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Le calvaire des résidents
Dossier : Cités universitaires
Publié dans Le Soir d'Algérie le 28 - 02 - 2021


Par Karim Aimeur
Les cités universitaires baignent dans la médiocrité des œuvres dont toutes les promesses quant à leur réforme et leur amélioration, chaque fois renouvelées, ne sont jamais tenues. Au moment où les étudiants subissent la détérioration des services et ses conséquences, les pouvoirs publics procèdent, lorsque la conjoncture l'exige, au changement dans l'encadrement de l'Onou en remplaçant des dirigeants par d'autres, sans véritable stratégie ni vision d'avenir. Les revendications des étudiants et de leurs collectifs pour un véritable changement et une vraie réforme, notamment de la bourse universitaire, sont restées sans réponses de la part d'une tutelle qui semble préférer le bricolage à un véritable sursaut dans le secteur. Fin janvier, le ministre de tutelle avait annoncé que le projet de réforme des œuvres universitaires sera prêt avant la fin de l'année. Sceptiques, les étudiants disent que ce n'est pas la première fois qu'ils entendent de tels engagements.
Insécurité, insalubrité, mauvaise restauration et hébergement dans des conditions déplorables. Les cités universitaires, à l'image de l'université algérienne, traversent une situation difficile. Malgré un budget annuel conséquent qui s'élève cette année à près d'un milliard de dollars (112 milliards de dinars, représentant plus d'un tiers du budget dédié au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique), les résidents, en colère contre les conditions de vie dans ces cités, se plaignent de la détérioration de leurs conditions sociales et dénoncent la médiocrité des prestations. De temps à autre, ils se révoltent contre ce qu'ils considèrent comme «une situation catastrophique», en organisant des mouvements de protestation. «C'est invivable», résume un résident d'une cité à Ben Aknoun.
Ces conditions peuvent être fatales dans certains cas, car en l'absence des exigences d'une vie digne à l'intérieur des cités, les résidents recourent souvent à des moyens dérisoires de substitution. L'étudiante de Tiaret, Nacéra Bekkouche, a payé de sa vie cette situation.
Samedi 6 février, cette étudiante de 24 ans avait trouvé la mort tragiquement dans sa chambre à la cité universitaire Ouled-Fayet 2 (Alger), suite à un court-circuit au niveau d'une résistance qu'elle utilisait afin de pallier l'état lamentable et l'absence des moyens les plus élémentaires dans la cité. Le drame a provoqué émotion et colère chez les étudiants qui ont protesté au niveau de plusieurs cités universitaires du pays, exigeant l'amélioration de leurs conditions. Les témoignages que nous avons recueillis auprès de résidents renseignent sur les conditions lamentables dans lesquelles ils évoluent. Saber B., résident à la cité Taleb-Abderrahmane, Ben Aknoun, décrit un état des lieux intenable. «Un climat d'insécurité règne à l'intérieur de la cité où il y a des personnes étrangères qui y résident sans avoir aucun lien, ni avec la cité ni avec l'université. Plusieurs cas de vols ont été signalés dans les chambres dont les portes sont défoncées. La restauration est une catastrophe sur tous les plans, la qualité, la propreté. Parfois, on nous sert des repas immangeables.
La propreté est inexistante», dit-il. Un autre résident dans une cité à Dergana, à l'est de la capitale, dénonce «une négligence totale» des responsables. «De manière générale, ces conditions ne sont pas dignes d'une vie universitaire. C'est terrible», tranche-t-il. Les étudiants se plaignent aussi des conditions de transport universitaire qui enregistre un «grand manque», selon eux. Assurant le relais entre les résidences universitaires et les établissements de l'enseignement supérieur, le transport est garanti pour tous les étudiants, contrairement à l'hébergement qui n'est assuré que pour les étudiants demeurant à 50 km et plus du lieu de leur inscription pédagogique pour les garçons, et à 30 km et plus, pour les filles. Selon les données fournies par le site de l'Onou, le nombre d'étudiants hébergés dans les cités universitaires du pays s'élève à 923 480.
