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Images d'hier, regards d'aujourd'hui
Publié dans La Nouvelle République le 02 - 03 - 2019

Dans une rencontre avec le public, organisée le 9 février dernier à l'espace contemporain d'El Achour, Lazhari Labter nous avait donné l'exclusivité algéroise d'un très beau livre intitulé «Oasis, images d'hier, regards d'aujourd'hui», paru aux éditions Chihab.
Le livre de quelque 160 pages est un coordonné de photos sublimes et de textes d'auteurs qui portent en fait, sous l'égide de Lazhari Labter, un regard justement sur ces photos, prises par les pères blancs entre 1890 et 1940 dans les oasis et le Sahara algérien sont justement hors du débat de la monstration coloniale brute de décoffrage aux clichés de «Fatma» et de «Yaouled» paternaliste et imbu de leur pensée «civilisatrice». Il s'agit plutôt de témoignages pris sur le vif en dehors de tout voyeurisme concupiscent. Lazhari Labter coordonne le travail de collecte et tend la plume à plusieurs auteurs qui iront de leurs commentaires, libres du choix de leurs images, ces derniers sont poètes, un peu journalistes, écrivains en goguette, quelques uns sont juste du Sahara, d'autres sont éditeurs, éditrices, certains sont juste sensibles à la ville de Laghouat, d'autres aiment les grandes surfaces où s'écrivent plusieurs belles parts de notre grande Histoire.
Et ainsi, au fil des pages, les clichés s'estompent pour ne laisser que les belles images d'une population emplie de ses traditions malgré l'apparente pauvreté pour certains, la misère pour d'autres. La noblesse de l'appartenance, la véritable identité apparaît et commence ici et là dignité, l'esthétique dans les petits détails qui se nichent dans le pli d'une robe, dans une arabesque de bijoux qui livre le secret de la beauté et de la tradition. La fierté dans le regard droit, décomplexé. Assurément, «Oasis, images d'hier et regards d'aujourd'hui» s'éloigne probablement de cette vision qui se voudrait d'Epinal, elle n'est ni complaisante, ni paternaliste, juste équilibrée, relève-t-elle du choix des photos elles-mêmes !? Comment le savoir !? Il y en a plus de 6500 dont 95% sont consacrées à l'Algérie au sein du CCDS (Centre Culturel de Documentation Saharienne) de Ghardaïa, dont il était utile de signaler la démarche désintéressée de restituer simplement aux Algériens une partie de leur patrimoine.
Nombre d'entre-elles déjà numérisées sont allées à Ghardaïa, Adrar, El Ménea, Timimoun, Laghouat, Djelfa et Alger. Elles ont été sauvegardées par deux hommes : Patrick de Boissieu et ensuite Luc Feuillet qui les ont classées, numérisées et traitées pour être mises à disposition. Comme dit l'auteur coordinateur de l'ouvrage : «Certains diront qu'en dépit de leur valeur intrinsèque de documents historiques, elles ne sont pas complètement dénuées de pensées ethnographiques. Soit, mais on est loin dans ce cas d'espèce des mièvres «Scènes et Types» de cartes postales, de la «Belle Fatma», de «La Mauresque», de la «Jeune fille kabyle parée de ses bijoux» ou de «Naïliettes» fantasmées, dénudées, photographiées et diffusées en milliers d'exemplaires pour être livrées aux regards concupiscents d'hommes en mal d'exotisme, mis à nu par Malek Alloula qui qualifiait à juste titre de «sous érotisme» ces images dans son ouvrage Le harem colonial…».
Ces photos toujours selon l'auteur : «Au cours de rencontres de hasard, ces photos qui couvrent des thèmes riches et variés allant des apprentissages aux habitats, en passant par les festivités et les jeux, les métiers et les transports, témoignent d'une époque qui passionnera sans doute, historiens et chercheurs, photographes et artiste peintre, voyageurs et écrivains.» Les mots qui accompagnent ces photos et cet ouvrage qui est, en fait, un regard décalé, délivré de la note nostalgique d'abord, il ne s'agit pas ici d'encenser la vision occidentale des choses, ni de vision de rejet total de cet objet fondamentalement utile.
