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«La réélection de Macron a été un choix de tolérance»
Seghier Tab, chercheur en sociologie et science Po à L'Expression
Publié dans L'Expression le 26 - 04 - 2022

L'Expression: Nous entamerons cet entretien avec une brûlante actualité Quelle lecture faites-vous des résultats de la présidentielle française ouvrant à Macron les portes d'un deuxième mandant?
Seghier Tab: Les résultats du 2e tour de l'élection présidentielle 2022 nous confirment que la majorité de la société française a rejeté nettement le projet extrémiste de la candidate du Rassemblement national à l'élection présidentielle. Les électeurs ont choisi la tolérance, l'apaisement, la liberté, et le vivre-ensemble...Donc, comme était attendu le Président sortant, Emmanuel Macron, a été réélu président pour un second mandat face à Marine Le Pen avec 58,5% des voix. C'est une victoire franche pour Emmanuel Macron. Mais à travers cette élection, nous observerons que le Rassemblement national confirme sa progression avec (42%). Il faut mentionner aussi qu'il y a une forte abstention qui s'élève à 28,01%, c'est-à-dire 13,6 millions de Français n'ont pas voté...C'est vrai que ce vote pour Macron n'était pas un vote totalement par adhésion, car il y a des électeurs qui ont voté certes, pas par conviction, mais il y en a aussi qui ont voté juste pour contrer le projet de Marine le Pen à accéder à l'Elysée (le vote barrage). Je pense qu'une fraction importante des électeurs de Mélenchon (classe populaire) a voté pour Macron...À mon avis, l'électorat populaire «les invisibles» est l'élément clé du second tour et par conséquent la victoire de Macron...Enfin, le défi pour le président Macron s'articule autour cette question: malgré des divergences profondes d'opinion, comment rassembler tous les Français? Et aussi le traitement politique aux questions liées au pouvoir d'achat, la gestion du dossier de l'islam, la cohésion et le vivre-ensemble en France...et la gestion de l'épineuse question internationale (la crise ukrainienne et la question mémorielle...).
Et concernant les résultats du premier tour, comment les interprétez-vous?
Avant de répondre d'une manière directe à votre question, tout d'abord, si vous le permettez bien, je vais commencer par définir préalablement le processus et les mécanismes des élections présidentielles en France, en particulier pour celles et ceux qui connaissent peu ou mal la vie politique française. Comme vous le savez peut-être, l'élection présidentielle est un événement politique de premier plan en France...elle est très importante pour tous les Français. Autrement dit, c'est un moment politique fort de la République française, car cette élection conduit à choisir un(e) candidat(e) pour être président de la République pour un mandat de 5 ans: elle détermine les grandes orientations politiques économiques de l'Etat français. La candidate ou le candidat qui occupe cette fonction clé jouit d'un pouvoir fort, voire d'une fonction centrale. Il est le chef des armées, dispose de l'arme nucléaire; il est aussi le chef de la diplomatie.
Concernant mon interprétation des résultats du premier tour de cette élection présidentielle française de 2022, même si je ne suis pas de nature pessimiste, je vous avoue que mon sentiment rejoint le malaise et l'inquiétude qui domine la société française en ce moment, notamment chez les minorités des quartiers populaires... cette perception et cet état d'esprit sociétal sont causés par l'arrivée du parti d'extrême droite (Rassemblement national) pour la deuxième fois au deuxième tour avec 23,41?% des voix et la non- qualification de peu le candidat de gauche Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise qui a fait une campagne très intéressante, apaisante et «efficace», en raison des différents sujets abordés. Ce candidat qui perd d'un cheveu son pari d'accéder au second tour, s'est montré ouvert à la classe populaire victime de stigmatisation et de la discrimination avec une capacité à capter les catégories populaires (l'électorat populaire). Derrière son discours de banalisation, l'extrême droite se voit confirmée donc comme une force politique d'opposition majeure et concurrente en France. En réalité, Marine Le Pen, fille de Jean -Marie Le Pen, a réussi à dédiaboliser son parti, auprès d'une grande partie de la société française. Par une stratégie habile, elle axe cette fois-ci sa campagne électorale sur le pouvoir d'achat et la justice sociale, en laissant son combat habituel identitaire contre l'islam et l'immigration au candidat extrémiste, le polémiste Eric Zemmour qui recueille 7,05% des voix. On peut y voir la preuve de l'adhésion importante des Français de toutes les couches et catégories sociales et sans aucun complexe aux idées de ce parti. Aux yeux de beaucoup de monde, Marine Le Pen incarne une force politique contestatrice. Pour moi, le score du RN au premier tour n'est pas vraiment une surprise, il a confirmé juste sa progression. C'est le meilleur score de son histoire sous la Ve République. Malgré cette grande méfiance, je pense qu'il y a une forte chance que le président/candidat Macron soit réélu grâce à un sursaut de mobilisation, le vote barrage contre l'extrême droite, mais je suis quasi sûr que le résultat de deuxième tour sera serré entre Emmanuel Macron, candidat sortant de la République en Marche et Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national...le suspense reste entier. Bref, le premier tour nous a montré clairement deux points importants, à mon sens: d'abord, la fracturation de la société française en trois blocs importants traduisant une recomposition du paysage politique: le premier est présidentiel, le deuxième autour de l'extrême droite (RN) et le troisième, centré autour de ce qui peut être appelé la gauche populaire, incarnée par Jean-Luc Mélenchon. Et, le deuxième point important est l'effondrement des deux partis traditionnels, à gauche, le Parti socialiste (PS) et à droite Les Républicains (LR). Il s'agit d'une déroute historique. Nous sommes arrivés à une très grande transformation du paysage politique français.