Des annonces en attendant le concret
Mais comment les œuvres universitaires ont-elles atteint un tel niveau de médiocrité alors qu'elles accaparent presque un tiers du budget du ministère de l'Enseignement supérieur ? Pour parer aux difficultés et à la mauvaise qualité de services, ils sont nombreux ceux qui réclament une révision du système des bourses dérisoires accordées aux étudiants. A la place, ils demandent une bourse conséquente à même de permettre aux résidents une vie digne en matière d'hébergement et de restauration. Le drame de la cité d'Ouled-Fayet 2 a secoué un peu le cocotier du gouvernement. Première réaction des autorités compétentes : le limogeage du directeur de la cité universitaire.
Cette décision n'a pas calmé les ardeurs des étudiants. Le 10 février, le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique met fin aux fonctions du directeur général de l'Office national des œuvres universitaires (Onou), Bachir Derouas, après moins de 18 mois de sa prise de fonction, lui qui a été installé dans ses fonctions début juin 2019. Une commission provisoire de la gestion des affaires de l'Onou a été désignée.
Le calme est revenu depuis quelques jours dans les cités universitaires, mais les exigences des étudiants restent les mêmes.
Lors d'une réunion du gouvernement, le Premier ministre Abdelaziz Djerad a ordonné au ministre de tutelle de prendre des «mesures urgentes de réhabilitation à l'endroit des cités universitaires, qui connaissent un état de dégradation des immeubles et des équipements, d'une part, et de sécuriser, d'autre part, les infrastructures d'hébergement, en interdisant notamment l'accès à toute personne non résidente au niveau de ces cités».
Djerad a également recommandé de «prendre les mesures nécessaires relatives à l'amélioration de la qualité des prestations liées à la restauration et au transport des étudiants intra et inter-wilayas, et de veiller à l'hygiène et au cadre de vie des cités universitaires et des pavillons». Fin janvier dernier, le ministre de tutelle avait annoncé que le projet de réforme des œuvres universitaires sera prêt avant la fin de l'année. Le projet «complet et bien structuré», selon le ministre, concerne notamment les bourses, l'hébergement, la restauration et le transport des étudiants.
K. A.
Hani Selama, membre de l'Union des étudiants algériens libres (UEAL) :
«Il faut de vraies réformes et non du bricolage»
Le Soir d'Algérie : Plusieurs cités universitaires ont vécu ces derniers jours au rythme de manifestations. Il semble que le climat qui y règne est un peu délétère, surtout après le drame qui s'est produit dans une cité de fille à Ouled-Fayet. Comment en est-on arrivé là ?
Hani Selama : Effectivement, les cités universitaires ont vécu ces derniers temps une série de manifestations justifiées par l'état déplorable, voire même misérable des lieux. Ces conditions insupportables ont mené́ à la tragédie qui s'est produite à la cité Ouled-Fayet 2. Ce qui est arrivé à la défunte Nacéra Bekkouche aurait pu et peut toujours arriver à n'importe quel étudiant résident, étant donné que la situation est presque la même au niveau de toutes les résidences universitaires. Ce qui provoque une grande colère chez les étudiants qui vivent dans une ambiance malsaine.
Dans le sillage de cette affaire, le DG de l'Onou a été limogé. Pensez-vous que le changement des responsables suffit pour changer la situation qui prévaut au sein des cités et améliorer les services ?
Devrions-nous attendre la mort d'innocents pour qu'il y ait limogeage ? Nous pensons que le changement est avant tout un changement de mentalités et de personnes susceptibles d'apporter un changement réel dans les pratiques et le vécu quotidien. Il faut des hommes qui savent gérer, des hommes qui ont des visions lointaines avec une stratégie de développement du secteur bien définie, dotés de moyens humains et financiers suffisants pour réaliser ces objectifs. Le changement de responsables est loin d'être suffisant s'il n'est pas accompagné d'une vision claire des choses, avec des objectifs clairs à réaliser dans des délais raisonnables.
