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Avec les transporteurs de la gare routière du Caroubier : Des entreprises qui ont frôlé la faillite
Reportage
Publié dans El Watan le 07 - 01 - 2021

C'est une reprise au diesel pour les transports interwilayas qui ont renoué, samedi 2 janvier, avec leur activité après presque dix mois d'arrêt à cause de la crise sanitaire liée au coronavirus. Ce n'est pas l'affluence des grands jours qui est enregistrée aux portillons de la gare routière des Grands Invalides de la Guerre de Libération (Caroubier), devant lesquels les agents de Sogral, visière sur le visage et thermomètre au poignet, accueillent les voyageurs. La gare routière est loin d'avoir trouvé son rythme de croisière et son niveau d'activité d'avant la crise.
«Les passagers arrivent doucement mais sûrement, constate un agent de Sogral. L'activité reprend progressivement. Vous voyez cette place, avant, elle était noire de monde, elle est aujourd'hui clairsemée.» Pour quelles raisons, demandons-nous. «Il y a certains trajets de longue distance qui ne sont pas encore assurés par tous les prestataires, croit-il savoir. Des transporteurs les assurent, mais d'autres s'y refusent en raison des horaires de confinement et le couvre-feu.
A cela s'ajoutent les intempéries et les chutes de neige qui causent le blocage des routes et que beaucoup de transporteurs préfèrent éviter», nous explique-t-il, précisant que cette ouverture est un soulagement pour «tout le monde». «Fallait voir les clandestins ici au Caroubier, c'était devenu un grand souk, au vu et au su de tout le monde», glisse-t-il.
Sur les écrans d'affichage à l'entrée, les destinations défilent : Skikda, Aïn Beîda, Souk Ahras, Annaba, Béjaïa, Bouira, Jijel, mais aussi Oran, Chlef, Béchar, Ouargla, Hassi Messaoud et Tlemcen. Les guichets de vente de billets ont été équipés de verre plexiglas et les cafétérias et les fast-foods proposent des sandwiches «à emporter».
«On a mis trop de temps pour reprendre, souffle le propriétaire d'un fast-food spécialisé dans le chawarma derrière sa caisse enregistreuse. Notre activité avait été libérée du confinement il y a déjà plusieurs mois, mais comme nous nous trouvons à l'intérieur de la gare routière, nous étions condamnés à attendre l'ouverture du transport interwilayas.
A la fin, cette reprise a un goût fade tellement nous avions perdu espoir.» Quant aux voyageurs, ils se disent ravis de pouvoir enfin circuler librement, sans dépendre des «clandestins» qui ont profité de l'interdiction de circulation des taxis et des autobus entre les wilayas pour gonfler leurs prix. «Il faut savoir que la circulation entre les wilayas n'a jamais cessé. J'habite Tizi Ouzou, mais je dois me rendre souvent à Alger pour le travail, j'étais contraint de prendre un taxi clandestin, cela me coûtait dans les 4000 DA, je n'avais malheureusement pas d'autre choix que de céder», soupire un quadragénaire.
Un jeune homme, casquette noire et écouteurs autour du cou, originaire de Biskra, se dit soulagé de pouvoir rendre visite à sa famille. «Bien sûr, nous trouvions toujours des moyens pour y aller, que ce soit pour l'Aïd ou pour d'autres occasions, mais il fallait parfois faire toute une gymnastique et appeler toutes mes connaissances à Alger afin de trouver quelqu'un qui devait s'y rendre. Par principe, et parce que je n'en ai pas les moyens, je n'ai (el hamdoullah) jamais eu recours à des transporteurs clandestin», dit-il en souriant.
«Nous ne sommes pas tous des Tahkout»
Pour les transporteurs auxquels le confinement aura également coûté cher, la reprise aurait pu donner du baume au cœur s'ils n'en étaient pas encore à compter les pertes et les dégâts. Ahmed Bilal, président de l'Union nationale des transporteurs (Unat), dont le bureau est situé au deuxième étage de la gare routière, se montre dépité par la situation qu'il dit «désastreuse» des transporteurs privés. «Notre gouvernement, sans doute dépassé et que Dieu lui pardonne, n'a pas été juste envers nous, au point où nous sommes restés presque 10 mois sans travailler», fustige-t-il. Et de continuer : «Imaginez donc 10 mois sans aucun revenu, pour des familles qui comptent parfois jusqu'à 10 enfants ou pour un transporteur qui compte 250 employés.
Ce sont-là des paramètres qui devaient être pris en considération par les responsables de ce pays, qui sont les garants de nos intérêts économiques et sociaux.» Il dit, qu'en tant que responsable du syndicat des transporteurs, il s'est adressé aux pouvoirs publics pour trouver une solution aux problèmes des transporteurs. En vain. Il raconte : «Avant la maladie du Président, je me suis adressé à la Présidence pour tenter de trouver une solution à notre situation, j'ai été accueilli par son conseiller, Abdelhafid Allahoum, qui était attentif à notre situation qu'il ne connaissait pas bien auparavant – il pensait même qu'une aide nous avait été attribuée. Or, celle-ci n'était destinée qu'aux chauffeurs et aux receveurs.
