Les étudiants brisent le cordon policier, rue Hassiba    Protestation des journalistes hier à Tizi Ouzou    "Aucune disposition pénale ne sanctionne le port de l'emblème"    Rencontre, demain, des partisans d'une «transition de rupture»    Les citoyens de Haïzer réclament la libération immédiate des détenus    Trois manifestants placés sous contrôle judiciaire à Oran    Samy Agli, nouveau président du FCE    Redorer le blason de l'UGTA    Le Femise évoque la persistance du système de rente en Algérie    Poutine prolonge l'embargo alimentaire contre les Occidentaux    Ankara discute avec Moscou sur la date de livraison des missiles S-400    Le Mozambicain Anibal Manave élu président de FIBA Afrique    Dix à quinze jours d'indisponibilité pour Salif Sané    Allik sur les traces de Benkhelifa…    L'ONA actionne son dispositif d'intervention et d'alerte    Le plan canicule activé à Constantine    L'Algérien Toufik Hamoum à la tête du Conseil technique de l'Unesco    ACTUCULT    Le plasticien Ahmed Stambouli dévoile une nouvelle exposition    Deux stèles à l'effigie de Matoub Lounès et d'Imache Ammar    17,56 millions de dollars pour un film jamais tourné    Rétrospective sur le virtuose du cinéma algérien    Nouvelles de l'Ouest    Le secteur de la santé à Chlef : Beaucoup d'argent consommé sans impact sur la population    Retards dans la réalisation de projets sportifs : Des mises en demeure adressées aux entreprises et bureaux d'études    Saison estivale 2019 : Aménagement de 62 plages autorisées à la baignade    El Khroub: 8 compteurs électriques détruits par un incendie     Rocher de la vieille: Chute mortelle d'un homme du haut de la falaise    Tri et recyclage des déchets: Près de 1.024 tonnes de plastique valorisées par des entreprises en 6 mois    Groupe F : Cameroun-Guinée Bissau, aujourd'hui à 18h00: Les Lions Indomptables veulent rugir    Ali Benflis au « Le Quotidien d'Oran »: «Impérieuse nécessité d'un grand compromis national»    Conseil de la nation: La demande de levée de l'immunité parlementaire de Amar Ghoul à l'étude    Le PDG de Sonelgaz à Oran: Deux nouveaux directeurs de distribution installés à Oran et Es-Senia    Equipe nationale: Pouvait mieux faire !    Chambre de commerce et de l'industrie de l'Oranie - CCIO: La commission ad-hoc des JM 2021 installée    L'ARBRE DESSECHE    Analyse : Paix et sécurité en Afrique pour les nuls…et les plus avertis    Pour "réduire leur dépendance envers Moscou" : Les USA veulent accorder des prêts aux pays de l'Otan    Dédollarisation : Les alliés des Etats-Unis se débarrassent eux aussi du dollar    Energies renouvelables : L'Algérie s'est dotée d'une stratégie "ambitieuse" pour son développement    Avec Uptis : Michelin lance le pneu increvable    Libye: Le président du Conseil social des tribus Touareg salue les efforts de l'Algérie    Les études se poursuivent pour la reconversion de la prison de Serkadji en musée public    L'Etat à la rescousse    L'opposant Abdourahman Guelleh a pu quitter le pays    Mustang Shelby GT 500, un V8 de…770 chevaux !    Can 2019 Les verts réussissent leurs débuts    Speedy Algérie : Promo vacances sur les pneus, freins et cli    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





« Ce mouvement est sans doute unique dans notre histoire »
Publié dans Le Quotidien d'Algérie le 09 - 03 - 2019


Par: Hamid Guemache 09 Mars 2019 à 11:00
ENTRETIEN. Marnia Lazreag est professeur de sociologie à Hunter College et Graduate Center, de l'université de New York. Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages sur l'Algérie dont "Torture and the Twilight of Empire: From Algiers to Baghdad et "The Eloquence of Silence: Algerian Women in Question".