Que préconisez-vous pour sortir de cette situation et améliorer le cadre de vie des résidents ?
Pour que la situation s'améliore, en plus de ce qui est évoqué dans la précédente réponse, il faudrait que l'Etat, ainsi que les étudiants, y mettent du leur et s'y investissent sérieusement.
L'Etat, surtout, ne doit plus faire dans le bricolage et permettre aux bricoleurs de maintenir ce climat malsain qui se répercute également sur le niveau de l'instruction des étudiants.
En effet, les responsables doivent veiller à ce que les cités universitaires répondent aux normes internationales en matière d'hygiène, de confort et de sécurité́, vu que le ministère de tutelle débloque des budgets importants aux œuvres universitaires. Les résidents doivent, de leur côté, contribuer pour assurer l'entretien des lieux.
En définitive, nous pouvons dire qu'avec le sérieux et le sens de responsabilité́ de chacun de nous, nous pouvons parvenir à améliorer le cadre de vie des universitaires.
Propos recueillis par K. A.
Moins d'un mois après le premier drame
Nouvel incendie dans une cité universitaire d'Ouled-Fayet
Un nouvel incident est survenu à la résidence universitaire pour filles de Ouled-Fayet 3. Un incendie s'est déclenché dans la soirée de vendredi, entraînant quelques dommages matériels. Fort heureusement, aucun dégât humain n'a été déploré, même si cela a créé un mouvement de panique chez les étudiantes dont la plupart se trouvaient, à ce moment-là, dans leurs chambres.
Massiva Zehraoui- Alger (Le Soir) - La Protection civile a dû intervenir pour éteindre le feu qui s'est déclaré vers 19h30, dans l'une des chambres de la cité. Les ambulances et les camions des pompiers ont été immédiatement dépêchés sur les lieux, selon les précisions des éléments de la Protection civile. L'origine de l'incendie demeure pour l'heure inconnue.
La même source a relevé que certaines des résidentes de Ouled-Fayet 3 se trouvent toujours en état de choc. Une réaction compréhensible lorsqu'on repense au drame qui s'est produit quelques jours plus tôt à la cité de Ouled-Fayet 2.
Notons que cet incident intervient à peine trois semaines après le drame qui a coûté la vie à l'une des résidentes de Ouled-Fayet 2, située à quelques encablures de celle où l'incendie de vendredi a eu lieu. Beaucoup de similitudes d'ailleurs entre les deux événements, sauf que le dernier n'a pas fait de victime. Plus de peur que de mal, mais ces nouveaux faits démontrent clairement qu'en dépit des mesures d'urgence prises après le drame de Ouled-Fayet 2, les conditions qui prévalent dans les cités universitaires laissent toujours à désirer. Même si les circonstances du déclenchement de l'incendie vendredi dernier ne sont pas très claires pour le moment, certaines pensionnaires de Ouled-Fayet 3 ont laissé entendre que la cause proviendrait de l'utilisation d'un appareil chauffant électrique. Cela reste une supposition, tant que la Protection civile n'a pas déterminé, avec exactitude, l'origine du départ de cet incendie.
M. Z.
Cité universitaire d'Ouled-Fayet 2
Des résidentes toujours en colère
C'était le 6 février dernier. Une étudiante du nom de Nacéra Bekkouche meurt calcinée dans sa chambre à la résidence universitaire de Ouled-Fayet 2. La vague d'émotion provoquée par cette effroyable tragédie au sein de la communauté estudiantine a aussitôt laissé exploser une colère trop longtemps contenue. Des dizaines d'étudiants se sont insurgés contre les conditions précaires qu'ils vivent dans les cités U. L'indignation s'installe et les condisciples de la malheureuse demandent des comptes aux autorités qu'ils accusent de « flagrant laisser-aller et de profond désintérêt». Devant la gravité de la situation, limoger le directeur de la résidence n'aide en rien à apaiser les tourments des pensionnaires.
