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«Le camp occidental est en dislocation»
Chaâbane Zerrouk, ancien membre du Conseil supérieur de la magistrature, à L'Expression
Publié dans L'Expression le 17 - 05 - 2022

L'Expression:Le président Abdelmadjid Tebboune vient d'effectuer une visite d'Etat de trois jours en Turquie et le 26 du même mois il se rendra en Italie. N'est-ce pas que l'Algérie s'est replacée sur l'échiquier politico-diplomatique mondial?
Chaâbane Zerrouk: L'Algérie a suffisamment brillé par son absence sur la scène internationale, du moins au niveau présidentiel, depuis près d'une quinzaine d'années pour des raisons connues de tous. Cette situation d'absence prolongée sur la scène mondiale a été préjudiciable pour l'Algérie en lui faisant perdre notamment, certaines positions politiques stratégiques et partant des intérêts économiques colossaux. Les absents ont toujours tort, qui n'avance pas recule et qui va à la chasse perd sa place. Jamais ces réalités n'ont été vraies que dans le cas de l'Algérie. Il est grand temps que l'Algérie se redéploie au niveau mondial pour réactiver ses réseaux et ses relations stratégiques, diplomatiques, politiques, économiques et autres en vue de jouer pleinement son rôle en tant que puissance régionale disposant d'atouts indéniables et de potentialités formidables dans tous les domaines, notamment au plan des opportunités phénoménales d'investissements qu'offrent les Hauts- Plateaux, le désert et le Grand-Sud. Citons à titre d'illustration:le gisement solaire extraordinaire, les richesses minières, l'agriculture saharienne, le tourisme international etc.
Pourquoi ne pas donner carrément en concessions à des étrangers (les tour- operateurs spécialistes en tourisme VIP) pour de longues durées renouvelables des sites touristiques tels que Djanet,Taghit, Timimoune,Tamnrasset... pour élever des villes touristiques telle la Californie animée H24? Par ailleurs, notre appareil diplomatique, léthargique depuis des années doit, désormais, redoubler d'efforts en se départissant de son rôle classique, routinier, rébarbatif et purement administratif pour devenir un véritable fer de lance de notre économie et de notre tourisme. Dans ce sillage, notons qu'il y a plus de deux ans que le président de la République lui-même avait installé un directeur général à la tête de la direction générale de la coopération internationale qu'il avait, au préalable, créée. D'autre part, le Président Tebboune avait nommé en août 2021 des conseillers spécialisés dans le volet économique et rattachés au ministère des Affaires étrangères. Il est clair donc qu'il y a une farouche volonté politique du président de la République pour faire bouger les choses même s'il devait y avoir des résistances à tous les niveaux.
Cela étant, le département des affaires étrangères doit mettre en place urgemment, de véritables plates-formes et portails numériques destinés à couvrir les pays du monde entier, sur tous les plans, destinés à l'information de notre population, notamment sa jeunesse. Le même dispositif (plates-formes et portails numériques) doit concerner également l'Algérie avec ses atouts et potentialités, lequel dispositif numérique serait destiné au reste du monde. Les relations internationales de l'Algérie et les visites du Président Tebboune à l'étranger doivent s'inscrire constamment dans une perspective économique et stratégique. En prenant son bâton de pèlerin en direction de la Turquie et ensuite de l'Italie, l'Algérie gagnerait sur deux tableaux, politique et économique: sur le plan politique, elle confortera ses positions équidistantes et équilibrées en réaffirmant son non-alignement par rapport aux puissances de ce monde, notamment en cas de conflits comme c'est le cas présentement avec la guerre en Ukraine;
sur le plan économique notre pays doit cesser de constituer une destination où les partenaires économiques étrangers viennent non pas pour s'installer durablement en investissant à long terme mais uniquement pour exécuter des commandes publiques et engranger des dividendes colossaux pour ensuite les transférer dans leurs pays sans aucune plus- value.
L'Algérie devra être un pays où les IDE (Investissements directs étrangers) doivent constituer le véritable partenariat gagnant-gagnant(win-win)
À mon avis, la visite du Président Tebboune en Turquie est conditionnée par la coopération entre les deux pays. La Turquie est un pays émergent avec lequel la coopération a connu une fulgurante progression des échanges commerciaux et notamment en matière de réalisation des programmes de construction. En plus, je présume que notre pays sera associé aux négociations entre les belligérants vu que la Turquie est l'initiateur de bons offices.
Le conflit libyen qui nous préoccupait pour des divergences de vues sur la question de règlement du conflit. Les deux pays ont des relations diplomatiques et politiques exemplaires avec Moscou, pour échanges de vues dans l'espoir de contribuer au conflit qui oppose la Russie et Kiev.
De nombreux observateurs et hommes politiques étrangers dont l'ancien Premier ministre français, Dominique de Villepin, ont prêté à l'Algérie un rôle de médiateur dans la crise ukrainienne qui déstabilise la planète entière.
L'Algérie est-elle capable de jouer ce rôle?
