«Le français est notre butin de guerre» Kateb Yacine Dur, dur d´être écrivain algérien «nationaliste» à Paris. Ce constat, Yasmina Khadra l´a appris à ses dépens, en sortant dans la capitale française son dernier roman. Invité à des émissions télévisées françaises pour faire la promotion de sa dernière oeuvre littéraire, Yasmina Khadra n´a pas cessé de dénoncer sa mise à l´écart des prix de la nouvelle saison littéraire. «Je n´ai pas le profil de romancier algérien pour avoir sa carte d´écrivain reconnu sur la scène parisienne», a déclaré l´auteur de l´Attentat sur le plateau de l´émission Salut les terriens de Thierry Ardisson. L´écrivain algérien traduit dans plus de 30 pays, avait pris tout le monde de court en reconnaissant qu´il avait été militaire à 9 ans et qu´il a façonné sa personnalité littéraire à travers ses dizaines d´années passées dans l´Académie militaire puis dans les casernes de l´armée. Il pensait en faire un coup médiatique, ce scoop a remis en cause tout son talent d´écrivain par une élite parisienne dominée par le lobby juif et les anti-intellectuels nationalistes algériens. L´Algérie, qui est le deuxième pays francophone au monde, dispose surtout du plus important nombre d´écrivains d´expression française. Mais une partie de cette élite intellectuelle est rejetée par la France. L´Algérie a donc raison aujourd´hui, de ne pas adhérer à l´OIF tant que des Français ne les acceptent pas comme des écrivains à part entière. Alors, je me permets de donner quelques conseils pour être accepté et reconnu par l´élite parisienne et faire partie des écrivains sélectionnés au Goncourt, au Fémina ou au Médicis: il faut montrer patte blanche... et un coeur noir. Il faut d´abord écrire une histoire qui étripe la société arabo-musulmane algérienne, de préférence parler des pieds-noirs persécutés, des juifs pourchassés ou encore de la démocratie menacée. Faire un livre sur une femme algérienne rejetée par sa famille parce qu´elle a osé vivre en concubinage avec un Français laïc. Eviter de faire les louanges des islamistes ou des journalistes qui ont accepté de combattre le terrorisme avec leur plume. De préférence, il faut insulter le Coran ou le Prophète (Qsssl, ou mieux, parler des femmes de Mohammed (Qsssl). Il faut éviter de diriger une institution gouvernementale pour ne pas être accusé de complaisance avec le pouvoir d´Alger. Il faut de préférence avoir la double nationalité avec un penchant pour la France et surtout éviter tout contact avec ses racines algériennes. Il faut être ami de Houellebecq et BHL et ennemi de Hmida Ayachi et Amine Zaoui, il faut dénoncer le nazisme et l´antisémitisme et pourquoi pas faire un livre sur un Allemand de la Wehrmacht qui s´est exilé à Blida. Mon cher Ami Khadra, je suis de tout coeur avec toi, mais il faut éviter de demander des explications aux comtes de la plume et de Versailles et être digne en ignorant totalement leur indifférence. Il est dur, je te le concède, «d´être exclu par les militaires parce que tu es devenu écrivain et d´être exclu par les écrivains parce que tu étais militaire». L´essentiel pour toi, c´est de garder ta plume aussi longtemps que possible et surtout de transmettre sans calcul ta pensée et tes sentiments. Chapeau bas quand tu a répondu à Ardisson que «tu ne changeras pas d´éditeur pour un prix», c´est l´expression suprême d´un homme au coeur vaste comme un désert. [email protected]