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L'importance du contrôle du détroit d'Ormuz
Impacts des tensions entre les USA et l'Iran sur le cours des hydrocarbures
Publié dans La Nouvelle République le 17 - 01 - 2026

Face aux manifestations en Iran, le président américain menace le gouvernement iranien d'une intervention militaire sans précédent. Mais comme le notent bon nombre d'observateurs, entre contraintes opérationnelles, risques d'escalade régionale et calculs politiques, Washington temporise tandis qu'Israël se place en alerte maximale. Ainsi, le cours du pétrole a gagné 3 à 4 points, étant coté le 14 janvier 2026 à 65,47 dollars le Brent, puis le 15 janvier 63 69 dollars et le gaz environ 30 dollars le mégawattheure, dus non aux fondamentaux économiques mais à ces tensions géostratégiques.
L'objet de cette présente contribution est premièrement l'analyse du système politique de l'Iran et deuxièmement les impacts de ces tensions outre le contrôle du détroit de D'Ormuz par l'Iran sur tout le Moyen Orient qui recelé les plus grandes réserves mondiales d'hydrocarbures
1.- Le système politique en Iran
Selon la constitution de 1979, le système institutionnel iranien, fait cohabiter deux légitimités : d'une part une légitimité démocratique issue du suffrage populaire et une légitimité religieuse, d'autre part, incarnée en priorité par le Guide de la Révolution qui en font un régime semi-démocratique.
Ainsi, même si la majorité du gouvernement est élue par le peuple iranien au suffrage universel, directement ou indirectement, le conseil des gardiens (élu indirectement) peut opposer son véto à toute candidature aux élections
-Nous avons l'Assemblée du groupe des experts composé de membres, tous religieux, sont élus pour un mandat de huit ans ayant pour tâche de nommer le Guide suprême, d'évaluer son action et de le destituer s'il est jugé inapte à accomplir son devoir.
-Le Guide suprême, autorité religieuse dominante, est élu ou/et révoqué par l'Assemblée des experts, composée de membres religieux élus pour 8 ans au suffrage universel direct, qui valide l'élection du président de la république. C'est le Guide, et non le président, qui contrôle les forces armées et prend les décisions en matière de sécurité, de défense et de politique étrangère, étant habilité à nommer le chef du système judiciaire, les membres du Conseil des gardiens de la révolution, les commandants des forces armées, les imams des prières du vendredi et le directeur de la station de radio et télévision. Il valide aussi l'élection du président. Dans ce cadre, plus des forces régulières, les forces armées comptent le corps des gardiens de la révolution (Pasdaran), avec pour mission de combattre ceux qui sont opposés à la révolution où les principaux chefs des armées et des gardiens de la révolution sont nommés par le Guide suprême et ne rendent compte qu'à ce dernier.
Le guide est assisté par un Conseil de discernement, qui est un organe consultatif qui soumet ses analyses au Guide suprême dont les membres du Conseil sont des personnalités religieuses et politiques de premier plan.
-Le président de la république, deuxième personnage de l'Etat, est élu pour un mandat de quatre ans et ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs.
En tant que chef de gouvernement, il signe les traités et accrédite les ambassadeurs. Mais en pratique, ses prérogatives sont limitées et pouvant être destitué par le Guide suprême et même s'il nomme les ministres, leur nomination doit être approuvée par le Parlement et indirectement par le Guide suprême très impliqué dans les affaires liées à la défense, à la sécurité et à la politique étrangère.
-Le pouvoir législatif dit parlement est composé de députés élus tous les 4 ans au suffrage universel, supervisé par un Conseil des gardiens de la Constitution qui approuve ou s'oppose aux résolutions de l'assemblée.
2.- Impact des tensions au Moyen Orient sur le cours des hydrocarbures : l'importance du contrôle du détroit d'Ormuz
Les pays du Moyen-Orient ont une population inégalement répartie : pour 2023, Egypte 105 millions, Iran 90 millions d'habitants, Arabie Saoudite 33 millions, les Emirats 10 millions, Oman 5 millions et le Qatar estimation FMI 2,8 millions. Le Moyen-Orient recèle 40% des réserves prouvées mondiales de pétrole dont : l'Arabie saoudite environ 262,7 milliards de barils, soit un quart des réserves mondiales. Irak : ~112,5 milliards de barils. EAU : ~97,8 milliards de barils. Koweït : ~96,5 milliards de barils. Iran : ~93,1 milliards de barils et 40% des réserves mondiales de gaz dont Iran : 32 100 milliards de m3 (fin 2020), le Qatar : 24 700 milliards de m3, l'Arabie saoudite 9800 milliards de mètres cubes gazeux, les Emiratis une moyenne de 7000 milliards de mètres cubes gazeux et l'Irak 3500 milliards de mètres cubes gazeux et tout conflit dans la région risque assurément d'affecter la production. Et sans compter, selon la fondation de la recherche scientifique Paris, les réserves de gaz extractibles dans le bassin Est de la Méditerranée sont estimées à environ 35 milliards de mètres cubes gazeux avec une capacité annuelle de production de 1,5 milliard de m3 sur une période de 12 ans, pour cet espace. On y a jusqu'à présent découvert près de 2 000 milliards de m3 de gaz naturel et le même volume, ou presque, serait encore enfoui sous le plateau continental du bassin levantin, ce qui pourrait également expliquer, en partie, les tensions actuelles pour contrôler ces réserves.
