Des sources bien informées révèlent que sur les 44 stations-services Naftal que compte la wilaya de Tébessa, 19 longent la bande frontalière sur un tronçon d'environ 200 kilomètres depuis Ouenza jusqu'à Negrine. Une aubaine pour les populations tunisiennes de cette bande frontalière, pénalisées par la rareté et la cherté du carburant chez elles, où les prix sont indexés sur le cours mondial, soit plus de 1 dinar tunisien (70 DA algériens) le litre d'essence. Un marché de troc est alors né et se développe. Le carburant algérien, subventionné par l'Etat, contre de la semoule, des engrais chimiques, des fruits de saisons et des vêtements tunisiens. Actuellement, les produits de forte demande par les Tébessis sont la semoule tunisienne et les grenades de Gafsa. La semoule tunisienne de qualité meilleure est cédée pour un équivalent de 3 500 DA le quintal contre 5 200 DA pour l'algérienne. Les grenades de Gafsa, ce fruit de saison, sa réputation régionale est ancrée dans la mémoire collective à travers le fameux “roumane el gafsi”. Les contrebandiers de la filière “carburant- grenades” activent durant la nuit. Ils empruntent les sentiers les moins surveillés du côté algérien. Le transport du carburant se fait à dos d'âne et par des porteurs (enfants, femmes). Parfois, à bord des tacots, du côté tunisien quand il s'agit du carburant en provenance de l'autre rive. Pour les 19 stations Naftal gérées par des particuliers, un ravitaillement quotidien de 2 700 litres d'essence ou de mazout est assuré par une flotte sans relâche et sans répit pour répondre aux besoins… de la contrebande, nous dit-on. Dans ces régions enclavées de la wilaya de Tébessa, le paradoxe est flagrant et seules de graves complicités permettent de l'entretenir. Aux énormes quantités de carburants qui alimentent les pompes de localités aux parcs automobiles limités, correspondent des tonnes de grenades tunisiennes destinées aux étales des marchands de fruits et légumes dans la ville de Tébessa. Les mesures de contrôle et de surveillance annoncées par les pouvoirs publics pour lutter contre ce fléau, assassin pour l'économie nationale, sont caduques sur le terrain. Pire, l'Algérie a importé cette année du gazoil pour les besoins de son propre marché local. Hafid Maâlem