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Quelle place pour l'entreprenariat féminin en Algérie ?
Publié dans Réflexion le 10 - 03 - 2017

La Journée internationale de la femme tous les 08 mars de chaque année est l'occasion de célébrer chaque femme, de n'importe quelle origine. Rappelons que le 17 décembre 1999, par sa résolution 54/134, l'Assemblée générale a proclamé le 25 novembre «Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes» et a invité les gouvernements, les organisations internationales et les organisations non gouvernementales à organiser ce jour-là des activités conçues pour sensibiliser l'opinion au problème.
C'est un cri de ralliement ; l'occasion de réfléchir et progresser vers l'égalité des genres et l'autonomisation de toutes les filles et les femmes. Dans ce cadre, et plus précisément l'analyse de l'entreprenariat féminin est intiment liée à l'analyse du marché du travail et du salariat d'une manière générale et de la place de la femme au sein de la société. Je ferai quelques remarques tant théoriques que pratiques.
1.-Si le travail est au cœur de la construction de la société, il est particulièrement au centre de la consolidation de l'autonomie de l'individu, notamment de la promotion de la situation de la femme en tant que personne et en tant que citoyen. Intégrer la femme dans le monde du travail implique un cadre adapté également aux coutumes. Les différentes recherches en sciences sociales affirment souvent que le développement d'une société se mesure au degré d'implication de ses femmes. L'émergence des femmes dans l'espace social et politique, la question de l'entreprenariat féminin devrait être posée dans le cadre de la problématique du développement et de la transformation générale de la société, étant au sein du carrefour de la pluridisciplinarité entre la psychologie et la sociologie du travail.
2- La première thèse, liée à la problématique du développement, est celle qui considère que l'arrivée dans le monde du travail des premiers contingents de femmes est le point de départ d'un mouvement évolutif et irréversible qui ne peut que changer la conscience qu'ont les femmes d'elles-mêmes, celles qui travaillent comme celles qui ne travaillent pas, et constitue un atout majeur dans la conquête de l'espace social et politique. Selon cette thèse, ce sont les femmes qui travaillent, quelle que soit la nature de l'activité exercée, qui s'intéressent le plus à la vie sociale et politique, qui votent davantage et de manière plus autonome. C'est parmi elles aussi que l'on trouve le pourcentage le plus élevé de femmes satisfaites, le revenu, essentiellement salarial des femmes, la scolarisation massive des filles constituant des facteurs de changement dans les rapports de sexe dans une société qui n'avait connu que le travail des paysannes.
3 - La deuxième version s'appuie sur une critique des catégories utilisées par l'Office national des statistiques, conteste d'abord la progression du travail féminin, remettant en cause dans ses travaux la thèse du travail émancipateur à partir d'une analyse théorique globale des rapports entre travail salarié et procès de travail domestique. Selon cette approche, le projet étatique de développement et de mobilisation de la société des années 70 a, de fait sinon délibérément, exclu les femmes en les affectant en priorité à un procès de travail domestique issu de la destruction des anciennes formes de production et de la séparation entre l'espace de production et de reproduction. Le modèle d'industrialisation mis en place en Algérie se traduit inévitablement par une très faible salarisation des femmes, circonscrite aux grandes villes. L'expulsion des femmes du système productif se complète à l'intérieur de ce dernier par une tendance les éloignant de la production». Ou encore : «la tendance la plus manifeste est leur expulsion pure et simple de la production, de l'emploi et plus globalement du champ social». La conclusion est que l'emploi féminin, «dérisoire et marginal», a encore un autre effet négatif. Il introduit une scission entre la minorité qui travaille et la majorité des femmes au foyer vouées aux rôles traditionnels dont les normes patriarcales se trouveraient renforcées.
4 - La troisième vision, à partir d'enquêtes au niveau des entreprises publiques, est que le «travail libérateur» de la femme serait un mythe, ne relevant pas d'une décision individuelle mais d'un projet de groupe et que l'enfermement à l'usine est le strict équivalent de l'enfermement à la maison. Cette vision conteste que le travail puisse être un facteur de libération, ni même de changement, du fait que la fonction proprement socioéconomique du salaire féminin est subvertie et réintégrée dans une logique symbolique propre à la société traditionnelle, la possibilité d'indépendance économique étant neutralisée par la logique de la domination.
5- La quatrième vision, plus récente et, me semble-t-il, plus réaliste, essaie de réaliser une synthèse ente ces différentes approches intégrant les analyses psychosociologues et la dualité de la société algérienne formel/informel. L'arrivée des femmes dans le monde du travail, limitée mais non marginale, a produit un mouvement irréversible d'aspiration au travail, à l'activité rémunérée et à ce qu'elle implique, c'est-à-dire une forme ou une autre d'autonomie, encore qu'existent des résistances au changement . Ce mouvement, du fait des nouvelles orientations économiques et du désengagement de l'Etat, a donné naissance à un développement sans précédent du travail informel qui prend des formes très variées, concernant un nombre de femmes beaucoup plus important que celui des travailleuses déclarées. Toutes sortes d'activités, exercées en auto-emploi, se développent et sont appelées à se développer. Le travail salarié a produit des effets sociaux et culturels profonds et irréversibles. Ils remettent en cause la problématique d'une sorte d'inertie des pratiques et des représentations dans le monde des femmes dans son ensemble, mettant en valeur qu'avec la scolarisation massive des filles, le travail est le paramètre essentiel du changement et ce changement a des retombées sur celles qui ne travaillent pas. Encore que cette approche met en relief que le savoir social que ces femmes acquièrent et les multiples manières dont elles l'utilisent en le combinant à des matériaux puisés dans le patrimoine culturel pour construire une image de soi valorisante à la fois comme femme et comme travailleuse, peuvent se trouver en butte à des manifestations de réprobation du fait de résistances socioculturelles. Encore que, selon cette approche, avec l'évolution de la famille algérienne qui ne vit pas en vase clos mais influencée par des facteurs d'environnement local et international (télévision, Internet...), il faille éviter le stéréotype selon lequel la famille, lieu de la tradition, emprisonne les individus et constitue toujours un frein à l'autonomie et au changement, une famille pouvant pousser ses membres féminins au changement parce qu'elle en tire des profits matériels et symboliques. A l'inverse, une femme qui fait des choix individuels en affrontant sa famille, ne s'en détache pas pour autant, ce qui signifie bien entendu qu'il ne peut y avoir d'un côté tradition et de l'autre innovation. Ces recherches mettent aussi en valeur la connivence mères-filles pour contrer une décision ou en faire valoir une autre, tout un ensemble de stratégies qui relèvent de ce que certains sociologues qualifient de «féminisme informel».