Les tensions avec l'Iran ont montré l'importance du détroit d'Ormuz contrôlé par l'Iran, situé au sud-est de Bandar Abbas avec des pays frontaliers qui sont au nord l'Iran, et au sud-est les Emirats arabes unis, depuis Jazirah al Hammra, suivis du sultanat d'Oman d'une largeur d'une trentaine de milles marins (55 km) avec un tracé de deux couloirs de navigation de deux mille (3,5 km) de large chacun, l'un montant, l'autre descendant, les couloirs de navigation étant séparés par un couloir tampon de deux miles, bien que ses rails de navigation sont considérés comme étroits pour les supertankers, pour les porte-conteneurs ainsi que pour les méthaniers géants contemporains. Avec Gibraltar, le Bosphore, Malacca et le canal de Suez, il est un des grands détroits de la planète. Situé sur une très ancienne route commerciale entre l'Asie, la Méditerranée et l'Europe permettant le passage du Golfe Persique au Golfe d'Oman, puis à la mer d'Arabie et à l'océan Indien. La fermeture du détroit de d'Ormuz, affecterait le transit du gaz et du pétrole car « porte de sortie » du pétrole de la région du Golfe qui compte 5 des 10 plus gros producteurs du pétrole au monde localisé au Moyen-Orient comme mis en relief précédemment, où transitent plus de 30% des produits pétroliers dont plus de 20% du GNL. Le détroit d'Ormuz constitue une des principales voies de navigation connectant les pays pétroliers du Moyen- Orient avec les marchés asiatiques, européen et nord-américain, et l'idée de canalisations pour le contourner exigerait un investissement colossal.
Il faut également tenir compte des tensions qui perturbent le trafic en mer Rouge par où 12 % du commerce mondial de marchandises, une voie de transit qui concentre 30% du trafic mondial de conteneurs et environ 8% de produits pétroliers, qui ont fait augmenter le coût du transport maritime du transport de 15 à 20%. Conjointement aux tensions en mer Rouge, avec la possible fermeture du détroit d'Ormuz pourrait pousser les prix des hydrocarbures à la hausse, accentuant l'inflation mondiale où, selon le FMI, une hausse de 20/25 % du prix du pétrole/gaz entraînerait une hausse de l'inflation entre 0,8/ et 1% et, par ricochet, accroîtrait le coût des marchandises, les pays pétroliers mono-exportateurs et gros importateurs, perdant plus que ce qu'ils ont gagné et d'une manière générale, cela menacerait la croissance de l'économie mondiale. Aussi, afin d'éviter des tensions énergétiques de grandes ampleurs, aucun pays n'a intérêt à une généralisation du conflit au Moyen- Orient : ni les pays du Golfe, ni l'Iran qui a besoin de ressources financières du fait de vives tensions sociales internes, ni les grandes puissances dont la Chine, un des plus gros importateur d'hydrocarbures, ni les USA qui, rappelons lors du conflit Iran-Israël, le président américain avait mis en garde Israël, le 3 octobre 2024, contre les attaques sur des sites pétroliers du fait que les grandes compagnies américaines sont présentes dans la région.
En conclusion, malgré le drame auquel nous assistons actuellement au Moyen-Orient et dans d'autres contrées du monde, n'oublions pas le drame du Soudan, l'histoire millénaire a montré que la symbiose des apports l'Orient et de l'Occident ont favorisé le dialogue des cultures et des civilisations avec des prospérités et des déclins, montrant qu'aucune civilisation n'est supérieure à une autre. Le devenir d'un monde multipolaire conditionne largement la réussite de cette grande entreprise de cohabitation entre les peuples qui interpelle notre conscience commune. Le grand défi auquel le monde est appelé à relever, notamment, est la lutte contre le réchauffement climatique qui n'est pas une vue de l'esprit, le défi du contrôle numérique dont l'intelligence artificielle qui bouleversera entre 2026/2030/2035 les comportements des citoyens, la structure future des emplois, la gestion des entreprises, des institutions civiles et militaires.
Dr Abderrahmane Mebtoul
Professeur des universités,


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