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J'ai été témoin de comportements inqualifiables envers les nés sous X
Mohamed-Chérif Zerguine. Auteur de Pupille de l'Etat. La peur de l'inconnu
Publié dans El Watan le 24 - 12 - 2010

Mohamed Cherif Zerguine, 47 ans, pupille de l'Etat, s'apprête à sortir un nouveau livre, Nés sous X dans le monde arabo-musulman. Après la publication de notre reportage sur les enfants de l'hôpital de Djelfa (3 décembre), il a souhaité réagir en racontant sa propre expérience alors qu'il accompagnait la commission d'enquête du ministère de la Solidarité. Il vient également de participer à la session plénière du Parlement européen pour témoigner sur les contradictions juridiques entre la kafala et l'adoption.
-Votre livre Pupille de l'Etat (1) retrace votre propre parcours, celui d'un enfant abandonné jeune adopté par la suite dans une famille qui lui a offert amour, protection et sécurité. Qu'est-ce qui vous a poussé à rédiger cet ouvrage autobiographique ?
La bêtise humaine ! On va dire… Et ce, suite à une visite que j'ai effectuée à la pouponnière du Bon Pasteur de Constantine. Dans le regard de ces bébés abandonnés, j'ai vu et lu un «deuil». A 45 ans, ayant reçu tout l'amour et la protection d'une famille d'accueil qui m'a permis de me construire comme vous l'avez souligné, je n'avais pas le droit de me taire ! Et puis ces bébés m'ont parlé… Je ne saurai vous expliquer comment… Quelle torture après cette visite !… Et donc le cri, un cri imposé par cette innocence. Pour eux tous et pour moi-même, je n'avais pas le droit de taire cette souffrance…
-Vous avez fait partie d'une commission du ministère de la Solidarité, comment cela s'est déroulé ?
Je n'ai pas fait partie d'une commission, j'ai été entendu par la commission d'enquête du ministère de la Solidarité dépêchée en urgence à Constantine courant 2007, suite à des comportements indignes de la part de l'administration du secteur. D'ailleurs, je dénonce avec vigueur ce comportement dans mon livre. Ensuite l'écho de ma démarche pour obtenir mon dossier, une requête unique en Algérie qui m'a permis de prendre connaissance du dossier de ma mère biologique, a séduit les membres de cette commission qui ont parlé de moi à la tutelle. A partir de ce moment précis, sollicité par le secrétaire général pour organiser, sous l'égide du ministère, une série de conférences sur l'enfance abandonnée, j'ai accompagné cette même commission en mission dans plusieurs établissements du pays. J'ai été témoin en présence de cette même commission de comportements inqualifiables !
-Comment évaluez-vous la condition de l'enfance abandonnée en Algérie ?
Elle est catastrophique et cela malgré les efforts et les moyens fournis par l'Etat. A mon humble avis, il est urgent d'assainir le secteur en profondeur. Il fut un temps où les enfants dépendaient du secteur de la Santé, le directeur de l'hôpital cumulait la fonction de directeur de l'orphelinat. Le pupille de l'Etat avait un statut. Depuis quelque temps, on assiste à plusieurs réformes dans le secteur et le dossier de l'enfance abandonnée a bourlingué longuement avant d'atterrir à la Solidarité nationale. En tant que pupille de l'Etat, je dis haut et fort que nous n'avons nullement besoin de charité ou de pitié, nous avons notre dignité et notre prise en charge incombe à l'Etat.
Dans les foyers d'enfants assistés, il faut soigner les blessures de la vie. Le nombre d'enfants nés sous X, mais aussi d'enfants retirés à leur famille pour abandon et mauvais traitement est en augmentation constante. Il convient de les protéger et de les aider à se reconstruire. Aujourd'hui, la situation est chaotique, il est grand temps de mettre en place des mécanismes spécifiques pour chaque catégorie de cette population. Il est inconcevable de mélanger les différentes populations, cette pratique enfante au bout de quelques jours une fabrique de délinquants, brisant ainsi le travail et les efforts des éducateurs. Il est urgent de faire la part des choses, à deux populations différentes, il faut offrir deux solutions différentes.
