Réveil de la classe politique    En attente du feu vert des autorités pour la reprise    Mellal lâché par ses proches collaborateurs    230 nouveaux cas et 4 décès en 24 heures    Arrestation de la directrice d'une résidence universitaire    3,5 sur l'échelle ouverte de Richter    Guardiola : «Mahrez mérite d'avoir plus de temps de jeu, mais...»    Le Care pointe l'absence de données économiques    Omerta sur la liste des concessionnaires    «La station de dessalement de Douaouda fournira 100 000 m3 d'eau»    Les arrêts de travail déclarés par internet à la CNAS    L'Union européenne reste le premier fournisseur de l'Algérie    Guterres propose Jan Kubis pour le poste d'envoyé spécial    5 chasseurs tués et 3 autres grièvement blessés par l'explosion d'une bombe artisanale    Une nouvelle caravane de migrants vers les Etats-Unis    Un deuxième "impeachment" historique    Les émeutiers cherchaient à "capturer et assassiner" des élus    «C'est Bouteflika qu'il fallait juger»    Le RCD fustige le gouvernement    Bonne opération pour l'OM, l'ASO et la JSS    La belle "remontada" des Verts face au Maroc    "Je ne céderai jamais à la pression de la rue"    Ni Bouzenad ni Laroussi à la rescousse    Les joueurs arrêtent la grève    Début de sprint pour l'OM    Système ou pratiques ?    Un citoyen en appelle à Karim Younès    Baisse drastique des visas pour les Algériens    Vers un autre recensement du vieux bâti    Les mesures de confinement reconduites    L'opération vaccination sera-t-elle lancée dans les délais ?    Des cabines électriques mobiles à la rescousse    Le terroir et le travail de la terre en exposition à la galerie Le Paon    Les Libyens revendiquent la paternité de Chachnaq    La formation de Bennabi lui a permis de faire des applications dans les sciences    Les lauréats du Prix du président de la République distingués    Une nouvelle stratégie pour renforcer le rôle des microentreprises et des start-up    Lancement du concours du meilleur conte illustré sur Yennayer    Erdogan se fait inoculer le vaccin chinois CoronaVac    Google soutient le plan d'immigration de Biden    Les Etats-Unis sanctionnent le concepteur du vaccin iranien contre la Covid-19    Tébessa: Cinq morts et trois blessés dans l'explosion d'une bombe artisanale    Nettoyer le pays de qui et de quoi ?    Les faits têtus de la réalité    Meftah: Une usine de biscuits prend feu    Deux mandats de dépôt pour détournement au Trésor public    Retour au point de départ    Tébessa: Si la place de la Victoire m'était contée    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Ministre éphémère dans une république virtuelle
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 01 - 06 - 2017

Messaoud Belagoune est un symptôme parmi d'autres d'une république à l'agonie, où l'exercice informel du pouvoir a laminé les institutions.
L'affaire Messaoud Belagoune a montré une évidence : oui, en matière de gestion gouvernementale, on peut faire pire que Abdelmalek Sellal. Oui, on peut entamer son mandat à la tête de l'exécutif par une pitrerie plus dégradante que celles de l'ancien chef de l'exécutif. Oui, dans sa quête de l'absurde, l'Algérie a encore de la marge. Elle peut aller encore plus loin dans la mauvaise gestion et les décisions loufoques. Celles-ci, depuis longtemps, ne sont plus l'apanage d'un homme ou d'un parti, mais elles sont générées de manière naturelle par un système de décision qui a perdu tout repère.
La dérive commence au sommet de l'Etat. Qui nomme les ministres ? On ne sait pas. Ce n'est sûrement pas le premier ministre. Abdelmalek Sellal l'a appris à ses dépens.
Il a commencé à consulter des hommes politiques susceptibles de rejoindre son équipe alors que lui-même n'était pas certain d'être reconduit. Ce qui montre un degré d'improvisation insupportable à ce niveau : le premier ministre lui-même a confirmé qu'il n'avait aucune idée de ce qui allait se passer le concernant.
Officiellement, c'est le chef de l'Etat qui nomme les ministres, sur proposition du premier ministre. En réalité, la liste des ministres est établie ailleurs. Validée peut-être par le chef de l'Etat, en fin de parcours, mais dans la conjoncture actuelle, il semble exclu que le président de la république soit en mesure de consulter, de soupeser, de penser aux équilibres, de fixer les priorités et de choisir les noms.
