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Mémoires anachroniques de l'Andalousie perdue
Publié dans La Nouvelle République le 21 - 05 - 2019

Abd er-Rahmân III El-Naçir s'éteignit dans le calme, sans douleur, passant, ainsi que s'exprime la chronique arabe, «des jardins enchantés de Madinet ez-Zahra aux demeures éternelles, porté sur les ailes de la mort, le 20 octobre 961».
Mais avant, disait-on, il aurait laissé cette lettre : «J'ai régné cinquante ans dans la paix et la gloire, aimé de mes sujets, redouté de mes ennemis, estimé de mes alliés et des plus grands princes de la Terre, qui ambitionnaient mon amitié. Trône, puissance, honneurs, plaisirs, j'avais tout à souhait ; aucun bien terrestre ne me manquait. J'ai compté avec soin les jours où j'ai goûté un bonheur sans mélange, je n'en ai trouvé que quatorze […] Combien peu de vrai bonheur le monde peut offrir, même dans les circonstances les plus favorables ! », selon un texte : «Les Omeyyades de Cordoue», de Jean-Paul Roux, directeur de recherche honoraire au CNRS, ancien professeur titulaire de la section d'art islamique à l'Ecole du Louvre. Son successeur El-Hakam II – son fils – devait poursuivre sa politique d'intégration des populations berbère, arabe, chrétienne, gothe et juive. C'était l'époque de l'amplification de la Grande Mosquée et de contacts commerciaux très intenses avec tout le bassin méditerranéen. Les gens férus d'Histoire diront manifestement, des siècles après, ce qui augmentera notre fierté concernant cette longue période de présence musulmane en péninsule Ibérique : «Ces Andalous, aux origines diverses, autochtones ou immigrés et aux langues et aux religions différentes, ont produit une société où la tolérance l'a emporté sur le fanatisme et où l'interpénétration culturelle a permis la réalisation d'une civilisation riche et métissée à nulle autre pareille.» Et puisque nous sommes dans un récit historique, ne m'en veuillez pas quand je me permets cette fantaisie de sauter les siècles pour rappeler un témoignage réfléchi, venant de gens tout aussi sérieux que crédibles. Et là, je ne trahirai pas un secret en informant que c'est la doctoresse Leila Salem, une Algérienne vivant en France, qui écrira ce passage, le lundi 2 mai 2006, dans un long reportage sous le titre : «Le trésor de la poésie hébraïque, produit de la civilisation arabo-musulmane». Le nouveau calife, Abd El-Âs El-Mustansir Billah El-Hakam Ibn Abd ar-Rahmân, plus connu sous le nom d'El-Hakam II qui succédait à son père, à l'âge de 46 ans, avait pratiquement les mêmes dispositions que lui, il avait de bonnes qualités et était brillant. Il a dû poursuivre sa politique de consolidation de la paix et de la prospérité de l'Andalousie, tout en maintenant le califat à son apogée et, un peu plus que son père, en lui faisant atteindre sa splendeur maximale. Ces qualités, il les conservait depuis sa prime jeunesse. N'était-il pas déjà souverain, dans son esprit, alors qu'il n'avait que huit ans seulement, lorsque son père l'a désigné comme son futur successeur ? De là, bien sûr, il fallait assurer, il fallait le préparer à être le souverain de demain. Son éducation était soignée. Il participait activement au gouvernement et aux campagnes militaires, accompagnant son père, le calife, en toutes occasions. Ainsi, bien «façonné» au «métier» de souverain, il monta sur le trône de Cordoue et adopta, de fait, le titre d'El-Mustansir Billah (celui qui cherche l'aide victorieuse de Dieu). Le nouveau calife avait, malheureusement, un sérieux handicap. Car, si pour tout souverain, il fallait une descendance, Radhia, son épouse, ne pouvait lui donner d'enfant. Cette situation difficile l'obligea à prendre une concubine, une esclave d'origine basque, appelée Sobh ou «Zobheya» ou (Aurora). Celle-ci lui donnera des enfants dont l'aîné est mort en 970. Le calife, El-Hakam II, n'oubliait pas qu'il appartenait à une noble dynastie de souverains, et qu'il a été formé pour la perpétuer, ce qui l'obligeait à conserver son ambition et son autorité dans le domaine de la propagation de l'Islam et de ses vertus cardinales. En 962, une année après son accession au trône de Cordoue, il réclamait au royaume chrétien de Léon les dix forteresses que son roi, Sancho I, a promises à son père Abd er-Rahman III contre son appui dans le