Massiva Zehraoui- Alger (Le Soir) – Les étudiants ne se contentent plus de ces mesurettes d'usage. Ils exigent concrètement l'amélioration des conditions d'hébergement dans les campus qui deviennent de plus en plus invivables. Plusieurs jours sont passés depuis le déroulement de ces tristes faits, mais le choc et l'affliction paraissent toujours aussi marqués sur les visages des résidentes de Ouled-Fayet 2. Les témoignages recueillis à l'intérieur de cette cité ont sonné comme un puissant appel au secours. Ils renvoient les gestionnaires de ces campus universitaires à leurs responsabilités.
L'enfer pour les étudiantes
Les filles rencontrées sur place sont unanimes à relever que cet évènement est, certes, accidentel mais que c'est en grande partie le résultat d'un détachement avéré des responsables à l'égard des besoins des étudiants en général. «Si les prestations liées à notre confort étaient à la hauteur, la pauvre Nacéra n'aurait jamais subi un aussi triste sort», s'est insurgée Fatima, qui réside depuis près de trois ans à Ouled-Fayet 2. «Si nous utilisons des résistances, c'est parce que nous n'avons ni chauffage ni nourriture digne de ce nom», martèle-t-elle encore. Comme Fatima, la plupart des résidentes interrogées sur les lieux ne cachent plus leur désarroi. Elles font part, non sans amertume, des conditions spartiates qu'elles endurent, sans que le moindre signe de bienveillance émane de l'administration qu'elles désignent comme seule responsable de ce drame.
La situation est arrivée à un tel niveau de dégradation que certaines de ces filles abordent la question avec fatalisme. «C'est de mal en pis, ça ne changera jamais, nous sommes condamnées à être d'éternelles victimes de leur irresponsabilité», s'emporte Nesrine. Elle raconte qu'après la mort de Nacéra Bekkouche, «des mesures de façade ont été mises en place, mais elles n'influent nullement sur notre quotidien». D'après elle, changer un directeur par un autre ne règle pas le fond du problème. Elle nous invite à jeter un coup d'œil dans le pavillon où elle loge. «Regardez par vous-même et vous aurez toutes les réponses», enchaîne-t-elle. Désabusée, celle-ci résume sa vie dans ce campus en un seul mot : «Infernal.»
Ni entretien ni hygiène
En pénétrant dans l'un des pavillons de la résidence, un décor lugubre s'offre à nous. A peine le seuil franchi, que des odeurs fétides nous prennent à la gorge. On peut discerner le degré d'insalubrité et de précarité sur ce lieu rien qu'en voyant les murs rongés par l'humidité et dont la peinture a tellement terni qu'il est impossible de distinguer la couleur d'origine. Nesrine fait pourtant remarquer que cette cité a été inaugurée en 2007.
Au premier étage, la dégradation de la structure est encore plus accentuée. Un long couloir sombre avec de nombreuses portes érodées par le poids du temps donne accès aux chambres des résidentes. «Comme vous le constatez, il n'y a ni nettoyage ni entretien régulier», témoigne la jeune femme. Kahina, 24 ans, loge dans ce pavillon depuis deux ans, et trouve regrettable que la situation des résidentes n'ait pas bougé d'un iota. «Attendre que le pire arrive pour réagir a toujours été la politique de l'administration», lance-t-elle. Notre interlocutrice se demande d'ailleurs où va le budget alloué chaque année pour le compte de la gestion des cités universitaires. Elle relate que les jours qui ont suivi le drame, les responsables avaient pour projet d'interdire les résistances électriques et les bonbonnes de gaz dans les chambres. «Mais ils ne sont pas allés jusqu'au bout, car ils savent bien qu'ils ne sont pas en mesure de nous garantir un minimum de confort en échange.» Kahina se dit consciente du danger encouru lors de l'utilisation de certains appareils dans un espace aussi réduit, mais explique qu'elle n'a pas le choix. «C'est ça ou mourir de froid et même de faim», renchérit-elle avec une voix tremblante.
