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20 ans de réclusion requis contre les sept accusés
Tribunal militaire de Blida
Publié dans El Watan le 25 - 09 - 2019

Une peine de 20 ans de réclusion criminelle a été requise hier par le tribunal militaire de Blida contre l'ensemble les sept accusés poursuivis pour «complot contre l'autorité de l'Etat et de l'armée», à savoir Saïd Bouteflika, Bachir Tartag, Mohamed Mediène, Louisa Hanoune, ainsi que les trois se trouvant à l'étranger, Khaled Nezzar, son fils Lotfi et Farid Belhamdine. Auparavant, Mohamed Mediène et Louisa Hanoune ont fait d'«importantes» déclarations qui ont donné au procès une nouvelle tournure, indiquent leurs avocats.
Le procureur du tribunal militaire a surpris l'assistance par son réquisitoire contre les sept accusés, dont trois se trouvant à l'étranger et considérés en état de fuite. Ainsi, selon les avocats sur place, le parquet a requis «une peine maximale» de 20 ans de réclusion criminelle contre Saïd Bouteflika, frère-conseiller du Président déchu, Mohamed Mediène et Bachir Tartag, anciens patrons des services secrets, Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense, son fils Lotfi et Farid Belhamdine, président de la Société algérienne des pharmaciens (SAP).
Peut-on dire que le parquet a écarté l'inculpation punie de la peine de mort et retenu le complot contre l'Etat, dont la sanction est la peine maximale de 20 ans de réclusion criminelle ? Son réquisitoire reste énigmatique. La même peine a été demandée aussi bien contre les accusés qui se sont présentés pour se défendre que contre ceux qui ont refusé de comparaître, contre ceux qui se sont abstenus de répondre aux questions du juge et contre ceux en situation de fuite à l'étranger.
Dans la matinée, l'audience a repris avec l'audition de Mohamed Mediène, ex-patron du défunt DRS (Département de renseignement et de sécurité), et Louisa Hanoune, secrétaire générale du PT, en l'absence du général-major à la retraite Bachir Tartag, ex-coordinateur des services secrets, qui a décidé, la veille, de ne pas quitter sa cellule. A en croire des avocats constitués dans le dossier, Saïd Bouteflika, le frère-conseiller du Président déchu, était présent à l'audience dès la matinée, alors que la veille, il avait décidé de ne pas répondre aux questions du juge et de quitter la salle, prétextant le «refus» du tribunal de remettre à ses avocats les documents ayant justifié son inculpation.
Le juge a pris acte de sa position et s'est contenté de la lecture du contenu du procès-verbal d'audition lors de l'instruction, avant d'appeler à la barre l'ex-président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaïz. Interrogé sur l'entretien téléphonique entre lui et Saïd Bouteflika, à propos de l'application de l'article 102, nous révèle un des avocats, Tayeb Belaïz a répondu : «Je n'ai à aucun moment senti que les propos qu'il m'a tenus au téléphone constituaient un ordre. J'ai compris qu'il n'était pas d'accord et qu'il voulait connaître mon avis et partager le sien. Je lui ai fait comprendre qu'au sein du Conseil, je ne représente qu'une seule voix, qu'il m'est impossible de peser sur la décision.»
L'audience s'est poursuivie jusque tard dans la nuit et a repris hier matin avec le général de corps d'armée à la retraite Mohamed Mediène, ramené «sur une chaise roulante, le corps courbé et le teint livide». Malgré la demande insistante de ses avocats et de ceux de Louisa Hanoune pour un ajournement du procès «pour des raisons de santé», le tribunal a maintenu l'audience en se basant sur les conclusions des médecins auxquels il a fait appel pour une expertise médicale.
«Liamine Zéroual avait accepté de diriger la transition»
Nos sources se disent «impressionnées par la sérénité et la force de convaincre» affichées par l'accusé. Elles reviennent sur ce qu'il a déclaré : «Tout d'abord, il avait refusé de parler de réunions, parce que, selon lui, il s'agissait de rencontres avec le frère-conseiller du Président pour contribuer, avec son expertise et ses connaissances, à la résolution de la crise que traverse le pays.