conflit dynastique qui l'opposait à Ordoño IV et qui lui a permis de récupérer le trône. Le roi Sancho I n'avait pas tenu les promesses faites à son père Abd er-Rahmân III. Il était parti très loin même dans son défi, en établissant des alliances avec le roi Navarre Garcia II, avec le comte de Castille Ferdinand Gonzalez et avec le comte de Barcelone Borell II pour faire face au pouvoir du califat de Cordoue. Le nouveau calife l'a sévèrement remis à l'ordre par une importante offensive militaire qui s'était terminée par la prise des places fortes de San Esteban de Gormaz, Atienza, Coca, Zamora et de Calahorra. De même qu'il n'a pas hésité, pendant ces offensives, de 963 et 964, à reprendre les deux villes Simancas et Osma qui ont échappé, au califat après de sérieux revers, avant son règne. Une fois ces conquêtes terminées, les chrétiens lui ont demandé la paix, car ils voyaient en lui un souverain animé de bonnes intentions et un homme de culture, comme le fut avant lui, le calife son père. Nonobstant ces accords qui ont été ratifiés pour la quiétude de la région, pouvait-on dire, en ce temps-là, que c'était totalement terminé avec les troubles et les invasions ? Non, puisque les Normands se mettaient encore une fois de la partie et, sous le commandement de «Gundurendo» qui semait la terreur dans les ports d'Europe, Lisbonne a été attaquée en 966. La flotte qu'El-Hakam II a envoyée depuis Séville, commandée par un amiral de talent, secondé de plusieurs officiers aguerris, a mis en échec ces Danois, face à Silves. Ensuite, voyant l'importance de la marine, dans une région baignée par la Méditerranée qui n'était pas encore un lac de paix, le calife a ordonné la construction à Almeria d'une flotte assez conséquente, au style nordique, avec l'intention d'entamer tous les combats en haute mer. En 971, les vikings ont essayé à nouveau une incursion à Séville en remontant le Guadalquivir, mais la flotte d'Almeria était là. Elle venait en aide à celle de Séville et, ensemble, ils ont anéanti tous les bateaux vikings dans le Guadalquivir. Ces succès ne lui ont pas fait oublier le Maghreb des Fatimides et cette ancestrale animosité qui n'arrivait pas à atténuer les convoitises que les antagonistes se partageaient pour cette partie du monde musulman. Et ainsi, la politique d'El-Hakam II était marquée par la tentative de freiner «le grand appétit» de ses adversaires. C'est alors que la conquête de l'Egypte par le général Jawhar el-Siqilli et le transfert qui s'en est suivi de leur capitale à la nouvelle cité du Caire, devaient inciter le calife de Cordoue à récupérer sa zone d'influence dans le Maghreb. Mais comment ? En envoyant le général Ghâlib, à la tête de troupes, en 973, pour faire face aux derniers représentants de la dynastie des Idrissides. Leur chef, l'émir El Hassan Ibn Kannun, s'était soumis sans combattre. De plus, il devait mener d'autres actions indispensables, selon ses convictions…, des actions qui avaient pour but : - De renforcer les deux bases maritimes, Ceuta et Tanger, qui n'ont pas été attaquées par Jawhar, tout en dispensant ses habitants de l'obligation d'impôts afin de les stimuler pour se défendre contre les éventuels raids des Fatimides. - De réorganiser sa flotte de guerre en prenant Almeria comme base maritime d'où s'élanceraient les forces navales pour affronter les Fatimides en Méditerranée. - De cimenter ses relations avec les Zenatas, en signant un pacte avec leur chef Mohamed Ibn el Kheir, l'ennemi juré de ses ennemis les Fatimides. - D'attirer toutes les tribus berbères et les engager dans une lutte contre la doctrine des Ismaélites et la propagande de leurs soutiens. - De renforcer le pouvoir des sunnites en Afrique du Nord, tout en poursuivant les campagnes au sein des tribus berbères qui iraient jusqu'à l'allégeance au pouvoir de Cordoue et, partant, pour l'instauration de bonnes relations entre les Maghrébins et les Andalous. Cela étant une partie des manœuvres du calife de Cordoue. Mais est-ce que cette activité «stratégique», entre guillemets, était-elle nécessaire pour se voir étendue entre deux communautés de même confession et supposées avoir le même destin ? Le résultat, bien sûr, ne pouvait être que difficilement supportable des deux côtés, car d'autres conflits ont émergé et des alliances ont été conclues et, tout