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Autopsie d'une confusion entre marché et capitalisme
De l'échange à l'accumulation
Publié dans La Nouvelle République le 29 - 04 - 2026

Une confusion intellectuelle tenace, rarement interrogée, continue d'assimiler société marchande et capitalisme. Dans de nombreux discours contemporains, l'existence, au sein des sociétés anciennes, de marchés, de marchands ou de monnaie est tenue pour la preuve d'une continuité historique menant, presque mécaniquement, au capitalisme.
Dans ces conditions, le capitalisme n'apparaît pas comme le prolongement du commerce, mais comme son dépassement violent. Il ne résulte pas d'une évolution continue, mais d'une rupture historique majeure, imposée par une restructuration profonde – et souvent brutale – des conditions matérielles de la vie sociale. Ce que l'on présente parfois comme une simple transformation des échanges est en réalité une mutation des rapports de production eux-mêmes, au terme de laquelle l'autonomie des producteurs est brisée et subordonnée à la logique de l'accumulation.
Pourquoi les sociétés anciennes ne sont pas capitalistes ?
Même lorsqu'elles connaissent des échanges étendus, des formes d'accumulation de richesses et l'existence de classes marchandes actives, les sociétés anciennes ne réunissent pas pour autant les conditions constitutives du capitalisme. Ces éléments, souvent mobilisés pour établir une continuité trompeuse, restent en réalité partiels, périphériques et subordonnés. Car ce qui fait le capitalisme ne réside pas dans la simple présence du commerce ou de l'enrichissement, mais dans une configuration spécifique où ces éléments deviennent structurants.Or, dans ces sociétés, il manque précisément ce qui définit le capitalisme comme mode de production : la généralisation du travail salarié, c'est-à-dire l'existence d'une masse d'individus contraints de vendre leur force de travail ; la production systématiquement orientée vers la réalisation d'un profit monétaire ; et surtout, l'accumulation illimitée du capital comme principe moteur de l'organisation sociale. L'enrichissement peut exister, parfois à grande échelle, mais il ne se transforme pas en processus autonome d'auto-valorisation.
La richesse, dans ces configurations, ne suit pas la trajectoire abstraite d'une valeur cherchant à s'accroître indéfiniment. Elle circule, se consomme, se redistribue, se dissipe parfois dans des dépenses ostentatoires, ou se convertit en prestige, en pouvoir symbolique, en alliances politiques ou en obligations sociales. Elle ne s'impose pas comme une fin en soi, mais reste prise dans des logiques qui excèdent l'économie au sens strict. C'est pourquoi l'économie, loin de constituer une sphère autonome régie par ses propres lois, demeure enchâssée dans le social : elle est encadrée par des normes politiques, des structures lignagères, des hiérarchies religieuses, des obligations communautaires. Elle ne dicte pas la forme de la société ; elle en est un moment, un élément parmi d'autres, toujours relatif à un ordre plus large. À l'inverse, ce qui caractérise le capitalisme, c'est précisément la rupture de cet enchâssement : le moment où l'économie cesse d'être contenue par le social pour devenir la matrice qui le reconfigure. En ce sens, les sociétés anciennes, aussi dynamiques soient-elles sur le plan marchand, ne préfigurent pas le capitalisme : elles en constituent le contrepoint historique, révélant par contraste la spécificité d'un système fondé sur l'autonomisation de la valeur et la centralité de l'accumulation.
