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La Palestinienne Rima Hassan persécutée par les cercles pro-israéliens
Au banc des accusés
Publié dans La Nouvelle République le 25 - 02 - 2026

En France, appartenir au peuple palestinien suffit à se retrouver au banc des accusés. Rima Hassan en est l'illustration. Autour de sa personne, ce n'est pas une simple polémique qui se déploie, mais le procès permanent d'une identité palestinienne jugée coupable. Si elle cristallise une telle haine, c'est parce qu'elle est palestinienne et qu'elle porte cette identité dans l'espace politique français et européen, non comme un symbole passif mais comme une voix institutionnelle et politique.
Née dans un camp de réfugiés, devenue juriste puis députée européenne française, Rima Hassan incarne une parole qui refuse d'être confinée au témoignage. Elle parle depuis les institutions, mobilise le langage du droit international et inscrit la question palestinienne dans un cadre politique et juridique. Cette position transforme sa visibilité en enjeu symbolique.
Depuis son entrée dans la vie publique, elle fait l'objet de plaintes répétées, de signalements et de procédures judiciaires initiées par des responsables politiques ou des officines pro-israéliennes. À cela s'ajoutent des campagnes de critiques particulièrement virulentes dans les médias et sur les réseaux sociaux, souvent déclenchées par ses prises de position sur Gaza ou par ses références au droit international. Son action a également donné lieu à des tentatives de sanctions institutionnelles ou à des remises en cause de sa légitimité politique – enquêtes internes au Parlement européen, des demandes de levée d'immunité – voire, comble de l'infamie, des appels à la déchéance de sa nationalité française.
À travers l'hostilité constante qui la vise, c'est moins une élue que certaines officines pro-israéliennes veulent combattre qu'une présence jugée insupportable : celle d'une femme arabe, musulmane et palestinienne qui refuse d'occuper la place du silence et s'impose comme combattante politique à part entière. Autrement dit, son exposition met en lumière plusieurs dynamiques d'hostilité : arabophobie latente, islamophobie diffuse et rejet persistant de toute affirmation politique palestinienne.
En France le colonialisme de la pensée fait rage
Pris isolément, chacun de ces épisodes pourrait relever du débat démocratique. Mais leur répétition et leur intensité dessinent un climat particulier : celui d'une pression constante exercée contre une voix palestinienne devenue trop visible au goût des cercles pro-israéliens. Pour ses soutiens, cet enchaînement ne relève plus de la simple contradiction politique, mais d'une stratégie d'intimidation visant à bâillonner sa parole.
Certains y discernent même une mécanique d'éradication politique : l'objectif ne serait plus seulement de contester des idées, mais d'éroder progressivement la légitimité de celle qui les porte.
Le message envoyé est clair : en France, la question palestinienne est une zone de non-droit médiatique. Quiconque ose sortir du cadre autorisé devient une cible à abattre. On ne combat plus une opinion, on traque une identité. On nie à Rima Hassan le droit fondamental d'exister politiquement en tant que Palestinienne.
Le véritable scandale, ce n'est pas ce que dit Rima Hassan. C'est le silence complice ou la participation active d'une partie de la classe politique française à ce lynchage en règle. Même loin de la terre palestinienne occupée, le colonialisme de la pensée – c'est-à-dire la persistance d'une pensée coloniale – fait rage en France : il structure les réactions et oriente les hostilités.
Le Nettoyage : de la Terre au Parlement
Il existe une cohérence sinistre dans cet acharnement. Pendant que ses « frères et sœurs de sang » affrontent l'horreur du nettoyage ethnique à Gaza – une terre palestinienne que l'on veut vider de sa substance humaine et de son histoire – Rima Hassan devient, elle, la cible d'un nettoyage politique en plein cœur de l'Europe.
L'objectif, sous des formes différentes, reste le même : l'invisibilisation, doublée de l'avilissement de son identité palestinienne.
À Gaza, on détruit les infrastructures, les registres civils et les corps pour briser la continuité palestinienne. À Paris et Bruxelles, on tente de briser la trajectoire d'une élue par le harcèlement judiciaire et la mort sociale pour effacer la voix palestinienne de la scène politique.
La double peine de l'exil
Le message envoyé est d'une cruauté absolue : même parvenue au sommet des institutions, même investie d'un mandat issu du suffrage universel, une Palestinienne reste, aux yeux des cercles pro-israéliens, une intruse dont la légitimité est révocable.
Ce « nettoyage politique » vise à transformer l'espace public français en champ d'épuration idéologique où toute expression nationale palestinienne serait vouée à l'effacement.
Ce phénomène révèle un mécanisme plus large. La négation de la question palestinienne ne demeure pas confinée au champ géopolitique, c'est-à-dire à la Palestine occupée ; elle se poursuit dans l'espace public français, où certaines figures palestiniennes deviennent des cibles politiques à abattre. Dans ce contexte, la critique cesse d'être un débat d'idées pour glisser vers la mise en accusation de la personne elle-même : contestation de son identité palestinienne, délégitimation de ses revendications d'indépendance nationale.
Ainsi, ce n'est plus uniquement le discours qui est visé, mais l'identité de celle qui parle. En France aujourd'hui, dans un contexte où les cercles pro-israéliens se montrent particulièrement actifs et vindicatifs, être palestinienne et politiquement exposée peut signifier affronter des formes de persécution qui dépassent la simple confrontation d'idée.
Au fond, ce qui se joue dépasse Rima Hassan.
C'est la place même d'une voix palestinienne autonome dans l'espace politique français qui se retrouve mise en accusation ; une voix qui, dès qu'elle accède à la visibilité, affronte des persécutions incessantes.
À l'instar de ses frères et sœurs palestiniens en Palestine occupée, on lui dénie sa terre là-bas.
En France, on bâillonne sa voix. De Jérusalem à Paris, sa liberté demeure en sursis, réduite au silence.


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