Cette question est en effet, fort intéressante. Bon nombre de sommités politiques mondiales ont reconnu les capacités managériales phénoménales de la diplomatie algérienne dans le dénouement des crises aiguës. Le dernier en date, l'ancien 1er ministre français Dominique de Villepin qui est une personnalité crédible et parfaitement éclairée. De Villepin est un vétéran de la diplomatie et reconnaît la qualité pour les bons offices de notre pays, par son passé de bon médiateur, la crise des étudiants américains en Iran en 1981 et les conflits inter-africains font légende. Toutefois,faudra-t-il que les deux parties au conflit acceptent sa désignation.
L'arrivée du ministre russe des Affaires étrangères, à Alger, est intervenue dans un contexte de crise ukrainienne et de tiraillements européens autour de la question gazière. Quelle lecture faites-vous de la visite de Lavrov à Alger?
La visite du ministre russe des Affaires étrangères, à Alger, avait pour but de montrer que l'Algérie est un pays allié fidèle à ses principes, n'a pas changé d'un iota sa politique vis- à- vis de la République fédérale russe. Que la coopération militaire est au beau fixe, faire allusion aux ennemis de l'Algérie (Maroc et Israël) et par ricochet les USA et la France, que l'alliance entre les deux pays est solide, et en dernier lieu voir de près, la position de notre pays en matière de coopération gazière avec les pays européens et en particulier les pays du pourtour méditerranéen.
La visite du chef de la diplomatie russe en Algérie vise à consolider la coopération et surtout de souligner la convergence de vues, même sur la gestion des crises au pays du Sahel (le Mali et le Niger) l'espace vital de la France, entre autres.
La Russie est notre premier fournisseur d'armes. L'Algérie se doit de développer son arsenal militaire au vu de ce qui se trame à nos frontières et des menaces multiples. Mais comment faire pour garder l'allié stratégique russe sans pour autant fâcher les autres alliés européens?
Ce n'est un secret pour personne que la Russie est le fournisseur privilégié, voire exclusif de notre armée. Donc, notre pays est «condamné» à acquérir le matériel militaire, pièces de rechange et engins militaires. Tout changement de trajectoire sera nuisible à notre système de défense.
C'est une évidence de garder les liens politico-diplomatiques avec les pays amis et les pays occidentaux qui sont complexes et que nos intérêts suprêmes sont à préserver, surtout avec les pays accueillant nos compatriotes. Au final, cela fait partie de l'exercice de la fonction diplomatique de bon augure, la mission de chacun des pays du concert des nations est de défendre les intérêts inaliénables. C'est de bonne guerre comme le dicte le jargon diplomatique.
Le chef de la diplomatie russe s'est dit compréhensif de la position algérienne.
Est-ce à dire que la position d'équidistance algérienne est confortable?
Je pense que l'Algérie reste intimement convaincue et fidèle au principe des non- alignés et dans celui de la non- ingérence. Par ailleurs, elle a affirmé par la voix de son chef d'état-major sa neutralité dans la crise en Ukraine. Sa position a été également affirmée lors du dernier vote de l'AG de l'ONU en affirmant clairement le rejet de la résolution (affaire Boutcha) par manque d'objectivité. Elle a, par ailleurs, lors de l'opération dite» spéciale» en Ukraine affirmé le respect de la souveraineté des Etats sur les frontières internationalement reconnues. Elle s'est également abstenue de condamner la Russie lors de ces mêmes «opérations spéciales» de février dernier. Ces positions historiques et constantes de neutralité et d'équilibre positifs font de l'Algérie un médiateur potentiel au conflit.
Une nouvelle carte géopolitique est en train de se dessiner après cette crise ukrainienne. Quelle sera, selon vous, la position des Occidentaux et des Etats- Unis et bien évidemment de l'Algérie dans ce nouveau monde en gestation?
La force fait la loi. L'union fait la force. Les rapports internationaux connaissent ces derniers temps une reconfiguration dans les relations entre Etats et la carte géopolitique est en train de se redessiner en tenant compte de ce qui se trame en coulisses entre la Chine et l'Inde, le Pakistan, le Brésil et beaucoup de pays africains, qui ont choisi le camp de l'ancienne puissance Urss.
Le camp des Occidentaux est en voie d'extinction et de dislocation, les Européens ne sont plus d'accord avec les USA et leur politique de l'Otan, vu que la donne a changé. En effet, les peuples européens se voient être la proie facile, ne veulent plus voir l'Europe un terrain de bataille et les individus comme chair à canon. Ces peuples ne sont pas amnésiques et ont toujours en mémoire les deux guerres mondiales qui demeurent un exemple vivace et frappant, par le sacrifice de plus de 20 millions d'Européens. Les mensonges et les menaces ostentatoires sont inadmissibles désormais. D'ailleurs, le Président français fort conscient des enjeux et défis actuels a déclaré récemment que l'hégémonie occidentale qui dure depuis des siècles est en phase de déclin pour laisser place à la dominance des forces émergentes asiatiques.
Pour ce qui est de notre pays, sa doctrine est connue pour ses positions classiques, dogmatiques, justes et équilibrées. Mais l'Algérie doit changer de paradigme pour s'adapter aux exigences du nouvel ordre mondial dont la mondialisation et la globalisation sont son alpha et son oméga.


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