Ici les œuvres s'enchaînent, envoûtantes. Elles vous prennent par la main, délicatement, puis ce sont vos yeux qui ne les lâchent plus. Décrypter les motifs, contempler les strates qui se superposent, les lignes qui s'interposent, c'est la collection d'œuvre de Kacimi El-Hassani Yacine sous le thème «Encre et papier». Dans cette création, il utilise différentes encres et un roseau (qalam) dans ses diverses calligraphies de styles maghrébin et koufi. La particularité des œuvres de cet artiste est surtout l'utilisation du blanc ou du vide qui est, dit-il, «partie prenante de ses œuvres». Le blanc ou le vide utilisé par Yacine est dû au fait que cet artiste est d'abord un musicien avant d'être un calligraphe. Etabli en France, il fait partie d'une troupe musicale arabo-andalouse, «El-baycine», créée en 1990. «Amateur de musique et de poésie» Il nous dira : «Dans la musique il y a du blanc, un vide puis des reprises ; J'utilise cette technique dans mes œuvres» en précisant : «Ma source d'inspiration reste la littérature et la poésie.» L'œuvre reflétant les sensibilités de l'artiste est, sans conteste, celle représentant la ville de Beyrouth où il y a une forte résonnance des poèmes de Mahmoud Derwiche. «Je suis amateur de musique et de poésie et cela ressort dans mes œuvres où il y a une correspondance entre mes sensibilités de musicien et de plasticien», a t-il encore ajouté. Toujours au comble du raffinement plastique, il traque ses obsessions : la frénésie avec laquelle il recompose les matières contrastées avec les postures altières est frappante. Sur le fil, il balance entre la pureté de la forme et le fond baroque, presque décoratif. A moins que ce ne soit l'inverse. Kacimi El-Hassani avance «masqué», se joue des apparences. Trompe-l'œil, en relief ou en creux. Impossible à saisir avec certitude, c'est le doute qui s'installe. Ici, la surface se lézarde, une lave chromatique fait irruption : des ocres, des bleus, des violacés tandis que le gris revisite de ses variations ce qu'on appelle le noir et blanc. Jamais uniformes, les teintes se nuancent, à mesure des couches et des effets de peinture d'encre. La technique est mixte… le rendu velours. Quelques tête-à-tête plus loin, on se retrouve face à des figures plus hiératiques, presque des icônes mythiques. Des lettres arabes s'offrent surtout aux regards, prétendant ne rien dévoiler de leur «corps», de leur jardin secret. Vêtues de leurs oripeaux d'âmes perdues, les silhouettes de Yacine fuient ce monde qu'elles croient hostile, pour s'évanouir dans un ailleurs intemporel. Le monde d'El-Mutanabbi ou de Louis Aragon, les yeux d'Elsa aux rythmes du kalam et de la mélodie andalouse de la nouba que Yacine a su marier, l'art pictural et l'art lyrique. Ces silhouettes peuplent l'univers poétique de l'artiste de leur présence/absence; souvent privées de visage, elles s'expriment de tout leur être, de tout leur paraître pictural. Et nous invite à entrer dans leur transe émotionnelle… mystique. Armé de son roseau et d'une composition d'encre dont il a le secret, Yacine Kassimi El-Hassani donne forme et naissance à une calligraphie contemporaine à la déclination de couleurs grises, noires, ocres et dorées. On passe des lettres couchées à l'horizontale et à la verticale qui laissent le néophyte et l'expert émerveillé. Yacine nous offre une belle palette de son œuvre, riche de 52 calligraphies. Yacine maîtrise avec brio trois mouvements de styles koufique, région de koufa en Irak, maghrébin et diwani (ottoman). Des noms qui ne vous évoquent peut-être rien, mais qui révèlent les origines géographiques et historiques de cet art de l'écriture. Si la calligraphie est l'art de la belle écriture qui s'apparente au dessin ou à la peinture, elle a la prétention d'embellir le texte de l'artiste et permet au lecteur d'en avoir plusieurs interprétations. «El-Burda», «rêve de lettre», «Alif lam mim»… Des formes et des couleurs, ce sont les maîtres-mots de ces œuvres qui portent des titres «El-Burda», «Rêve de lettre», «Alif lam mim», «Ivresse divine», «Al halladj…» comme toute œuvre artistique, il est difficile pour l'amateur de connaître le sentiment de l'artiste face à sa création. On découvre ainsi des calligraphies minimalistes et épurées, mais aussi d'autres empreintes de sophistication à vous émerveiller. Les lettres se choquent, s'entrechoquent et s'interpénètrent pour devenir un véritable dédale, une incompréhension indéfinissable, mais néanmoins sublimée par la plume et l'encre. Les couleurs sont à la fois froides, comme le gris qui côtoie le noir, mais aussi chatoyantes et vives, ce qui capte le regard.