-A votre avis, les efforts que mobilisent les pouvoirs publics sont-ils suffisants ?
Ils sont énormes, mais loin d'être suffisants. Le problème est d'ordre culturel, il est urgent de multiplier les actions de sensibilisation, il est impératif aussi de mettre en place une politique de prévention soutenue à l'ère où toute la planète parle de sida et de préservatifs. A quand l'éducation sexuelle à nos enfants ? A quand l'abolition du tabou sur tabou ? A quand la réelle prise de conscience des adultes ?
-Vous avez récemment participé à un forum sur l'enfance en Tunisie...
En fait, j'ai été contacté par la secrétaire du Rotary International Club El-Kantaoui que je remercie vivement et qui m'a fait part de l'intérêt accordé à mes différentes actions dans son pays d'où l'invitation à y participer et y animer le forum. Le but de ma participation était purement et simplement l'élargissement de mes actions d'humaniste et de surcroit concerné.
-Vous avez témoigné au Parlement européen sur les problèmes juridiques liés à la kafala. Quels sont-ils ? Comment y remédier ?
Soutenu par quelques personnalités humanistes depuis le début de mon combat, notamment Malika Benarab-Attou, députée au Parlement européen, j'ai été destinataire d'une invitation pour assister à la session plénière du Parlement qui s'est tenue à Strasbourg du 13 au 16 décembre. Après un entretien en marge de cette session, l'idée est venue d'essayer modestement de provoquer le débat en Europe et d'oser pousser la réflexion pour une conception consensuelle entre le droit international et le droit musulman en matière d'adoption internationale. La kafala est un concept juridique reconnu par la Convention des droits de l'enfant de novembre 1989. En fait, la kafala est un procédé de substitution à l'adoption (article 20 de la Convention des droits de l'enfant). Mais l'arrivée de la Convention de La Haye du 29 mai 1993 appréhende toutes les formes d'adoption dans la mesure où elles créent un lien de filiation, ce qui exclut donc la kafala de droit musulman.
-Quel est le message que vous désirez adresser à l'Etat, à la société civile, aux enfants abandonnés, aux adultes livrés à eux-mêmes, en quête de leur origine ?
L'Etat en sa qualité de tuteur incontestable des pupilles de l'Etat se doit d'assumer cette catégorie d'enfants. La société civile, à mon avis, doit multiplier des actions de sensibilisation et doit impérativement imposer un autre regard à l'endroit de ces enfants, citoyens à part entière de demain ! Mon message à l'enfant abandonné : «Relève la tête ! Tu n'es pas responsable de ta naissance et tu es loin d'être une tare, seul ton comportement et tes actes t'accorderont le respect !»Pour les adultes à la recherche de leurs origines, je dirai tout simplement, persévérez sans en faire une obsession.
-Vous préparez un autre livre Nés sous X dans le monde arabo-musulman, est-ce pour mettre en lumière la situation de l'enfant né sous X dans un pays comme l'Algérie ?