6.- A partir d'enquêtes, que constate-t-on ?
Selon les données du Centre national du registre du commerce (Cnrc) à fin février 2017, l'Algérie comptait 143.010 femmes d'affaires contre 116.474 à fin 2012,).Cette population englobe les femmes commerçantes inscrites en tant que gérantes d'entreprise (personnes morales) qui représentent 6% du nombre total des gérants d'entreprises (hommes et femmes), ainsi que les femmes commerçantes-personnes physiques dont le nombre correspond à 8% du total des opérateurs économiques-personnes physiques. En cinq ans, le nombre de femmes gérantes d'entreprise a augmenté en passant de 6.703 à fin 2012 à 10.444 à fin février 2017, en hausse de près de 56%.Quant aux femmes commerçantes personnes physiques, elles étaient à 132.566 à fin février dernier contre 116.474 en 2012, en augmentation de près de 14%.Mais sur l'ensemble des opérateurs économiques que compte le pays qui sont au nombre de 1,9 million, les femmes commerçantes n'en représentent que 7,5%.Par secteur d'activité, les femmes commerçantes personnes physiques exercent notamment dans la distribution en détail 49% de la totalité des commerçantes inscrites en tant que personnes physiques), les services 37,9%, la production de biens 9,4%, la distribution en gros 3,4%, la production artisanale 0,26% et l'exportation 0,01%.Quant aux femmes commerçantes-personnes morales, elles exercent surtout dans les services 39,4% du total des sociétés dirigées par les femmes), la production de biens 25,3%, l'importation pour la revente en l'état 16,8%, la distribution en gros 10,2%, la distribution en détail 6,6%, la production artisanale 1,1% et l'exportation 0,6%. Par tranches d'âge, il est constaté que les femmes commerçantes (personnes physiques) âgées entre 39 et 48 ans sont les plus nombreuses 26,21% suivies de celles âgées entre 49 et 58 ans 23,7%.S'agissant de la répartition par wilaya, les femmes commerçantes sont présentes dans toutes les wilayas mais avec une prépondérance à Alger qui vient en tête avec un nombre de 15.488 femmes 10,83% du total national des femmes d'affaires), suivie d'Oran avec 9.363 6,45%, de Tlemcen avec 5.547 3,9%, de Sidi Bel Abbes avec 5.317 3,7% et de Constantine avec 5.222 3,6%..En moyenne nationale, il existe près de 2.980 femmes commerçantes par wilaya. Par rapport à la population totale nationale 41,2 millions d'habitants, il y a une femme commerçante inscrite au registre du commerce pour 288 habitants. Plusieurs constats :
-Premier constat : sur le marché de l'emploi, de plus en plus de femmes diplômées et expérimentées sont à la recherche d'un emploi comprenant des avantages et perspectives d'évolution professionnelle.
-Deuxième constat : La violence contre les femmes a pris des proportions alarmantes ces dernières années. Le phénomène touche de plus en plus de femmes qui, souvent, sont victimes de violences commises par le mari, le père, le frère ou même l'enfant
- Troisième constat : Les femmes qui travaillent en Algérie sont en évolution positive
-Quatrième constat: leur niveau d'expérience varie selon la nature du métier exercé
-Cinquième constat : durant la recherche d'un emploi, de plus en plus de femmes sont confrontées à de multiples difficultés d'ordre social (discrimination) et professionnel (manque d'évolution).. En effet, les difficultés qui entravent l'évolution des carrières professionnelles des femmes sont en relation avec la discrimination dans l'attribution des promotions,
-Sixième constat : il y a également les critères de taille et de type d'entreprises qui constituent un élément important dans la sélection du poste de leur choix.
Quelle conclusion tirer ? Je considère que la promotion de la femme, et notamment du travail dans son ensemble et l'entreprenariat féminin en particulier, comme le ciment et la vitalité de toute société. Dans la Phénoménologie du Droit, Hegel faisait allusion aux 3 strates fondamentales : la Famille, la Corporation, l'Universel. Le grand philosophe allemand Hegel avait, peut-être volontairement ou involontairement, oublié de mentionner : la Matrice de la Vie (la Mère) et l'Etat (les règles, les fonctions régaliennes, l'allocation des ressources collectives). Mais la matrice de base, la mère des matrices, le Noyau Central, El-Oum Ed-Dounia, la racine de l'arborescence, la racine de l'Arbre de la Vie, c'est notre mère. En un mot, nos filles et nos femmes ont besoin de la plus grande considération.


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