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C'est la crise
Publié dans El Watan le 24 - 01 - 2006

La vie politique au Koweït n'était pas monotone comme en témoignent les débats au Parlement à propos de questions sensibles. Mais elle n'était pas non plus trépidante.
Et depuis 10 jours, ce petit Emirat, que seul l'Irak en l'envahissant en 1990 avait sorti de sa profonde léthargie, vit au rythme de changements constitutionnels peu communs, avec pour ainsi dire trois émirs en moins de 15 jours. Le premier est décédé le 15 janvier, et le deuxième, qui lui a succédé le jour même, est menacé de destitution, alors que lui-même refuse d'abdiquer. Mais hier, le président du Parlement a rejeté une exigence du nouvel émir, cheikh Saâd Al Abdallah Al Sabah, de convoquer dans la soirée une session extraordinaire de la Chambre pour qu'il prête serment. Le président du Parlement Jassem « Al Khorafi a rejeté la demande » formulée par l'émir dans une lettre à la Chambre, a déclaré un député libéral M. Sager. Cette lettre « contient un ordre de l'émir demandant de tenir une session extraordinaire pour qu'il prête serment ce soir », a-t-il encore dit. M. Khorafi avait annoncé la veille la convocation pour, aujourd'hui, d'une session spéciale de la Chambre, à la demande de cheikh Saâd pour lui permettre de prêter serment. Autrement dit, le nouvel émir a changé le calendrier pour échapper à la destitution qui devait faire l'objet d'un débat au Parlement. Ce qui aurait fait de lui l'émir en titre, et réglé la crise actuelle. L'heure est capitale, car le Parlement a prévu d'organiser ce matin une autre session extraordinaire, mais en fin de journée, à la demande de l'émir - et de son entourage - afin de lui permettre de prêter serment, condition sine qua non pour qu'il puisse assumer ses fonctions. Si le Parlement approuve la destitution de cheikh Saâd dans la matinée, il n'y aura évidemment pas d'autre session, a-t-on ajouté de sources parlementaires. Dans sa lettre, citée par les médias de l'Emirat pour qui la question de la destitution semble entendue, le gouvernement a expliqué que cheikh Saâd était dans l'incapacité d'assumer ses fonctions. « Le Conseil des ministres a la preuve que Sa Majesté l'émir du pays a perdu sa capacité, en raison de son état de santé, à exercer ses prérogatives constitutionnelles », écrit le gouvernement dans sa demande à la chambre. L'ancien émir avait lui-aussi des problèmes de santé, mais c'est le première fois que le gouvernement invoque ouvertement l'incapacité de cheikh Saâd Al Abdallah Al Sabah, 75 ans, malade depuis qu'il a subi une opération au côlon en 1997, à exercer ses fonctions à la tête de l'Etat. Il a succédé automatiquement à cheikh Jaber Al Ahmad Al Sabah, décédé le 15 janvier. Plus qu'un simple bras de fer, c'est une véritable course vers le trône. Le bureau du Parlement a tenu hier matin une réunion extraordinaire pour examiner la crise constitutionnelle ouverte par ces deux demandes de sessions extraordinaires. Si cheikh Saâd est destitué, il s'agira d'une première dans l'histoire de la famille Al Sabah, qui a pourtant déjà surmonté plusieurs crises graves au cours de ses 250 ans au pouvoir. Le président du Parlement avait espéré dimanche que « la sagesse » prévaudrait au sein de la famille régnante pour régler la crise, ajoutant toutefois que « si le Parlement est appelé à assumer ses responsabilités, il les assumera ». Des membres de la famille régnante ont une nouvelle fois tenté dimanche une solution à l'amiable, mais en vain, ont indiqué des sources de cette famille. Cheikh Saâd est soutenu par son cousin, cheikh Salem Al Ali Al Sabah, chef de la Garde nationale et doyen de la famille régnante. Un groupe de parlementaires « de différentes tendances » étaient réunis hier pour tenter de trouver une issue négociée à la crise, selon un autre député, Walid Tabtabaï, ajoutant que « le Parlement est en mesure de jouer ce rôle historique ». Mais de quelle manière ? Là est toute la question, mais selon ce député, la crise pourrait être résolue en « autorisant l'émir à prêter serment, puis à se désister en faveur de cheikh Sabah ». Et s'il refusait de le faire ? En l'absence d'un règlement, « 20 membres (du Parlement) entendent boycotter les sessions de la Chambre », a-t-il averti. Le gouvernement avait décidé samedi d'avoir recours à une loi sur la succession datant de 1964 qui permettrait au Parlement de destituer cheikh Saâd en raison de son état de santé déclinant. Pour destituer l'émir, le Parlement devra se prononcer à la majorité des deux tiers de ses 65 membres, chiffre incluant les 16 membres du gouvernement, qui disposent d'un droit de vote à la chambre. Un tel vote ouvrirait la voie au Premier ministre, qui dirige de facto l'émirat depuis plusieurs années, pour devenir émir. Les hommes politiques de l'Emirat en sont donc à appeler à la sagesse. Celle-ci prévaudra-t-elle ?

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