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"Il y a autant d'intérêts multiples pour que la paix se fasse simplement"
Sébastien Boussois, docteur en Science politiques et chercheur en relations internationales
Publié dans Liberté le 25 - 10 - 2020

Docteur en sciences politiques, Sébastien Boussois, chercheur spécialiste du Moyen-Orient des relations euro-arabes/terrorisme et radicalisation, est également enseignant en relations internationales, collaborateur scientifique du Cecid (Université Libre de Bruxelles), de l'Oman (UQAM Montréal) et de Save Belgium (Society Against Violent Extremism).
Liberté : Quelles chances d'applicabilité sur le terrain de l'accord de cessez-le-feu conclu par les parties libyennes à Genève vendredi ?
Sébastien Boussois : Toute la question est là. Des cessez-le-feu il y en a eu et il est souvent difficile de les faire tenir. Prenez le cas de la guerre en cours au haut Karabakh entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Même sous égide russe, l'accord n'a pas tenu. Concernant la Libye, c'est encore plus explosif, car il y a bien trop de parties qui dépassent le simple cadre libyen, et autant d'intérêts multiples, pour que la paix se fasse simplement. Car c'est de cela qu'il s'agit : il ne s'agit pas de faire taire les armes, il faut maintenant basculer dans une nouvelle ère, celle de la construction de la paix et donc des négociations politiques. Comment va-t-on transposer ces tensions, ces divisions qui se sont aggravées dans le sang depuis dix ans sur le terrain politique ? La Libye n'est pas seule, ce qui est une force et aussi un inconvénient : les Russes comme les Emiratis arabes unis ont avec l'aide de la France soutenu un maréchal en déshérence désormais. Haftar, digne héritier de la filiation des militaires et autoritaires qui ont tu tous les espoirs de démocratisation dans la région comme son ami Sissi, va devoir composer avec amertume pour ne pas disparaître. Du côté de Sarraj, la Turquie et le Qatar sont en force et ce aussi car ils sont derrière le seul gouvernement reconnu par les Nations unies depuis le début pour peser. La Libye n'est à l'abri de rien tant les intérêts essentiels turcs et russes sont énormes dans la région.
La conclusion de cet accord signifie-t-elle la fin de Khalifa Haftar et de sa logique de va-t'en guerre au profit d'un processus politique inclusif ?
Vaste question. Est-il capable de se recycler comme d'autres personnages de l'Histoire en héros politique après avoir échoué militairement ? Les Emiratis l'ont mauvaise, car leur objectif, à l'image de tous les terrains des printemps arabes, étaient de mettre un homme à la tête de la Libye qui fasse le job à la baguette, à la leur en l'occurrence, mais le contexte depuis l'échec de la prise de Tripoli, a redistribué les cartes. Ils vont devoir faire le jeu des négociations politiques, celles du droit international, mais aussi du multilatéralisme, et on ne peut pas dire que ce soit leur fort. Que fera-t-on de l'armée nationale libyenne qui, depuis le début, n'en a que le nom, mais également quid des mercenaires ? Il faudra commencer par une "déhaftarisation" des forces qui ont perdu pour commencer.
Des Tripolitains, à leur tête l'armée dépendant du gouvernement d'union nationale et les députés de l'ouest, doutent de la fiabilité de cet accord. Qu'est-ce qui explique cette méfiance ?
Dix ans de guerre, des accords, des désaccords, on devient toujours méfiant de tels accords qui ne prouvent leur réalité et leur fiabilité que sur la durée. C'est lors des premières négociations politiques que l'on verra si en substance l'accord est viable ou pas. Les Tripolitains se demandent bien comment cadenasser définitivement les aspirations de Haftar qui se voyait déjà le grand sauveur du pays.
En dehors de la Turquie qui doute de la fiabilité de l'accord de Genève, les acteurs étrangers, directement impliqués dans la crise en Libye, ont salué unanimement cet accord. Pourquoi une telle attitude d'Ankara ?
La Turquie reste prudente car ce qui se passe la dépasse un peu. Les aspirations méditerranéennes d'Erdogan n'ont pas été partout un franc succès, et il se trouve que sur la question libyenne, cela tourne plutôt en sa faveur. Sarraj devra remercier ses puissants alliés, et ce, dans un cadre, de toute évidence, international. La Turquie n'est pas en ce moment très amie avec tout ce qui relève de ce droit. Il faudra voir comment elle tire son épingle du jeu, mais il faudra régler pour elle comme pour les pro-Haftar, la question des miliciens, pour basculer définitivement dans un vrai jeu diplomatique et politique qui doive apporter la paix, mais aussi la réconciliation d'urgence dans le pays.
Sur le plan diplomatique, quel rôle peut-on attribuer aux Etats-Unis dans le déblocage de la situation ces derniers mois ?
La Libye est un pivot alternatif à la production de pétrole dans la région dans le contexte de pression maximale face à l'Iran. Les USA ont des billes aussi, de par leur proximité avec les Emiratis en temps normal dans la région mais quelque peu énervés par les petits trafics de leur protégé Haftar. Le maréchal faisait du trafic pas très clair avec le Venezuela pourtant sous le coup des sanctions américaines en le fournissant en pétrole. De l'intérêt de Washington de retaper du poing sur la table dans ce conflit. Il faut rappeler aussi qu'en janvier, Haftar et ses amis avaient fermé plusieurs puits de pétrole, mettant en difficulté un certain nombre de pays occidentaux. En résumé, la paix est avant tout économique, mais elle devra être politique et sociale de toute urgence, car la Libye explosive reste un danger pour l'Europe. Je ne suis pas sûr que ce soit la priorité de Donald Trump. Les Etats-Unis voient ça de loin encore, au-delà des compromissions d'Haftar et du pétrole, mais dans un contexte où la Russie a repris pied en Méditerranée, et selon le résultat des élections américaines dans deux semaines, ils réinvestiront sûrement largement la zone dans les mois à venir.

Entretien réalisé par : Lyès Menacer


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