Un autre groupe de témoins attire l'attention sur l'hygiène approximative qui prévaut dans cet établissement. «Venez à l'intérieur des sanitaires et des dortoirs pour avoir une idée du calvaire qu'on vit», proposera l'une d'elles. Effectivement, les sanitaires qui se trouvent au bout du couloir sont totalement délabrées. Les portes des toilettes ont été comme arrachées, et les lavabos sont totalement secs du fait du manque d'eau. «Il arrive que nous n'ayons pas une goutte d'eau pour nous laver», déplorent-elles.
Ces dernières feront savoir que le fait même de prendre une douche relève du parcours du combattant. Il faut réchauffer de l'eau avant de faire la queue pendant des heures devant la seule douche valable de tout le campus. Les filles qui logent au-dessus du 4e étage sont, quant à elles, totalement privées d'eau, apparemment. Elles ont été également nombreuses à dénoncer les prestations liées à la restauration, jugeant la nourriture qu'on y sert «tout simplement infecte, et peut même vous conduire directement à l'hôpital». Pourtant, elles assurent que bien avant cette tragédie, le recours à la protestation était fréquent pour inciter l'administration à remédier à ces défaillances de taille. « Mais à chaque fois, nous avons droit à la même réponse méprisante : Que voulez-vous qu'on vous fasse ?» ont-elles soutenu.
La disparition tragique de la jeune Nacéra Bekkouche, 24 ans, suite à un incendie déclenché par un court-circuit dans sa chambre, illustre les défaillances qui minent la gestion des œuvres universitaires. Las de ces conditions, les étudiants réclament aujourd'hui de réelles solutions de réhabilitation pour les cités U.
M. Z.
Oran
Insalubrité, laisser-aller et insécurité
Après le décès tragique de Nacéra Bekkouche, étudiante en sociologie âgée de 24 ans, suite à un «court-circuit dans sa chambre», au niveau de la cité universitaire d'Ouled Fayet, nous avons donné la parole aux étudiants(es) internes à Oran qui sont réparti(e)s sur près de 17 cités universitaires. Beaucoup de colère et de résignation que rien ne changera sont perceptibles dans leurs propos.
Nos interlocuteurs n'ont aucune confiance en ce qu'ils qualifient «de commissions d'enquête qui n'ont, à ce jour, apporté aucun changement concret au niveau de la réhabilitation des infrastructures d'hébergement, de leurs équipements, de la sécurité, mais aussi de la qualité des prestations liées à la restauration». L'accès étant, désormais, interdit à toute personne étrangère aux cités universitaires, suite à une instruction du Premier ministre, nous avons été à la rencontre d'étudiants internes, au niveau de leurs campus universitaires.
Dès l'entame du sujet sur l'état des lieux de leur hébergement, pratiquement les mêmes problèmes nous sont énumérés à quelques détails près. Des étudiantes internes, au niveau de la cité universitaire Zeddour-Brahim (filles) Usto, nous expliquent que «suite au décès de l'étudiante, ils (l'administration) sont passés chercher les résistances et les petites bouteilles de gaz pour nous les saisir, ils ont, toutefois, toléré les plaques chauffantes.
Comment ne pas recourir à ces moyens pour cuisiner une nourriture saine ? Je vous assure que, sans pour autant être exigeantes sur le menu, lorsqu'on a faim, vous savez, on mange ce qu'on nous propose, mais pas lorsque cela est douteux ou immangeable», nous confie une interne, étudiante en architecture. Son amie l'a rejointe, confirmant les mêmes propos tout en soulignant : «Parle-lui des chambres étroites. En tant qu'étudiantes en architecture, à deux, on ne peut pas réaliser nos travaux dans la même pièce, l'une de nous doit sortir pour laisser la place à l'autre afin de travailler, lorsqu'on doit monter des maquettes.»