La présence de l'extrême droite au second tour, n'est-elle pas un signe d'un malaise profond au sein de la société?
Enfin...je dirais oui et non, car cette question est à la fois sensible et complexe...Je m'explique...C'est vrai que pour tout le monde, l'extrême droite en France signifie sur le plan langagier et des représentations: le racisme, la xénophobie, la discrimination, l'antisémitisme, etc. À partir de ce constat négatif, en principe, tout parti politique qui adopte cette idéologie est rejeté par la société... Mais, à maintes reprises, nous avons vu que le parti d'extrême droite qui a un long passé raciste et violent (une haine et violence anti-arabe) et en particulier contre les immigrés et les étrangers, notamment les Algériens/musulmans progresse très fortement et se consolide au fil des élections! Dans un climat de violence raciste, l'islam, les musulmans et leurs symboles (mosquées, cimetières, hallal, voile, etc.) sont devenus les cibles favorites de ce parti extrémiste. Il faut signaler que, pour arriver à ce résultat, le Rassemblement national (RN) a changé considérablement, son image, sa rhétorique et ses actions politiques. C'est une stratégie de diabolisation pour élargir et surtout capter et conquérir l'électorat populaire...Dans un contexte de forte mobilisation, la matrice de ce parti populiste s'est coloré au fil du temps d'idées ouvertes, peu choquantes pour attirer un électorat étendu et composite; il ne cesse de gagner les esprits...Donc, je pense que ce malaise profond est dû à la manière de gouverner la France et la façon de gérer les crises...Lors de son mandat, le président sortant, Emmanuel Macron, a suscité beaucoup de questionnements et un franc scepticisme chez la majorité des Français...sans oublier une haine particulière qui s'est développée chez une fraction de la population, les gilets jaunes. En réalité, le président Macron n'est pas vraiment un président rassembleur, si j'ose dire...tels que Chirac ou Mitterrand. Pendant son mandat, il a commis beaucoup d'erreurs en termes de communication et surtout d'actions et de mobilisation... il a concentré des critiques à cause de son style personnel, ses provocations ou ses maladresses... Cela est dû sans doute à son manque d'expérience et de prévoyance politique. Je pense qu'il a fracturé la société française et divisé le corps social; par conséquent cela a nourri systématiquement des visions extrémistes et de la haine. Mais, je pourrais aussi dire que les Français sont le peuple le plus pessimiste en Europe, et que la France n'a jamais été une nation facile. Ce malaise est incarné par la crispation et le désespoir de la France périphérique (les classes populaires, et les exclus). Donc, je pourrais qualifier le résultat du premier tour d'une manière figurée comme un volcan souvent endormi qui peut exploser, selon les circonstances, notamment économiques, si je peux m'exprimer ainsi. Vous voyez un peu ce paradoxe!
Parlons de la communauté maghrébine en général et algérienne en particulier: constitue-t-elle un capital électoral? Est-ce qu'elle vote ou doit-on la compter parmi les abstentionnistes?
De manière générale, tous les chercheurs reconnus et les experts confirment que les Français issus de l'immigration, notamment maghrébine, votent traditionnellement à gauche. Mais cet électorat «flottant» des quartiers populaires a connu une transformation interne importante. Certes, une fraction importante vote toujours à gauche, mais pas pour le parti socialiste (PS), car selon elle, il présente une réelle déception et une trahison politique. Cet électorat/réserve a été souvent mobilisé par ce parti pour arriver au pouvoir au nom de la solidarité, la fraternité et l'humanisme, mais est souvent oublié, voire abandonné sur le terrain. Finalement, leur condition de vie n'a pas changé. Il y a un réel divorce entre l'électorat d'origine maghrébine et le parti socialiste depuis l'ancien président François Hollande. Il est vrai que les Français d'origine maghrébine constituent un important réservoir électoral, mais ce n'est pas une force électorale respectée qui pèse sur les partis politiques et par conséquent sur les décisions politiques et les lois. En général, les électeurs français issus de familles maghrébines sont orientés plutôt vers un vote d'intérêt et de panique. Cet électorat périphérique est marqué par un différent degré d'intégration sociale et professionnelle. Le statut socio-économique, l'engagement, la culture politique et les diplômes jouent considérablement sur l'adhésion par conviction au vote. Cependant, la communauté algérienne, qui est le noyau central de la communauté maghrébine en France car elle est la première population d'origine étrangère en France, présente plusieurs courants (gauche, droite, écologiste...): cette communauté politisée qui a voté en majorité pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour, vote selon sa vision politique et sa conception...Cet électorat votera sans doute en masse, surtout au deuxième tour, contre la candidate de l'extrême droite, perçue comme dangereuse. À vrai dire, cet électorat est partagé entre une forme d'abstention marquée et un vote quasi massif de circonstance par peur au deuxième tour contre le RN, pour consolider sa position sociale et pas vraiment par une adhésion à une vision citoyenne collective. Il convient de ne pas oublier le vote des pieds-noirs et des harkis d'origine algérienne qui votent traditionnellement à droite et à l'extrême droite...Enfin, le vote de l'électorat d'origine algérienne est influencé considérablement par les conséquences des relations diplomatiques entre la France et l'Algérie et surtout par la question mémorielle entre les deux Etats... Voilà!


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