, et le droit c'est la paix. En Algérie ce thème d'un Etat souverain non-violent doit se construire au croisement d'un contenu historique d'une part et d'un discours politique d'autre part.
Le contenu historique, c'est la lente émergence d'une société civile porté par une élite intellectuelle qui réactive le droit primaire, le droit à la libre pensée – tel qu'il se doit d'être ré-élaboré dans d'une constituante, avec l'objectif d'asseoir une légitimité de son ukase d'abord sur le champ social ensuite sur le peuple en se basant sur le droit public.
Le discours politique, c'est l'idée développée par les théoriciens politiques du contrat que le droit étatique est formé à partir de la cession (une fois pour toutes et par tous les individus) de leurs droits naturels à un tiers, qui impose désormais un droit positif dont le respect devient la condition de la sécurité de tous.
Au croisement de ce contenu et de ce discours se construit une évidence : le pouvoir politique supposerait toujours l'instauration d'une paix civile par une autorité supérieure et le silence des armes pour toujours.
Et si gouverner selon l'Etat est un perpétuel va-et-vient entre le respect d'un ordre légal dont on se porte garant. Alors afin de renforcer cet Etat, l'adoption de mesures et la prise de décisions ne doit pas être au mépris de tout droit, sachant que l'ultime justification c'est le citoyen dans ses valeurs morales, ses dispositions légales, ses prescriptions naturelles.
Et en final, d'obédience humaine ou divine, la raison d'Etat doit se confirmer au contenu de ce discours.
Khaled Boulaziz


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