Le problème de fond, souligne l'économiste, "n'est pas dans la gestion de notre commerce, il réside dans ce système d'organisation économique totalement obsolète et que nous avons échoué à réformer". Le ministère des Finances a annoncé, récemment, la suspension de la domiciliation bancaire pour toutes les opérations d'importation de produits et marchandises destinés à la revente en l'état, à partir du 31 octobre 2021. Cette décision s'applique également aux importateurs qui disposent d'un certificat de conformité en cours de validité et d'extraits de registres commerciaux qui n'ont pas encore fait l'objet de rectifications, conformément au décret exécutif n°21-94 datant du 9 mars 2021 modifiant et complétant le décret n°05-458 du 30 novembre 2005 fixant les modalités d'exercice des activités d'importation de matières premières, de produits et de marchandises destinés à la revente en l'état. La note du ministère des Finances avance, ainsi, la date d'application du décret en instruisant les banques de suspendre la domiciliation bancaire des opérations d'importation des biens vendus en l'état à partir du 31 octobre 2021 pour les opérateurs qui ne se conformeront pas strictement à la nouvelle réglementation. Pour Mouloud Hedir, économiste et expert des politiques commerciales, "c'est une mesure lourde du point de vue de la gestion de notre commerce extérieur et qui aurait mérité un débat de fond impliquant tous les acteurs politiques et économiques de notre pays". La loi algérienne, celle de juillet 2003 qui est toujours en vigueur, rappelle-t-il, prévoit en son article 2 que "les opérations d'importation et d'exportation de produits se réalisent librement, en dehors des produits portant atteinte à la sécurité, à l'ordre public ou à la morale". Selon l'économiste, "dans ces conditions, suspendre l'importation ne relève pas juridiquement de la compétence d'un ministre". A fortiori, ajoute-t-il, quand l'objectif affiché est "la préservation des réserves de changes". Voilà près de sept années, fait savoir Mouloud Hedir, "que la balance des paiements accuse des déficits annuels de l'ordre de 20 milliards de dollars US que les gouvernements successifs ont échoué à contenir, en dépit de toute la panoplie des mesures retenues (système de licences, interdictions d'importation, droits de douane prohibitifs, restrictions bancaires diverses, etc.)". Le dernier rapport de la Banque mondiale annonce un niveau de réserves équivalant à trois mois d'importation à fin 2022. "C'est pourquoi il convient maintenant d'arrêter cette course stérile vers les restrictions sur les échanges. Et, pour une fois, commencer à réfléchir en interne, si on ne veut pas que ce soit le FMI ou d'autres intérêts étrangers qui le fassent demain à notre place", estime Mouloud Hedir. Le problème de fond, souligne l'économiste, "n'est pas dans la gestion de notre commerce, il réside dans ce système d'organisation économique totalement obsolète et que nous avons échoué à réformer". Pour certains experts cette mesure risque d'engendrer une pénurie sur certains produits.