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" Détruisons les murs, construisons des ponts "
Amel Zen, chanteuse
Publié dans Liberté le 04 - 06 - 2020

Elle n'a rien de Zen, elle est toute rebelle. La chanteuse à la voix douce et tranchante incarne la nouvelle vague de la chanson engagée. Elle est l'un des visages de la génération frondeusequi a donné naissance du mouvement du 22 février dont elle est l'une des voies artistiques.
Liberté : Depuis quelques mois, nous traversons une crise sanitaire mondiale. Dans quel état d'esprit vivez-vous cette situation ?
Amel Zen : Entre tourment, stress, révolte et réflexion. Stressée et tourmentée par l'avalanche d'informations autour du virus et sa transmission. Une grande inquiétude me hantait quand je pensais à la manière de gérer cette crise, connaissant la situation du secteur de la santé chez nous.
Beaucoup de tristesse à l'annonce des décès, une grande empathie envers les malades et leurs familles, sans oublier nos soldats à la blouse blanche à qui je présente mes respects et mes hommages par cette occasion. Révoltée, et je le suis toujours d'ailleurs, par l'injustice et la répression qu'ont subie et subissent toujours les militants du Hirak ; spécialement en cette période de crise difficile qui aurait dû se passer dans l'apaisement et non dans la répression.
Le système a bien profité de cette trêve du Hirak (manifestations) pour régler ses comptes avec les militants et ce, en les réprimant. L'expression est plus que jamais muselée, ce droit fondamental aux libertés est bafoué. Réflexion à se torturer l'esprit sur l'avenir de l'Algérie et du monde après la Covid-19, l'avenir de notre jeunesse, nos aspirations à cet Etat de droit et la bonne santé. Enfin, le combat continue.
Le confinement est considéré par beaucoup comme une "prison", pour d'autres une sorte de libération pour l'esprit et la créativité dans les domaines artistique et culturel. Dans quelle catégorie vous situez-vous ?
Ni l'une ni l'autre, c'est plutôt le fait de voir les arrestations pendant cette période qui m'a donné l'air d'être en prison. La vraie prison, c'est de ne pas pouvoir s'exprimer librement, c'est de ne pas pouvoir penser et exister vraiment. Je n'ai fait que réfléchir à tout cela. Je ne sais pas si cela est de l'ordre du créatif. Je dirais un peu, peut-être ? Un début de process…
Dans votre nouvel album Joussour, sorti en début d'année, vous chantez la liberté, la femme, l'identité, l'extrémisme religieux. En somme, vous chantez l'Algérie…
Joussour ou Heqantarine, ce deuxième album a été entrepris il y a cinq ans déjà. Je voulais par cet album parler de l'Algérie en tant qu'entité à part entière, la raconter à travers des sujets de société, des couleurs, des parfums, des valeurs, tout cela en soulignant l'importance de s'ouvrir sur le monde dans lequel nous vivons. Promouvoir la valeur essentielle du vivre-ensemble tant à l'intérieur (entre nous) qu'à l'extérieur. Je voulais également souligner l'importance et la force de la diversité dans notre société, mais aussi dans le monde, ainsi que la nécessité du respect des différences.
Tout cela, en créant des "ponts" entre les humains et les cultures. "Let's drop the walls and build bridges" (détruisons les murs et construisons des ponts, ndlr), signature de cet album concept. Dans un style rock progressive. J'ai ressenti le besoin de m'attaquer aux vrais sujets de société, ceux qui piquent et fâchent, ceux qui dérangent et donnent à réfléchir, bref ceux que je juge nécessaires et urgents pour évoluer dans notre société. Une société peu ouverte à la discussion et à la réflexion collective.
J'ai chanté L'Algérie avec Djamila qu'on a voulu amochée, "Daaou" le cri d'une jeunesse perdue entre "mouhalwissate" (drogue) et quête de l'eldorado, ce rêve mortel d'el harga", la fuite des cerveaux..., enfin toute cette jeunesse qui aurait aimé rester chez elle pour vivre dans un Etat de droit et des libertés avec une vraie justice sociale, enfin, aujourd'hui, elle combat pour cela. J'ai chanté également le danger de l'extrémisme religieux politique pour que nul n'oublie. Il faut le rappeler à chaque fois. J'ai peur de l'amnésie. Un phénomène très courant chez nous.
Aboubarek, le titre qui raconte cette idéologie meurtrière de la pensée unique fachiste et terroriste à combattre. Chkoun enta, pour rappeler la condition féminine très dure. Dénoncer le machisme et la misogynie, casser les codes rétrogrades qui discriminent les femmes. Un appel à revoir le statut social de la femme qui ne jouit pas de tous ses droits citoyens. L'égalité des droits citoyens, c'est assurer l'égalité des droits homme/femme. Joussour ou Heqantarine, pour chanter l'identité, la diversité et l'universalité. La culture de l'humain.
Peut-on le qualifier comme l'album de la "maturité" ou de la continuité ?
L'album de la maturité qui se continue...
Votre nom, aujourd'hui, est également associé à cette trempe de femmes engagées, battantes et admirables pour leurs convictions et leur dévouement aux causes nobles, qu'elles soient sociétales ou politiques. D'ailleurs, depuis le soulèvement populaire du 22 février, vous êtes l'une des voix du Hirak…
