Bouteflika absout les Ayatollahs L'insulte ! Le chef de l'Etat s'est recueilli, hier, sur la tombe de l'imam Khomeiny, un des hommes responsables de la tragédie qu'a traversée l'Algérie ces dix dernières années. Abdelaziz Bouteflika a déposé, hier, une couronne de fleurs sur la tombe de l'imam Khomeiny à Téhéran, au cours de la première visite officielle d'un chef de l'Etat algérien en Iran depuis plus de 20 ans. Après avoir fleuri la sépulture du fondateur de la République islamique dans son mausolée au sud de la capitale, Bouteflika a rencontré le guide suprême Ali Khamenei. Ce dernier a affirmé “espérer que la coopération entre les deux pays se développera à tous les niveaux” et a appelé les pays musulmans à faire montre de solidarité en faveur des Palestiniens, “sans craindre les menaces des Américains”. Au cours du séjour du chef de l'Etat, de samedi jusqu'à hier, les dirigeants des deux pays ont multiplié les appels à resserrer les liens qui ont été renoués il y a trois ans seulement. “Il ne faut pas permettre aux adversaires de l'islam de faire porter aux musulmans la responsabilité du terrorisme”, a-t-il dit. Le président Mohammad Khatami avait déclaré, dimanche, que Téhéran et Alger avaient des “positions communes sur les questions irakienne et palestinienne” et combattaient tous deux le terrorisme. En outre, cinq accords ont été signés durant cette visite, touchant à la coopération industrielle et maritime, judiciaire et l'extradition ainsi que les investissements. Un grave précédent Pour boucler son périple dans le Sud-Est asiatique musulman, Bouteflika frappe fort en se recueillant sur la tombe de Khomeiny en Iran. Ce père de l'islamisme politique qui, caressant l'espoir de voir tous les pays musulmans ressembler à la République islamique d'Iran, avait allumé, avant Ben Laden et sa Qaïda, les feux islamistes partout dans le monde. L'escale de Qom, sanctuaire du chiisme iranien et de son activiste, n'a rien de protocolaire. En s'y rendant, Bouteflika a voulu, en quelque sorte, absoudre les ayatollahs iraniens des ingérences qu'ils avaient commises au début des années 1990 en Algérie. Bouteflika, qui a fait part de son projet de nommer à ses côtés un mufti de la République pour, entre autres, produire des fetwas et donc islamiser davantage la République, n'a pas manqué d'avoir des discussions avec le guide de la République islamiste, Ali Khamenei, successeur de Khomeiny, et les responsables de la fameuse institution iranienne, qui veille à la conformité des lois à la charia. Il reste que, dans cette normalisation, la partie iranienne n'a pas fait son mea-culpa. C'est tout juste si le président Khatami s'est déclaré “désolé” par ce que les Algériens ont enduré. Le général en retraite, Khaled Nezzar, vient de rafraîchir les mémoires sur ce tragique épisode. Dans son brûlot contre Bouteflika, l'ex-ministre de la Défense est revenu avec détails sur la connivence des autorités iraniennes avec l'islamisme radical algérien, confirmant également le jeu trouble de Abdelaziz Belkhadem lorsqu'il était président de l'APN. Belkhadem a lui aussi été absous par Bouteflika qui en a fait son chef de la diplomatie et le chef de file du mouvement de sédition contre le FLN. Durant ces années-là, l'ambassade iranienne à Alger s'était érigée en un véritable bureau de marketing pour l'islamisme politique et la diffusion du chiisme dans un pays pourtant sunnite et que 132 années de colonisation de peuplement n'ont pas réussi à déculturer. Les ayatollahs pensaient établir un front de Téhéran à Alger en passant par le Liban. Sinon, à tout le moins, utiliser la carte algérienne pour sa proximité géographique avec l'Europe. Ils avaient, pour ce faire, établi des camps d'entraînement destinés à accueillir des islamistes algériens au Soudan où ils avaient leurs entrées grâce à Tourabi. Face à ces menaces, et une fois les preuves en mains, Alger rompt ses relations diplomatiques avec les deux pays. La normalisation avec le Soudan s'est faite après que le général El-Bachir se fut débarrassé de Tourabi. Avec l'Iran, c'est Bouteflika qui prend l'initiative d'effacer le différend entre les deux pays. Avec tapage et sans contrepartie. Les conservateurs iraniens qui ont repris la situation en main n'ont pas abdiqué, ils rêvent toujours d'exporter leur révolution. D. B.