Il a tenu à faire comprendre au tribunal que les poursuites dont il fait l'objet ne sont pas liées aux événements de 2019, en disant : ‘‘Il faut remonter à 2013 pour comprendre pourquoi je suis là. A cette époque, et après en avoir presque fini avec le terrorisme, nous avions donné la priorité à la lutte contre la corruption dans la sphère politique et économique.
Mes services ont ouvert de nombreuses enquêtes, dont celle de Sonatrach. Le Président n'était pas d'accord. Je l'ai payé de mon poste''.» Interrogé sur le contenu des discussions lors de la réunion du 27 mars à Dar El Affia, ajoutent nos interlocuteurs, l'accusé a répondu : «Saïd Bouteflika a évoqué une période de transition, avec la désignation d'un Premier ministre avec de larges prérogatives pour prendre des mesures importantes. J'avais proposé les noms de Ali Benflis et d'Ahmed Benbitour, mais Saïd Bouteflika n'était pas d'accord.
Il a proposé Liamine Zéroual et personne ne s'y est opposé. Il m'a demandé de le contacter pour lui en parler. Il était à Batna quand je l'ai appelé. Il était d'accord pour la proposition et même content de revenir pour le pays. Je lui ai dit : ‘‘Est-ce qu'on se rappelle pour confirmer le rendez-vous ?'' et il m'a répondu tout de suite : ‘‘Je te confirme maintenant. On se voit, chez moi à Moretti, samedi à 10h.'' Lorsque je suis allé le voir, il était très froid et avait totalement changé de position.
Il a décliné la proposition en justifiant son refus par son état de santé et le hirak.» Interrogé sur les discussions lors de la réunion du 27 mars avec Saïd Bouteflika, ajoutent nos sources, Mohamed Mediène a soutenu : «Je n'ai jamais parlé de changement à la tête de l'armée ou de limogeage du chef d'état-major. Lorsque Saïd Bouteflika a évoqué l'éventualité d'opérer des changements à la tête de l'armée, j'ai répondu qu'une telle décision était inopportune vu la situation.» Mediène, notent nos interlocuteurs, a déclaré qu'il avait «une position claire» en ce qui concerne cette question précise. Il a dit qu'il était opposé au cumuls des fonctions de chef d'état-major de l'Anp et de vice-ministre de la Défense nationale, et qu'il l'avait fait savoir en temps opportun au président Abdelaziz Bouteflika.
Mohamed Mediène, apprend-on auprès des avocats, a parlé aussi de la mesure de réhabilitation des cinq généraux-majors poursuivis et incarcérés durant l'été 2018 pour des affaires de corruption, que Saïd Bouteflika a proposé de prendre. Il a déclaré au tribunal : «J'ai dit au conseiller du Président que ces officiers supérieurs ont fait l'objet de poursuites judiciaires. Ils ne peuvent pas être réhabilités sans passer par la justice. Ce n'est pas possible.»
Au bout de trois heures, Mediène quitte la barre et l'audience est levée pour reprendre dans l'après-midi avec l'audition de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs, assistée par une dizaine d'avocats. Selon nos sources, elle «était magistrale et a réussi par sa déclaration à imposer un silence de marbre dans la salle d'audience. Elle n'a pas défendu sa propre personne, mais tous les accusés en démontrant que ces réunions dites secrètes n'avaient rien d'un complot».
Au bout d'une heure, ce fut au tour du procureur général de faire son réquisitoire. Il requiert 20 ans de réclusion contre les quatre accusés et les trois autres qui sont en état de fuite à l'étranger. Les plaidoiries ont commencé vers 18h30 et ont duré une bonne partie de la soirée. Le verdict pourrait tomber tôt dans la matinée.


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