Loterie
Ce qui peut ouvrir la voie à des miracles. Et la nomination de M. Messaoud Belaggoune relève réellement du miracle.
Candidat aux législatives sur les listes du Mouvement Populaire Algérien, parti de M. Amara Benyounès, il n'a pas été élu. Mais son parti, récompensé pour sa fidélité au chef de l'Etat, a été invité à donner des noms de personnes susceptibles d'entrer au gouvernement.
Quels portefeuilles seront confiés au MPA, pour appliquer quel programme, au sein de quel gouvernement, et avec quelles alliances? Tout cela ne compte pas. Le profil des candidats ne compte pas non plus. M. Benyounès donne les noms et attend. Comme Tadj, le RND et le FLN, partis de la nouvelle coalition gouvernementale. C'est une loterie qui va décider pour tous. Aucun parti n'a le droit d'exprimer des préférences, ou de contester les choix qui seront faits pour lui.
Le processus est détaillé par Messaoud Belaggoune lui-même, dans une interview à un site électronique. M. Amara Benyounès « a présenté des propositions au Premier ministre », mais « ce n'est pas lui qui m'a choisi au poste de ministre du Tourisme ». Le MPA s'est contenté de répondre à une recommandation, celle de « proposer des jeunes cadres ». Pour Messaoud Belaggoune, ce sera le ministère du tourisme. Le jackpot pour ce jeune homme rompu aux luttes d'appareils, qui a fait ses (longues) classes au sein des organisations universitaires.
Merci Monsieur le Président
Comment l'apprenti ministre a accueilli sa nomination ? Comment va-t-il sa gérer sa fonction de ministre? Comment il envisage ses relations avec le chef du gouvernement, avec son parti et, surtout, avec le président de la république ? Comment envisage-t-il de développer le tourisme dans le pays ? Ces questions totalement décalées. M. Belaggoune excelle sur un terrain : remercier, à tous les instants, le chef de l'Etat, auquel il attribue des pouvoirs inouïs. « Le président a la prérogative de nommer et de démettre qui il veut », affirme M. Belaggoune. Plus encore, « le président de la République ne donne jamais d'explications aux décisions de fin de fonction ou de nomination ». Pour lui, « il s'agit là de prérogatives du chef de l'Etat ».
On n'est plus dans la politique, mais dans l'adoration. On ne parle pas de négociations, de compromis, de terrain d'entente, d'actions à mener en commun. On est dans l'allégeance la plus totale. Amara Benyounès lui-même n'y trouve rien à redire. Evoquant le limogeage de son ministre, il affirme qu'il s'agit d'une « procédure constitutionnelle ». Le Président de la République a exercé une « prérogative incontestable » en limogeant un ministre nommé quarante huit heures plus tôt, dit-il-il simplement.
Fiche bleue
Autre aspect confirmé par cette affaire, le poids écrasant des services de sécurité dans les procédures de nomination. « Avant d'être désigné à la tête » d'une organisation d'étudiants, le Mouvement National des Etudiants Algériens (MNEA), « j'ai fait l'objet d'une enquête d'habilitation des trois services de sécurité (DRS, police, gendarmerie) », reconnait Messaoud Belaggoune.
De même, il rapporte que « les membres fondateurs ont été entendus par les trois services avant le congrès constitutif du MNEA ». Il rappelle aussi « qu'une enquête a été également menée » avant sa candidature aux élections législatives du 4 mai 2017. Ce compagnonnage de tous les instants imposé à un jeune apparatchik n'a pas suffi pour éviter une bourde.
Mais plus étonnant encore apparait cette aptitude des « militants » et « dirigeants » politiques à s'accommoder et à composer avec l'idée de la fameuse fiche bleue, sésame indispensable pour accéder à certains postes. Amara Benyounès va même plus loin. Il reproche implicitement aux services de sécurité d'avoir failli. « Dans tous les cas de figure, la responsabilité de l'enquête ne peut incomber à notre parti », dit-il, rappelant que M. Belaggoune a « satisfait à toutes les obligations légales et a notamment présenté un casier judiciaire vierge ». Ceci remet les choses à leur véritable place : pour accéder à des postes de responsabilité, même éphémères, l'agrément des services de sécurité est à la fois primordial et indispensable. Il peut compenser l'échec de l'urne, l'incompétence et l'échec.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.