Comment voulez-vous qu'on fasse pour nous doucher ?
Les témoignages se succèdent et chacune veut évoquer d'autres points, tels que les douches et le recours au chauffage de l'eau dans les chambres. «Parfois, il y a des coupures d'eau, alors comment voulez-vous qu'on fasse pour nous doucher ? On ne peut pas se permettre d'aller souvent au hammam en raison des frais. On est obligées de chauffer l'eau pour nous laver. L'état des lieux des toilettes, n'en parlons même pas tant c'est insalubre et le personnel en femmes de ménage est insuffisant.» Les résidents de la cité universitaire des 1000 lits IGMO Es-Sénia (garçons) nous font savoir qu'à ce jour, personne ne leur a retiré les résistances qu'ils utilisent dans leurs chambres pour se chauffer, pour la simple raison, nous dira Mourad, que «le chauffage ne fonctionne pas souvent, et ils savent qu'ils ne nous laissent pas d'autre choix que de recourir à ce moyen pour nous chauffer durant l'hiver». Evoquant le tragique décès de l'étudiante, il dira que cela a suscité une grande colère au sein de la famille estudiantine.
«Comment peut-on imaginer une telle fin pour une étudiante au niveau de sa chambre universitaire ? Mais ce n'est, malheureusement, pas une grande surprise pour nous, puisque nous vivons au quotidien dans des conditions dénuées de sécurité. Mais comme je l'ai dit, les gestionnaires des œuvres universitaires et la tutelle, en général, ne nous laissent pas le choix.» Son ami réplique : «Et puis, sachez que certaines résistances nous aident à chauffer notre nourriture, et les bouteilles de gaz qu'ils disent interdites nous permettent de cuisiner. S'ils nous assuraient une nourriture saine, cuisinée dans des ustensiles propres et servie proprement, on n'aurait pas à cuisiner dans nos chambres étroites et je vous épargne leur état en raison des odeurs.»
Les douches, un autre sujet dont les étudiants internes déplorent l'état et le laisser-aller et qui datent de plusieurs années. «L'eau chaude va et vient selon votre jour de chance, en espérant qu'il n'y ait pas de coupure.» Nos deux interlocuteurs évoquent également la surcharge au niveau de leur cité. «Les enquêtes, si elles sont neutres et sérieuses, devront se pencher sur les attributions des chambres.
On nous dit qu'il n'y a pas de place, et le constat est que souvent ces mêmes chambres sont occupées par des personnes venues après nous. Ce n'est un secret pour personne comment cela se fait...» La sécurité, un autre point noir de ces témoignages. Nos interlocuteurs ont, maintes fois, assisté à des batailles rangées à l'arme blanche au sein même de la cité. La dernière agression en date a eu lieu le dimanche 14 février 2021, où un jeune, Rawane Imad Eddine, étudiant en hydraulique, résident de la cité universitaire Rezoug-Belkheir à Bir-el-Djir, Oran, a été percuté par un véhicule à quelques mètres de la cité, alors qu'il tentait de fuir deux voyous en moto qui le pourchassaient, brandissant une arme blanche (bouchia).
L'insécurité aux abords des cités universitaires à Oran est, malheureusement, récurrente. Au niveau de la cité universitaire Zeddour-Brahim (C1 garçons), ses occupants avaient manifesté leur colère quant aux conditions d'hébergement, estimant que le décès de l'étudiant était prévisible et pouvait arriver à n'importe qui d'entre eux. «Honte à une administration sans prise de décision. Des responsables vivent dans le confort et nous, les étudiants, vivons dans des tombes.