cela a duré longtemps, dans cette partie du monde où des musulmans, hélas, se disputaient le pouvoir temporel, sous la bannière d'une religion qui a toujours appelé à l'union, à la fraternité et à l'amour du prochain. Allons voir encore du côté de la gestion interne du califat, peut-être saurons-nous plus concernant ce règne d'El-Hakam II qui, encore une fois, se voulait être le prolongement du règne précédent, celui de son père. Tous les succès politiques, si on peut les qualifier ainsi, n'ont pas détourné cet homme, plus pacifique (disait-on) que guerrier, de son autre engouement pour la gestion d'une meilleure administration de son califat. El-Hakam II a eu à s'occuper activement d'une étude minutieuse de ses Etats, à l'image d'un recensement général. De ce fait, il n'en croyait pas ses yeux devant les résultats qui lui ont été rapportés par les auteurs de ce travail ordonné et minutieux, tant ils donnaient une haute idée de la prospérité du pays. En effet, la prospérité commençait à paraître à partir de Cordoue, la capitale. Elle était visible, à l'œil nu, dans de nombreuses infrastructures et constructions publiques. On la sentait aussi dans cette cour composée de savants et de lettrés de toute obédience. Cordoue était la ville la plus importante d'Europe, en ce temps-là, tant par sa population que par son rayonnement politique et culturel. Avec El-Hakam II, et bien avant, du temps de son père Abd er-Rahmân III, la culture islamique prenait de l'essor en tant que culture d'ensemble. Elle englobait «dans sa démarche et dans son contenu, d'une part toutes les dimensions de l'existence, à savoir : l'homme, l'univers, le Créateur, la matière, l'esprit, le mystère et intégrant d'autre part, tous les
aspects de la vie», d'où un extrait d'une conférence donnée au Centre Culturel Arabe Libyen de Ouagadougou. Elle a été surtout une culture de tolérance qui respectait les coutumes des autres et les siennes d'abord, qui honoraient les croyances et les apports de tous, reconnaissant ainsi le droit à la différence. Ces deux monarques, le père et le fils, comprenaient que la culture était à la base de toute évolution et de toute transformation. Ibn Khaldoun, ne disait-il pas dans sa «Moqaddima» (Les Prolégomènes) que : «la culture est le but de la civilisation.»? Partant de là, les rues de Cordoue étaient pavées, elles étaient pourvues d'un procédé d'éclairage nocturne. Elles étaient propres et disposaient d'un bon système d'égouts. L'eau dans Cordoue était distribuée par un réseau complexe et parfaitement organisée, quelque chose d'extraordinaire pour l'époque. Un poète chantait la beauté d'un chemin éclairé entre Madinet ez-Zahra et Cordoue, en écrivant : «dans l'obscurité, il ressemblait à un collier de perles qui décorait les jardins et vergers des faubourgs de Cordoue.» Au temps d'El-Hakam II, l'Espagne musulmane pouvait s'enorgueillir d'une culture florissante qui transcendait assurément les autres cultures sur toute l'étendue de l'Europe, quand celles-ci existaient vraiment. Par exemple, le calife a eu l'idée de créer, s'inspirant des Abbassides à Bagdad ou des Fatimides au Caire, une bibliothèque qui sera le symbole de la culture andalouse, une culture bien évidemment pluraliste, en même temps que tolérante et universaliste. Un jour le calife, comme faisait son père, fit appel à sa cour, c'est-à-dire à l'ensemble de ses vizirs et à d'autres représentants de différents domaines importants dans le royaume, pour leur tenir le langage suivant : - Je vous réunis aujourd'hui pour entendre votre avis sur certaines propositions que je voudrai formuler devant vous, en cette séance de travail qui prendra date dans l'Histoire de notre califat. Il est certain que notre action, depuis la disparition du calife, mon père, que Dieu Tout Puissant l'agrée en Son Vaste Paradis, tend à se perpétuer dans le même sens, celui du progrès, malgré quelques contingences qui nous obligent, de temps à autre, à verser dans la controverse et dans les conflits. Cela étant, et vous serez d'accord avec moi, nous répondons chaque fois que de besoin, avec la détermination qui est nôtre, pour préserver notre souveraineté sur ce pays. Notre but, n'est pas de créer des situations difficiles à notre peuple, notre but est de lui permettre de vivre dans l'aisance, dans le développement et