Je me suis engagée avant tout en tant que citoyenne, une citoyenne qui veut voir un changement radical, le départ d'un système totalitaire obsolète pour construire une Algérie d'Etat de droit et des libertés ; une Algérie des compétences ; une Algérie belle et plurielle. L'art a été mon instrument. Ma voix pour accompagner ce Hirak afin de porter le message populaire, celui de la volonté d'un peuple d'aller vers sa liberté, celui d'un peuple qui prend son destin en main. Il est aussi important pour moi de raconter mon ressenti en cette période unique et historique.
J'ai participé à la chanson Libérez l'Algérie avec le collectif d'artistes en tant que coauteur et interprète, puis il y a eu un deuxième titre Horra pour témoigner du rôle de la femme dans cette révolution pacifique que j'ai sorti le 8 mars 2019 et Fajr el-houria pour dénoncer la fermeture des accès à la capitale et rappeler le droit légitime et fondamental à la circulation et la manifestation. Amehvous netlelli, qui veut dire le détenu de la liberté, est un titre en solidarité avec les détenus politiques et d'opinion, et du drapeau identitaire amazigh.
À ce propos, vous avez refusé dernièrement de participer au concert panafricain du 25 mai. Qu'est-ce qui vous a motivée pour vous retirer de cette aventure ?
J'avais pris part à un événement panafricaniste indépendant organisé par la société civile et les artistes et cela avec un message pour nos populations : "Sensibiliser contre la Covid-19 et ses conséquences sociales et économiques." Quand j'ai compris qu'il allait passer par les canaux officiels, dont la diffusion sur les télévisions étatiques africaines, j'ai compris et ressenti qu'il allait prendre, malgré lui, une couleur officielle, ce qui, à mon sens, rappelle à la politique des systèmes en place, ces systèmes totalitaires ! J'ai donc refusé et me suis retirée.
Je suis dans une démarche révolutionnaire qui veut la libération des peuples ce qui inclut la logique suivante : "Libérer mama Algeria, c'est aussi libérer mama Africa." J'estime que le message du projet devait être plus pertinent et porter un message double, c'est-à-dire : un message pour sensibiliser les populations et un message pour dénoncer les politiques en place, qui font que l'Afrique et ses enfants souffrent ; dénoncer le manque de moyens et la situation chaotique de nos systèmes de santé ; dénoncer le fait que l'Afrique soit à la solde de l'étranger par ses richesse, et ce, par la complicité de ses dirigeants. Cela doit aussi être dit ! Pour qu'un jour l'Afrique soit vraiment africaine.
Nous avons, entre autres, eu la chance de vous découvrir dans le concert dédié aux détenus d'opinion… A-t-il eu des répercussions ?
La seule et vraie répercussion aurait été la libération de tous les détenus politiques et d'opinion, ce qui n'est, malheureusement, toujours pas le cas. Après, je peux vous parler des retombées médiatiques dans plusieurs médias étrangers... Ce qui fait entendre, je dirais, la voix de nos détenus à plus grande résonance.
Les artistes sont peu nombreux à s'être engagés dans cette révolution. À votre avis, à quoi cela est-il dû ?
Je pense qu'il y a ceux qui ont pris leurs responsabilités et d'autres pas. Je dirais qu'il y a ceux qui croient en l'art comme un réel moteur pour le changement et d'autres pas ! Je dirais qu'il y a ceux qui veulent mettre leur art au service des causes justes et d'autres pas. Nombreux ceux qui voient l'art uniquement comme un gagne-pain, est-ce vraiment ça l'art ? Nombreux ceux qui ont peur de perdre ce gagne-pain.
De risquer la censure. Il faut dire que tout le monde connaît les conséquences. Tout est centralisé au niveau de la tutelle, l'art et la culture sont muselés et le système agit comme bon lui semble. Puis, vous avez clairement ceux qui ont choisi les rangs du pouvoir pour une raison ou une autre ! Vous avez aussi les pessimistes, les indifférents… Pour finir, ceux qui mettent un pied partout et balancent entre Hirak et pouvoir, ceux-là sont les plus dangereux. "Ils veulent le peuple et l'argent du peuple !"
À cause de l'épidémie de coronavirus, tous les secteurs sont à l'arrêt. Appréhendez-vous la période post-confinement dans le domaine musical qui, rappelons-le, est déjà "chaotique" ?
Oui, la situation est catastrophique pour les artistes en général. Je pense que le monde de la musique va de plus en plus muter vers le digital, ce qui ne rapporte pas grand-chose pour nous en Algérie. Il faut vraiment réaliser un grand succès pour pouvoir en vivre, et encore ! L'art vit sur scène et la scène n'est pas pour tout de suite ! Je réfléchis...
À la disparition du chanteur Idir, le 2 mai dernier, vous lui avez rendu un bel hommage sur le Net. Que représentait-il pour vous ?
Idir est l'artiste qui a su conquérir le monde en restant lui-même. Pour briller, il faut rester soi-même. Idir le chasseur des lumières, la voix d'une identité et une culture millénaire au message universel.

Entretien réalisé par : Hana MENASRIA


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