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La fille des Aurès
17e partie
Publié dans Liberté le 03 - 08 - 2020

Résumé : Le médecin de garde apprend à Hakima que les passagers du véhicule qui les avait heurtés étaient décédés et que le seul rescapé est leur enfant de quatre ans, qui lutte contre la mort au service des soins intensifs.
La jeune fille ferme les yeux un moment. Les voies du destin sont parfois bizarres. Au lieu d'adresser une prière à Dieu pour lui demander de maintenir ce petit en vie, elle se surprend à lui souhaiter de quitter au plus vite ce bas monde.
- Et si ce petit reprend conscience et demande ses parents ?
- J'avoue que je n'aimerais pas être la personne qui devrait lui expliquer qu'il ne va plus jamais les revoir. D'ailleurs, à cet âge, on ressent vite le vide affectif, et dès qu'on ouvre les yeux, le premier mot qu'on prononce est maman.
Hakima sent encore les larmes brûler ses joues. Cet enfant sera peut-être condamné à vivre comme elle dans un orphelinat.
- A-t-il de la famille ?
- Je pense que oui. J'ai vu ses grands-parents tout à l'heure.
- Ses grands-parents ? Ils sont âgés ?
- Pas vraiment. Mais ils ne pourront jamais remplacer les parents. À cet âge, un enfant a plus besoin de la tendresse de ses parents que de celle des autres.
Il revient à son chevet et reprend ses mains entre les siennes.
- Vous êtes une fille très sensible, à ce que je vois. À votre âge, le contraire m'aurait étonné.
- Vous ne pouvez pas comprendre l'état d'âme d'un orphelin, docteur. Vous exercez un métier noble et vous tentez de soulager la douleur physique. Mais la douleur de l'âme, vous ne pouvez jamais la soulager. Elle n'a aucun remède.
- Vous parlez avec beaucoup de sagesse.
- Non. Dites plutôt que je parle en connaissance de cause.
Le jeune homme hoche la tête et lui tapote l'épaule.
- Vous êtes intelligente, Hakima. Et même bien mûre pour votre âge. Je suis désolé de vous rencontrer dans de telles circonstances. La discussion avec vous s'avère vraiment intéressante. Je suis navré pour votre mère, et j'espère que le petit s'en sortira. Quant à vous, je sais que vous allez vous en sortir. Vous avez du caractère et beaucoup de personnalité et vous n'êtes pas de ceux qui baissent facilement les bras. Bonne nuit, Hakima. Tâchez de vous reposer. Demain, nous reprendrons notre discussion. Il tient sa promesse. À chaque garde, il vient discuter de longues heures avec elle. Et à chaque garde, il lui donne des nouvelles du petit rescapé de l'accident, qui est dans le coma depuis plus d'une semaine. Lorsqu'il lui apprend qu'il a enfin repris connaissance, Hakima pousse un long cri de joie, avant de se mettre à sangloter. Il lui a aussi appris que la dépouille de sa mère a été retirée de la morgue et récupérée par la famille. Hakima se sent tout à coup coupable. C'est à cause d'elle que la dispute a éclaté entre sa "maman" et le mari de cette dernière. Et c'est à cause d'elle aussi qu'elle a quitté la maison. Elle a provoqué tous ces malheurs qui, en un laps de temps, avaient changé sa triste existence. Et maintenant, que va-t-elle devenir ?
Elle se confie au jeune interne, qui la rassure.
- Tu n'y es pour rien, Hakima. On ne peut rien changer à son destin. On ne fait que suivre ce qui a déjà été prévu pour nous.
- Mais je t'assure que c'est de ma faute.
- Cela ne peut pas l'être, Hakima, voyons !
- Si. J'y suis pour beaucoup.
Les dernières images défilent devant ses yeux. Elle revoit l'homme qui voulait abuser d'elle sans vergogne. Elle revoit ses yeux globuleux et ressent encore son souffle sur son cou, lorsqu'il s'est approché d'elle. Et ce couteau qu'elle a saisi pour le menacer. Et puis... Et puis... Elle se remet à pleurer, et le jeune interne, dans un élan de tendresse, la prend dans ses bras. Il la sent si vulnérable, si tremblante qu'il se sent lui-même tout remué.
- Du calme. Du calme, Hakima. Tout s'arrangera. C'est une mauvaise passe dans ta vie, je le conçois, mais ne sois pas aussi désespérée. Bientôt tu quitteras cet hôpital, et tout rentrera dans l'ordre.
Hakima se dégage le visage ruisselant de larmes.
- Non. Rien ne s'arrangera. Je vais devoir retourner à l'orphelinat et plus jamais, plus jamais je ne reverrai le visage de celle qui fut pour moi une maman durant de longues années.
- Eh bien, raison de plus pour lui rendre hommage et travailler davantage à l'école. Tu ne pourras remonter la pente et atteindre un statut honorable qu'en faisant de bonnes études. Que veux-tu donc faire dans la vie, Hakima ?
Elle renifle et essuie ses larmes d'une main rageuse.
- Je ne sais pas encore. Par contre, je vais tenter de décrocher au moins le baccalauréat. C'était le rêve de ma "maman", et je dois le réaliser.
- Tu feras bien plus. Je sens que tu iras bien plus loin.
Hakima baisse la tête et se met à jouer avec sa manche.
- Avec mon statut de "fille assistée", j'en doute fort.
(À SUIVRE)
Y. H.
[email protected]
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