dans la prospérité. C'est pour cela, qu'il est nécessaire aujourd'hui de nous tourner davantage vers la culture et la science, car c'est cela qui reste quand tout disparaîtra. Nous avons déjà réalisé beaucoup de structures, mais il reste encore beaucoup à faire… Bagdad des Abbassides a réalisé, dans le domaine de la lecture, des chefs-d'œuvre d'une importance capitale pour l'avenir. Qui nous dit que le Caire des fatimides n'en ferait pas autant, ce qui du reste est très bénéfique pour la communauté islamique et même aux autres communautés, chrétienne et juive ? Cependant, quand bien même nous ne les suivrons jamais sur le plan politique, nous sommes obligés de leur reconnaître, sur le plan de la culture et des sciences, leurs performances et nous devons aller dans leur sens, en les imitant…, et ce n'est qu'une bonne et légitime concurrence. D'ailleurs, nous avançons bien dans ce domaine puisque la langue arabe est considérée en ce pays, comme une langue de raffinement et d'érudition. Et, bien que presque toute la population parle le castillan, notre langue est étudiée par les mozarabes, les chrétiens et les juifs, qui vivent sous la domination musulmane et qui finissent par s'exprimer et à rédiger en arabe. Ainsi, vous savez que les musulmans ne sont pas les seuls à étudier l'arabe. Les autres communautés participent pleinement à la vie publique de Biled El Andalus, fort heureusement. À ce propos, beaucoup lisent des poésies et des contes arabes et étudient les œuvres des philosophes et théologiens musulmans, non pas pour les réfuter mais pour apprendre à s'exprimer en notre langue de manière correcte et élégante. Concernant les manuscrits, je vous informe que j'ai décidé d'aménager un atelier, en annexe de l'université. Dans cet atelier s'activeront des copistes, des miniaturistes et des relieurs. Un travail d'orfèvres doit se faire dans cet atelier où l'application et le sérieux seront de rigueur. Nous avons déjà deux copistes disponibles, deux femmes, pour ne rien vous cacher, les plus importantes d'ailleurs : Lubna, ma secrétaire et une autre qui répond au nom de Fatima. Et là, je tiens à vous préciser que je ne fais pas de distinction entre l'homme et la femme. Et pourquoi devrais-je la faire puisque mon credo est l'élévation et le progrès de l'Andalousie ? Par ailleurs, j'ai des informations précises que dans un seul faubourg de la ville, il peut y avoir quelque cent soixante-dix (170) femmes consacrées à la copie des livres, ce qui donne une idée du niveau culturel auquel est arrivée la femme andalouse à notre époque. Je vais recruter aussi des agents pour chercher et acheter des livres au Caire, à Bagdad, à Damas et à Alexandrie. Je subventionnerai non seulement les auteurs et les étudiants d'Al-Andalus, mais ceux d'autres pays. J'ai su également qu'Abou al-Faraj al-Isfahani a commencé son recueil anthologique de poésie et chansons arabes «Kitab al-Aghani» (Livre des chansons). Je vais lui envoyer une appréciable somme d'argent, mille monnaies d'or, pour avoir une copie de cette merveilleuse production. Je tiens à vous rappeler, dans ce contexte, que l'ouverture d'esprit, la tolérance et la science ont été toujours stimulées par les encouragements de notre Prophète (QSSSL) qui nous exhortait à aller vers la science le plus possible, même en Chine. Ne nous disait-il : « Une journée consacrée à la science est plus méritoire à Dieu que cent expéditions guerrières » ? Ainsi, se termina cette importante réunion où des orientations ont été données et des dates ont été arrêtées pour les travaux de plusieurs chantiers et leur réalisation. C'était de cette manière que le calife El-Hakam II dirigeait ses équipes de constructeurs et c'était de cette manière qu'il réussissait ses programmes qui intéressaient tous les domaines vitaux du royaume. La bibliothèque en question qui, s'étant terminée dans les délais, comptait plus de 600.000 volumes qui intégraient toutes les branches du savoir, répertoriées dans un catalogue de 44 tomes. De toute façon, le calife avait de qui tenir, puisque au moment «où les livres et les bibliothèques n'avaient aucune valeur pour les Européens et que l'on avait à peine 500 livres manuscrits, tous religieux dans l'ensemble des monastères de l'Europe, les pays musulmans possédaient assez de bibliothèques. Celle de Bagdad, le «Beyt-el-Hikma» possédait 4 000 000 de livres. Plus tard la bibliothèque du Caire, du temps du calife fatimide El Hakim, possédait 1 000 000. En Espagne seulement, les musulmans publiaient chaque année, entre 70 et 80 000 livres», affirmaient les Européens eux-mêmes. Cette avance dans le domaine du livre et de la science, en général, nous pousse à faire une comparaison. Il faut signaler que du temps du roi Charles V de France, dit «Charles le Sage», sa bibliothèque, la première de France, qu'il a fondée au XIVème siècle – c'est-à-dire quatre siècles après celle d'El-Hakam II – ne contenait que 900 livres. Sans commentaire ! Reprenons L'Isfahani qui a été sollicité au cours de cette réunion. Cet auteur de talent lui a effectivement envoyé un exemplaire spécial, avec la généalogie des Omeyyades, car Al-Hakam II, qui a lu et annoté des milliers de livres de sa bibliothèque, était un généalogiste renommé, le plus important dans cette discipline, et qui fait encore aujourd'hui l'autorité en la matière. Il s'est passé des siècles avant qu'une bibliothèque semblable à la sienne voit le jour en Espagne. Il était l'écrivain, le mécène et le protecteur des philosophes et des poètes, même des plus polémiques parmi eux. Il fallait reprendre ces précieuses informations. Ainsi donc, l'expansion du savoir allait de pair avec le développement des écoles publiques. Plus de 30 écoles ont été érigées où de grands doctes assuraient une instruction gratuite aux pauvres et aux orphelins, en échange de salaires substantiels et attrayants. El-Hakam, à l'image de grands chefs, devait décréter l'enseignement obligatoire pour tous les enfants. Et, toujours dans sa lancée dans le domaine de l'éducation et la culture, il a développé l'université de Cordoue et a attiré de grands savants de tous les coins du monde. Les historiens confirmeront, plus tard dans leurs chroniques, que des hauts dignitaires ecclésiastiques et des savants anglais, allemands, français et italiens ont étudiés dans les universités des musulmans en Biled El Andalus. Cette même Histoire n'oubliera pas de mentionner également que Gerbert d'Aurillac, Pape français sous le nom de Sylvestre II, passa trois années à Tolède des Andalous pour étudier les mathématiques, l'astronomie, la chimie et d'autres matières sous la direction des docteurs musulmans. Les sciences et les lettres à l'époque des Omeyyades de Cordoue, s'ils ont connu leur expansion et ont eu leur temps d'évolution et de développement, c'était grâce aux facilités que les califes ont accordé aux savants et aux érudits immigrants d'Orient. Quant à la diffusion de la culture andalouse, à travers le monde et principalement l'Europe, elle a été assurée grâce aux voyages continus des Andalous, musulmans, chrétiens et juifs, qui essaimaient les régions qui, jusque-là, leur étaient inconnues. C'est dire que les souverains de cette époque resplendissante dans l'Histoire de l'Andalousie n'ont pas joué à «l'isolement» dans tous les domaines. Bien au contraire, ils ont développé leurs connaissances par cet apport ô combien
important et nécessaire des autres parties du monde. Par exemple, s'ils ont introduit le chameau ainsi que d'autres expériences agricoles qu'ils ont ramenés du Maghreb, ils ont fait venir également, sur le plan de la médecine, des praticiens d'Orient pour remplacer les chrétiens – la médecine a été entre les mains des mozarabes jusqu'à la moitié du IXe siècle –, et plus tard, ils ont adapté la traduction orientale du Dioscoride à la terminologie botanique d'El-Andalus. Dioscoride ce Grec d'Asie Mineure, né vers 40 après J-C à «Anazarbus» dans le sud de la Turquie, contemporain de Pline l'Ancien, a été célèbre par son herbier connu sous le nom de «Materia Medica» – nous l'avons déjà évoqué – qui est une remarquable description de plus de 600 plantes et presque 1000 remèdes. Elle demeurait à cette époque la «source principale de connaissance en matière de plantes médicinales durant l'Antiquité». Mais cette entrée plus que réussie dans le domaine médical s'était faite grâce à la collaboration efficace du célèbre médecin musulman Ibn Yulyul, du moine byzantin Nicolas et, nous ne le dirons pas assez, de ce fin diplomate, ministre en même temps que médecin réputé, le juif Hasdaï Ibn Shaprut.


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