Alors, il a pris son combiné pour contacter le ministre des Finances. D'après ce que j'ai compris, celui-ci lui a insinué que nous étions des patrons riches, que nous avions largement les moyens de dépasser cette situation sans l'aide de l'Etat. Que croient-ils ? Que tous les transporteurs sont des Tahkout ?» Et lorsqu'il s'est s'adressé au ministère de tutelle, on lui a signifié que cela ne relevait pas de sa responsabilité mais de celle du comité scientifique de suivi de l'évolution de la Covid-19.
Au final, c'est une reprise au goût amer pour le représentant des transporteurs algériens. «Ils ont ouvert le transport urbain, mais à la condition que les sièges des bus ne soient remplis qu'à hauteur de 50% afin de respecter le protocole sanitaire. Nous sommes sensibles à la situation sanitaire, mais il est illogique de plafonner les tarifs des tickets dans ces conditions», dit Bilal Ahmed, en poursuivant : «Les clandestins non déclarés ont doublé leurs tarifs et le transporteur qui travaille dans la légalité, qui paye ses charges, est soumis à un plafonnement des prix qui le contraint à travailler à perte.»
«Perdants à l'aller et au retour»
Il se plaint, notamment, du fait que les autocars soient contraints de rouler avec seulement la moitié de leur capacité, pour cause de respect des restrictions sanitaires, tout en gardant les tarifs inchangés. «Dans cette gare routière, dit-il, un bus ayant la capacité de 50 places devant faire le trajet Alger-Hassi Messaoud, soit plus de 1000 kilomètres, consommant 12 000 DA d'essence, est obligé de ne prendre que 25 passagers. Sans oublier que les véhicules ont besoin d'un entretien constant, que le pneu coûte dans les 30 000 DA et la batterie dans les 20 000 DA et que les chauffeurs et les receveurs ont besoin d'être payés. Pour les longs trajets, l'on a parfois besoin de deux chauffeurs, et je ne parle pas de la cotisation à la Cnas et des charges de Sogral (les frais d'accès, ceux de quai et les 13% du tarif passager). Ce chauffeur autocar est perdant à l'aller comme au retour. Personne ne s'enquiert des problèmes dans lesquels nous pataugeons !»
A cela s'ajoutent les contraintes liées au couvre-feu appliqué dans 29 wilayas du pays. «Maintenant que l'on a permis aux bus interwilayas de circuler, il faut savoir qu'ils sont obligés de s'arrêter à 20h, compte tenu du couvre-feu instauré dans plusieurs wilayas. Que doit faire le chauffeur de ses passagers une fois arrivés après la tombée de la nuit ? Les emmener chez lui ?» interroge-t-il. Et d'ajouter sur sa lancée : «Et en plus, ce chauffeur risque d'être arrêté aux barrages sécuritaires. S'il a la malchance de tomber sur un agent borné, il lui demandera de s'arrêter jusqu'à la levée du confinement et ne sera libéré qu'à 5h du matin.»
C'est ce qui explique, selon lui, que les autocars assurant les longues distances se font rares. «Un transporteur qui fait une courte distance, comme Alger-Blida, peut rentabiliser son activité, en faisant des rotations. Mais ceux qui assurent les longues distances, avec un bus à moitié plein, ne peuvent pas tenir le coup», résume-t-il. Les discussions entre les propriétaires de bus donnent lieu à des échanges épiques où chacun tente de mettre en avant le grotesque de ses mésaventures liées à l'arrêt de l'activité. «J'ai un bus qui a été arrêté de nuit à Chlef, dit l'un d'eux.
Le policier a inspecté tous les papiers et les autorisations nécessaires, puis il demande au chauffeur la vignette. Celle-ci a été demandée au mois de mars, au même moment où l'activité a été stoppée. Et voilà que nous sommes contraints de payer les pénalités de retard de la vignette, 30 000 DA au lieu de 15 000 !» Et à un autre d'enchaîner : «Depuis la reprise, j'ai roulé avec l'autobus qu'une seule journée avant que le moteur ne rende l'âme. Le fait est que comme le véhicule est resté à l'arrêt pendant une longue période, le moteur a été endommagé. Le plus beau, c'est qu'à la veille de la reprise, j'avais renouvelé l'assurance, la vidange et la batterie.
A peine avait-il fait quelques kilomètres que le moteur a lâché !» Et un troisième de relativiser : «Nos problèmes ne sont rien devant ceux qui ont une flotte de 200 bus. Ils ont payé leurs 300 employés les deux ou trois premiers mois, puis ils n'y parvenaient plus, car la situation financière était intenable. Le problème, c'est que s'ils renoncent à honorer les salaires, ils perdaient des chauffeurs chevronnés.
C'est une situation extrêmement délicate.» Certains s'interrogent sur une indemnité promise par le président de la République dont ils n'ont pas encore vu la couleur. D'aucuns se lamentent du fait que malgré l'arrêt de l'activité, les impôts leur étaient imposés et que quiconque s'y refusait avait droit à un redressement fiscal. D'autres encore s'enquièrent des prix des autocars qui ont augmenté ces derniers mois jusqu'à atteindre «les trois milliards».
A tout cela, le président de l'Unat s'en tient aux vers du poète des poètes, Abou Alaa El Maâri, selon lesquels «la vie n'est que fatigues». «Malgré cela, dit-il, nous continuons à nous battre, et c'est ce qui compte !» 
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