Par son ampleur et son caractère pacifique, ce mouvement est sans doute unique dans notre histoire. Je suis devenue majeure à notre indépendance qui fut marquée´aussi par de grandes manifestations. Je ne pense pas avoir assisté à une marée humaine aussi énorme que celle que j'ai vue aujourd'hui sur plusieurs chaînes. Il me semble que ce mouvement marque aussi un tournant dans la vie politique de l'Algérie. Le peuple dit son mot, de lui-même, sans encadrement politique, sans porte-parole, et a fait preuve jusqu'à présent d'une grande maturité, dans la mesure où il ne s'est pas départi de son but : pas de 5e mandat, et changement de gouvernance.
Non seulement Octobre 88 mais aussi la décennie noire ont fragilisé le peuple. Meurtri, il s'est laissé convaincre que le silence politique était la garantie de sa sécurité". Il suivit donc, tout en montrant son déplaisir ici et là par des émeutes ponctuelles. Depuis le 23 février, il s'est assumé. On dit qu'il a surmonté la peur. Il me semble qu'il n'avait pas peur avant. Il était plutôt résigné, découragé, ayant perdu l'espoir qu'un changement était possible.
Un point important: Il y avait/ il y a un problème générationnel en Algérie. Les jeunes qui n'ont pas connu la guerre 1954-62, et après plusieurs gouvernements successifs dirigés par les anciens du FLN, ces jeunes étaient devenus à la fois plein de ressentiment pour "les vieux," mais aussi se sentaient un peu amoindris par une histoire à laquelle ils n'avaient pas participé. Maintenant, ils ont, à mon avis, communié avec les générations précédentes et aussi acquis une nouvelle confiance en eux-mêmes. La solidarité intergénérationnelle que j'ai observée dans les marche est émouvante, et salutaire aussi. Elle comble un fossé qui existait réellement.
Il serait dommage que ce mouvement grandiose limite son objectif au retrait du 5e mandat seulement, bien que cela serait déjà une grande victoire, car le défi est réel. Il me semble, que la situation créée par l'ampleur de ce mouvement est incontournable. On ne peut plus nier le fait qu'il y a une nouvelle donne sur le terrain: la présence du peuple dans les espaces publics étaient jusque là interdite. Le mouvement a en fait mis les gouvernants devant un fait accompli : Nous sommes là, c'est à vous de bouger, semble-t-il dire. Comment le gouvernement va bouger est une autre affaire.
Ce mouvement exprime une volonté populaire, une rupture psychologique contre la résignation. L' Algérie sera différente quoiqu'il arrive. car ce mouvement est l'affaire de la troisième génération. Une génération qui s'assume et qui est fière d'être algérienne. J'ai lu une pancarte, posée contre un mur qui disait quelque chose comme: "Pour une fois, je ne veux pas quitter mon pays". C'est là un grand tournant psychologique chez nos jeunes.
Ce mouvement est un peu différent des "printemps arabes," parce que les Algériens appartiennent une histoire émaillée de contestations. Non seulement celle de 54-62, mais aussi celle de '88, et de 91-2002. Ce mouvement a des revendications d'un autre ordre: il survient après de multiples émeutes, dans un milieu relativement plus libre que la Tunisie de Zine el Abidine ou l'Egypte de Mubarak. En Algérie, c'est les attentes des jeunes, le souci des richesses du pays, un patriotisme latent né du fait que nous avons vécu comme une population étrangère dans notre propre pays pendant 130 ans. Notre mémoire est un peu différente de celle de nos voisins. Les choses ont une résonance différente en Algérie. Les slogans les plus fréquents scandés par les manifestants n'étaient pas "démocratie," mot qui sonne un peu creux à partir de New York (excusez-moi), mais pour un changement de gouvernance, contre la corruption, l'injustice.
C'est là la question. Ceux qui sont au pouvoir depuis 20 ans et plus, ne baisseront pas les bras spontanément. Le risque est que le mouvement soit récupéré par une force ou une autre. L'élément temps joue aussi. Si le mouvement continue, et que la violence est évitée, tout dépendra alors de l'Armée. Le meilleur scénario est celui d'une démission du sommet, et la formation d'une constituante. Je répète, ce mouvement a la puissance du nombre et de la détermination. Je voudrais être optimiste parce que crois en la volonté du peuple.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.