Cet ouvrage, ces photos choisies librement sont un outil de mémoire qui ont été perçues dans leur fait même de fixer des instants de vie pour l'éternité et sans nul doute eut égard pour nombre de ces images pour la postérité, car elles montrent malgré tout et paradoxalement des pans de civilisations entiers qui existaient bien avant que la France dans sa «grandeur immense avait décidé de venir par sa bienveillance et la bienveillance toute divine de ses pères blancs venus en appoint nous civiliser». Les écrivains, malaxeurs de mots, les amoureux des sens et de la prose élus par Lazhari Labter sont venus apporter en partage leur bienveillance, leurs textes pour donner une âme aussi à ces images fortes et très esthétique, seuls la poésie, la prose ultime, l'écriture romanesque ou le simple commentaire sensible peuvent ainsi nous accompagner dans cet exercice de restitution d'une mémoire qui nous appartient et qui nous fera sans nul doute aimer cette image de nous-mêmes, l'accepter, puisque elle fait partie de ce que nous sommes, un peuple fière de ses origines.
Il est appréciable que l'éditeur Azzedine Guerfi, aventurier, voyageur lui-même, ait traduit son amour de toutes ces régions, de toutes ces contrées d'une richesse absolue dans lesquelles nous ne parlons ni d'eau, ni de belles filles, ni de deglet nour, mais plutôt de chiîr melhoun, de textes qui ont produit Hiziya, de traditions immémoriales, de gastronomie subtile, d'érudition, et j'en passe et des méilleures…Amèle El Mehdi, Djamel Mati, Keltoum Staali, Abderahmane Djelfaoui, Samira Oulebsir, Selma Guettaf, Youcef Merahi, Lazhatri Labter, Oumelkheir Fellague, Aïcha Bouabaci, Kaddour Bouzidi, qui d'Alger, de Blida, de Laghouat, de Kabylie, de Ouargla, ou de France sont venus nous restituer un regard esthétique qui accompagne cette partie de trésor conservée au CCDS de Ghardaïa pour une part et d'autre part dans les archives des pères blancs à Rome.
Cette structure dont nous parle le Père Jean-Marie Amalebondra Kingombe, directeur du CCDS de Ghardaïa, s'est donné comme objectif de préserver ce patrimoine hautement documentaire, il a été informatisé et comprend plus de 18 000 documents, dont près de 10 900 livres, une quarantaine de périodique, des cartes, et de nombreux documents inédits, la photothèque comprend plus de 30 000 clichés. «Ce livre est aussi (- avec toute la lucidité nécessaire- NDLR), un témoignage de respect, d'admiration et de reconnaissance que nous, Pères Blancs «d'aujourd'hui et nos collaborateurs, aimerions rendre à tous les ainés qui nous ont procédés…».
Le vœu donc de cette structure et des auteurs conviés à nous livrer aussi un contrepoint écrit de cette belle production est de mettre à disposition de tous un outil historique incontournable sur les ordinateurs du CCDS in-situ mais aussi sur les catalogues disponibles et sur le site web (www.ccdsghardaia.org). Pour ceux qui veulent le toucher du bout des doigts et se régaler à sa lecture, il est disponible dans toutes les bonnes librairies. Le voyage dans le temps est assuré.
«Oasis, images d'hier, regards d'aujourd'hui», ouvrage collectif, photographies du Centre Culturel et de Documentation saharienne/CCDS Ghardaïa, coordinateur : Lazhari Labter, auteurs Amèle El Mehdi, Djamel Mati, Keltoum Staali, Abderahmane Djelfaoui, Samira Oulebsir, Youcef Merahi, Lazhari Labter, Oumelkheir Fellague, Aïcha Bouabaci, Kaddour Bouzidi, paru aux éditions Chihab, Alger 2018.


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