Ah la lumière…, je souhaite qu'elle éclaire tout le monde arabo-musulman. Un enfant n'a pas de nationalité pour moi, il reste l'innocence absolue. Pour revenir à votre question à propos de ma prochaine contribution, en fait, c'est un questionnement à l'endroit des exégètes, l'idée m'est venue lors de la conférence que j'ai animée le 2 septembre 2009 pour des imams et des mourchidates de la wilaya de Constantine. Des aberrations constatées dans différentes fatwas des quatre écoles sunnites m'ont interpellé. Et puis il y a ces histoires sur l'enfant né sous X. Vous parliez de lumière tout à l'heure…, eh bien, oui, je souhaite modestement que le religieux savant s'y investisse davantage et remette en place les choses telles qu'exhortées par la parole divine. A titre d'exemple, saviez-vous d'où vient l'expression «enfant illégitime» ? C'est l'homme qui est l'inventeur de cette expression péjorative. La loi civile a fondé son concept de la famille en une question légale, d'où l'existence de l'enfant illégitime. Prenons l'exemple de la Torah, le concept de la famille n'est pas légal, mais biologique. Un enfant qui n'est pas issu d'un mariage n'est pas illégitime, car il est l'enfant biologique du père. Dansle Coran, l'exhortation Divine contenue dans le verset 5 de la sourate Al-Ahzab est très explicite. Dieu a dit : «Appelez-les du nom de leurs pères : c'est plus équitable devant Dieu. Mais si vous ne connaissez pas leurs pères, alors considérez-les comme vos frères en religion…»
-Les fatwas diffèrent sur la situation des enfants nés sous X, qu'en pensez-vous ?
J'en suis traumatisé ! Justement, c'est en grande partie ce qui a motivé l'écriture de mon prochain livre. La fatwa la plus douloureuse est celle d'un jurisconsulte malékite. Selon le droit malékite, il est dit : «Le sperme du fornicateur est vicié et il ne peut pas lui donner un droit sur l'enfant (issu de ses œuvres) par reconnaissance». En lisant cette fatwa, je ne pense pas que le jurisconsult ait mesuré les conséquences désastreuses de cette expression. Si la semence est viciée, l'adhérence, l'embryon, le fœtus et par voie de conséquence, le bébé est vicié ! Que reste-t-il donc à l'enfant, l'adolescent, le jeune homme qui découvrira cette interprétation ? Nombreux sont ceux qui, en prenant connaissance de cette exhortation malékite, n'osent même plus lever la tête et fuient toutes discussions religieuses sur ce sujet. Paradoxalement et fort heureusement que la parole divine rétablit les choses, quand je lis le verset 5 de la sourate El-Hadj, un réconfort s'installe en moi.

«Ô hommes ! Si vous êtes dans le doute au sujet de la Résurrection, sachez que c'est Nous qui vous avons tirés de terre, puis d'une goutte de sperme, puis d'une adhérence, puis d'un embryon dont une partie est déjà formée et une autre non encore formée. C'est ainsi que Nous vous donnons une idée de Notre puissance. Nous maintenons dans les matrices ce que Nous voulons jusqu'au terme fixé, pour vous en faire ensuite sortir à l'état de bébé, et vous atteindrez ainsi plus tard votre maturité. Il en est parmi vous qui meurent encore jeunes, tandis que d'autres arrivent jusqu'à l'âge de la décrépitude au point de ne plus se souvenir de ce qu'ils savaient. Ne vois-tu pas aussi comment la terre desséchée reprend vie, dès que Nous l'arrosons de pluie, pour se gonfler et se couvrir de toutes sortes de couples de plantes luxuriantes ?»Si j'ai bien compris…, j'existe par la volonté divine ! Mon sort dans l'au-delà dépendra de mes actes et de mon comportement !
-Vous projetez de créer une association de réflexion. Et quelles en seront les actions ?
Enormément de messages de soutien me parviennent des cinq continents, je ne m'attendais vraiment pas à cet engouement. Je pense qu'il est temps de rassembler toutes ces personnes autour de la question. Le problème est universel, alors pourquoi se priver d'un tel élan ? Ne serait-il pas intéressant de réunir la matière et d'en tirer la substantifique moëlle pour une réconciliation profonde entre l'humain et ses semblables ?
-Vous avez également réalisé un court métrage Mon nom hantait mes nuits…
En fait, je tenais à mettre en exergue la douleur vécue à la découverte de mon statut d'abandonné pour véhiculer à travers l'émotion que provoque cette réalité vécue. Le message : espérer une prise de conscience sur la question du secret.


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