Le Président Tebboune doit voir la réalité de ce que nous vivons», avaient crié les manifestants qui ont organisé un rassemblement de nuit au niveau de leur cité. Les résidentes de la cité universitaire El-Badr n'ont pas pu contenir leur chagrin suite au décès de la jeune Nacéra Bekkouche, et ont manifesté de nuit leur peine. Elles déplorent que depuis ce tragique accident, rien n'a changé si ce n'est le retrait des seuls moyens qui leur permettaient, jusque-là, de mieux se chauffer et de cuisiner. «Tout le monde est au courant de la situation déplorable au niveau des cités universitaires, ce n'est un secret pour personne. Se plaindre des mêmes conditions que nous dénonçons depuis des années ne sert plus à rien ! Pas d'eau, pas de wifi, pas de cyber, peu de transport, des chambres qui ont besoin de rénovation profonde, des équipements à renouveler...
Rien n'évolue dans le bon sens, on n'y croit plus», nous lance une jeune étudiante. Au niveau de la faculté de mathématiques et d'informatique, des étudiants ont observé un rassemblement en hommage à la défunte, l'occasion pour eux d'exiger un véritable sursaut de tous, afin que plus jamais de telles tragédies n'aient lieu.
Toutefois, ils restent sceptiques et ne croient pas en ces commissions d'enquête qui passent et repassent au fil des ans, sans apporter des solutions concrètes. «L'amère réalité des œuvres universitaires, c'est le laisser-aller, la médiocrité, des problèmes devenus une routine classique, que ce soit sur le plan pédagogique ou bien des œuvres universitaires.»
«Sur 10 bus, seuls 2 sont opérationnels»
«L'Etat consent d'énormes budgets pour la gestion de ce secteur, mais dans la réalité, rien ne se fait à la hauteur de ces sommes. Assurez-nous des conditions dignes et saines, après osez critiquer notre comportement à courir uniquement derrière la note. Sachez que nous agissons ainsi car face à ce que nous endurons, nous n'avons qu'une seule envie : en finir avec nos études et quitter ces cités dortoirs indignes», dira avec force le jeune étudiant Walid. Les 17 cités universitaires disposent d'une capacité de 25 763 lits, avec 44 000 repas/jour et 250 bus assurant le transport des étudiants, un transport qui, souvent, est décrié en raison de l'état des bus et de leur défection. «Parfois, sur 10 bus devant assurer une ligne, seuls 2 sont opérationnels», nous font remarquer des étudiants de la cité universitaire des 1000 lits IGMO (Es-Sénia). Un rapport accablant sur l'état des lieux des cités universitaires réalisé en 2019 et rien n'a changé en 2021. Au mois de décembre 2019, la commission mixte regroupant la présidente de la commission de l'éducation, de la formation professionnelle et de l'enseignement supérieur au niveau de l'APW d'Oran, ainsi que des représentants de la santé, de Sonelgaz, et de l'administration générale, a dressé un rapport accablant sur la situation jugée catastrophique au niveau des cités universitaires, nécessitant une intervention rapide des autorités. Sur les 17 cités universitaires que compte la wilaya d'Oran, quatre au niveau du groupement de Belgaïd, inauguré en 2009, présentent des défaillances dans la construction, laissant apparaître des fissures importantes au niveau des chambres, des infiltrations d'eau émanant des douches, sans oublier l'état de la literie inchangée depuis plus de 10 ans. Les 7 autres cités au niveau de Bir-el-Djir présentent, selon ce rapport, un manquement dans les conditions de sécurité où le constat révèle des travaux improbables où se mêlent le réseau de l'eau et l'électricité. Au niveau de certaines résidences universitaires d'Es-Sénia, ce n'est pas mieux. Le rapport évoquait en 2019 pratiquement les mêmes défaillances, en ajoutant que le matériel de cuisine était dans un piteux état. Un an plus tard, lors de la 3e session de l'APW, rien n'a changé si ce n'est la promesse du lancement imminent de travaux de réhabilitation de plusieurs cités universitaires, dont un budget de 45 milliards de centimes a été alloué à cette opération.
Amel Bentolba


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