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Aristophane, la face cruelle de l'assemblée des femmes
Foire d'un jour, larrons toujours
Publié dans El Watan le 10 - 03 - 2005

L'auteur grec s'est moqué des femmes en ridiculisant les hommes.Il avait fait mieux. Les femmes, un jour, ont pris le pouvoir. Menées par une maîtresse-femme, Gaillardine, elles ont choisi l'heure propice aux coups d'Etat. Il fait nuit, l'aube n'est pas encore là.
Mise dans la confidence, l'amie complice et dispensatrice des premières lueurs de la vie a choisi, pour une fois, de retarder l'ouverture de ses doigts de rose qu'elle retient encore serrées, cachées derrière son dos ou dans ses poches pour éviter d'éclairer l'action qui se trame en secret. Gaillardine a rendez-vous sur la place d'Athènes avec ses amies qui sont en retard au rendez-vous qu'elle leur a donné. Ouf ! heureusement, les voilà qui arrivent, en petits groupes ou seules, l'une après l'autre, chacune s'excusant auprès de leur chef. Il avait fallu mesurer l'intensité du ronflement du mari et s'assurer qu'il était vraiment endormi, lui emprunter dans le noir son manteau, son bâton et ses souliers, et ne pas oublier la barbe qu'elles avaient cachée dans la cuisine, la pièce où ne se perdent (presque) jamais les pas masculins. Déguisées en hommes, les Athéniennes sont toutes venues, répondant comme un seul homme, à l'appel du devoir. Il s'agit, ni plus ni moins, que de se substituer aux hommes, ces incapables, pour faire adopter à l'assemblée du peuple des mesures qui sauveront l'Etat. Il faut faire vite, l'aube étant bien gentille, mais ne pouvant indéfiniment retenir ses doigts qui fourmillent d'étincelles. Vite ! Une dernière mise au point sous la direction de Gaillardine. Chacune répète son rôle une dernière fois, et les voilà toutes en route vers l'assemblée. Là, elles savent exactement le lieu à occuper : les places sous les tribunes, juste en face des Commissaires. C'est là que la voix porte le mieux, interdisant ronronnement et somnolence. « De tout ça, c'est vous autres, peuple d'Athènes, qui êtes responsables. Vous drainez les fonds publics pour vos allocations, et vous n'avez d'yeux, chacun, que pour votre profit particulier. Et l'Etat, lui, il chaloupe comme un chien boîteux. Mais si vous m'en croyez, vous vous en tirerez encore : c'est aux mains des femmes, vous m'entendez, qu'il nous faut confier l'Etat. »
Un ordre nouveau
La voix est entendue, l'affaire conclue après le vote des faux hommes partis à l'assaut de l'assemblée du peuple comme de vraies femmes protégées par leurs attributs masculins volés à leurs époux dormants. L'illusion des gourdins, brodequins et autres postiches chevelues, fait merveille. A l'unanimité, la décision révolutionnaire est votée : ce sont les femmes qui gouverneront désormais. Dès lors, l'aube complice, l'amie des conspiratrices, peut dévoiler le ciel et les paupières des dormeurs. Pris d'un besoin pressant, les maris se retrouvent dans la rue, enveloppés tant bien que mal, dans les robes de leurs femmes, drapés de caraco caca-d'oie, traînaillant des mules finement brodées et toutes mignonnes. Où sont passés femmes, manteaux et godillots ? Encore tout étonnées de leur audace, les femmes reviennent rapportant avec les gourdins et les brodequins, la bonne nouvelle : elles sont au pouvoir, et elles entendent appliquer leur programme : tous les biens seront mis en commun, et les femmes seront à qui les voudra et à qui elles voudront, avec droit pour les vieilles et les laides d'être servies les premières. Justice oblige ! Liberté et égalité président aux réformes bénéfiques. Les dernières réticences des hommes sont vaincues à l'annonce d'un banquet préparé par les femmes et organisé le soir même pour fêter l'avènement d'un ordre nouveau. La pièce d'Aristophane - car, vous l'aurez deviné, cette histoire n'est pas réelle-, se termine sur une vision de bombance générale. Tout le monde chante et danse dans le cortège qui s'étire vers le buffet mémorable autour duquel tout le monde finira la soirée en enterrant la révolution des femmes. C'est ainsi que s'achèvent les carnavals, les Saturnales mettant en vacance d'un jour les esclaves, les mal -aimées, les maltraitées, malignement libérées par les hommes qui entendent rester au pouvoir.
L'humiliation d'Athènes
L'Assemblée des femmes n'est pas la meilleure des pièces de théâtre du grand comique grec. Loin s'en faut. Elle est l'une des dernières productions d'Aristophane, et ce n'est pas l'essoufflement qui explique à lui-seul son échec. Arrivant en fin de répertoire, l'Assemblée des femmes coïncide avec le fléchissement d'une civilisation qui s'apprête à mourir sous les coups de boutoir des guerres et de l'Histoire. En quelques années, le comique préféré des Grecs a vu la déroute et l'humiliation d'Athènes, les règlements de comptes sanglants ou sordides, la condamnation et la mort de Socrate. Aussi bien peut-on imaginer le découragement du dramaturge cinquantenaire qui assiste à la fin d'un monde, à mi-parcours d'une existence passée à défendre la paix, le rire et la beauté. Aussi bien peut-on pardonner à Aristophane un défaut de production, une farce qui se sert de nous, les femmes, pour tourner l'humanité en bourrique. Dos au mur, en mal d'inspiration dans un monde où tout prête à indignation et à raillerie, il ne lui restait plus que la solution extrême, à la manière d'un joueur qui risque sur la table toute sa mise, quitte à y laisser sa chemise et son chapeau. Femmes de pouvoir d'un jour, d'un demi-jour, nous te pardonnons, cher Aristophane. Nous savons que la représentation est définitivement terminée depuis longtemps, et nous nous consolons à l'idée qu'au moins, nous n'aurons plus à préparer les banquets des soirs de fêtes auxquelles tout le monde n'est pas invité. Nous sommes un certain nombre à préférer rester à la porte n'espérant même plus quelques miettes. Nous y sommes bien avec les railleurs qui continuent à ferrailler contre la démagogie belliciste, la démocratie guerroyante, les entêtements néfastes des uns se nourrissant de la renonciation complice des autres. Beau programme qui était le tien, autrefois, à la grande époque, au bon temps d'avant. Aristophane, merci. Sacré vieux farceur ! On pense encore à toi, au lendemain de notre demi-journée internationale et nationale.


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