Naturaliser le capitalisme : une erreur idéologique
Affirmer que le capitalisme serait présent « en germe » dans toutes les sociétés revient à effacer les ruptures historiques concrètes qui ont rendu possible son émergence. Une telle thèse ne se contente pas de simplifier l'histoire : elle la reconfigure en profondeur, en transformant une formation sociale déterminée en horizon anthropologique universel. En postulant une continuité là où il y a discontinuité, elle dissout les conditions spécifiques – économiques, politiques, sociales – qui ont présidé à la naissance du capitalisme, pour en faire l'aboutissement quasi naturel de toute activité d'échange. Ce geste n'est pas neutre. Il opère une véritable naturalisation du capitalisme, en suggérant que celui-ci serait inscrit, dès l'origine, dans la logique même des interactions humaines. Le marché, la monnaie, le commerce deviennent alors les signes avant-coureurs d'un destin déjà tracé. L'histoire cesse d'être un champ de transformations conflictuelles pour se réduire à une trajectoire linéaire, orientée vers une forme finale supposée universelle. Le capitalisme n'apparaît plus comme une construction historique située, mais comme la révélation progressive d'une essence préexistante.Or une telle lecture est profondément trompeuse. Elle masque ce qui fait la singularité du capitalisme : non pas la simple généralisation de l'échange, mais l'instauration de rapports sociaux inédits, structurés par l'exploitation du travail salarié, la séparation des producteurs d'avec leurs moyens de production, et la domination de la logique d'accumulation sur l'ensemble de la vie sociale. En réduisant le capitalisme à une extension du commerce, on en neutralise la portée historique et critique ; on en efface la dimension conflictuelle, les processus de dépossession qui l'ont rendu possible, et les formes de domination qu'il institue. Dire que le capitalisme est « en germe partout », c'est, au fond, le soustraire à l'histoire pour mieux le soustraire à la critique. C'est faire passer pour évidence naturelle ce qui relève d'une configuration particulière, datée, et profondément contingente. C'est, en définitive, transformer un système historiquement construit en nécessité intemporelle.
De l'échange à l'accumulation : une rupture et non une continuité
Il n'existe aucune continuité naturelle entre les sociétés marchandes anciennes et le capitalisme. Penser le contraire revient à projeter sur le passé les catégories du présent, et à lire l'histoire comme une progression linéaire là où s'opère en réalité une rupture historique majeure. Car ce qui distingue ces deux configurations ne tient pas à l'intensité des échanges, ni à l'ampleur des circuits commerciaux, mais à la place qu'occupe l'économie dans l'organisation du monde social. D'un côté, des sociétés où l'activité économique demeure subordonnée, enchâssée dans des rapports politiques, religieux, communautaires qui la limitent et la contiennent. De l'autre, un système où l'économie s'autonomise, s'impose comme principe organisateur et finit par reconfigurer l'ensemble des rapports sociaux selon sa propre logique.
Cette bascule n'est pas quantitative, mais qualitative. Elle ne résulte pas d'un simple accroissement du commerce, mais d'un renversement de finalité : ce qui était moyen devient fin. Dans les sociétés anciennes, l'échange permet la circulation des biens en vue de satisfaire des besoins ; il reste un moment de la vie sociale. Dans le capitalisme, la production elle-même est orientée vers l'accumulation, et l'échange devient le vecteur d'une dynamique autonome de valorisation. L'argent ne circule plus pour faciliter l'accès aux choses : il s'investit, s'augmente, se reproduit. Il cesse d'être un instrument pour devenir un principe. Le capitalisme ne naît donc pas avec le commerce, mais avec une transformation radicale des conditions sociales de production. Il émerge lorsque l'argent devient une fin en soi, lorsque le travail humain est converti en marchandise, et lorsque l'accumulation du capital s'impose comme loi fondamentale, structurant aussi bien la production que les rapports sociaux. À partir de ce moment, l'économie ne se contente plus d'accompagner la vie sociale : elle en dicte les formes, les rythmes et les finalités. Tout le reste – marchés, échanges, monnaies – ne constitue pas son origine, mais son environnement, parfois ancien, souvent trompeur. Les prendre pour point de départ du capitalisme, c'est confondre les conditions générales de l'échange avec les déterminations spécifiques d'un mode de production historique. Autrement dit, c'est prendre le décor pour la structure, et l'apparence pour le principe.
Suite et fin


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