Gasba ya moul taxi est bien parti pour devenir un tube extrait de l'album El Mordjane sorti en France. Sofiane Saïdi n'a qu'une seule envie, revenir chanter en Algérie et rencontrer ses fans. Parce que son style est unique. El Mordjane, premier album en solo de Sofiane Saïdi, sorti en France, en octobre 2015, a beaucoup fait parler de lui. Son titre Gasba ya moul taxi a été visionné plus de 32 000 fois sur Youtube. La chanson a inondé, dès sa sortie, les radios françaises, et par la suite les réseaux sociaux. C'est ainsi que les Algériens découvrent ce son qui leur parle, entre le blues de la gasba et des arrangements modernes. Sofiane prouve avec cet album que la gasba n'est pas has been, il suffisait de se défaire des clichés et d'oser faire une musique puissante aux influences multiples. Le chanteur à travers sa maîtrise vocale, entre chant classique et raï, puise dans sa voix grave et limpide. Une voix qui se dépose comme un voile sur une orchestration spécifique qui entre deux univers, l'Orient et l'Occident. Dans cet album, Sofiane ose tout ! En brisant les frontières, il fusionne les genres, musique traditionnelle arabe, raï, rock, pop, jazz, musique électronique...El Mordjane souffle le vent du renouveau sur la musique française, surtout que cette année le raï célèbre ses trente ans en France ! Parce qu'il parle de son vécu. «Généralement, les chansons et les textes que je compose s'inspirent beaucoup de mon vécu, de mes expériences et de mes rencontres. Quand on fait quelque chose de sincère, ça se ressent», confie Sofiane Saïdi. Au fil de ses voyages, sa vie parisienne, sa nostalgie algérienne et son insatiable recherche des sons et des rythmes, Sofiane s'est retrouvé (avec lui-même) dans cet album El Mordjane. La fusion ne lui fait pas peur, mais il reste prudent sur l'abus. «L'époque dans laquelle nous vivons est brutale. En même temps, nous n'avons jamais eu autant de moyens de communication et de diffusion. En ce qui concerne la musique, le son change et s'adapte à toutes les mutations. Le raï par exemple touche encore les gens à l'international. Cependant, cette musique doit également s'adapter aux nouvelles données de la création, et aux exigences de l'industrie musicale mondiale. Le raï a son public, mais il faudrait le défaire d'une production massive, de choix pas toujours esthétiques et une fabrication à la chaîne à des fins commerciales», dit-il. Parce qu'il veut venir chanter en Algérie. «J'ai rarement joué dans mon pays», se désole Sofiane Saïdi, pourtant ce n'est ni l'envie ni la volonté qui lui manquent. Comme beaucoup d'artistes algériens évoluant à l'étranger, les difficultés ne tiennent pas aux moyens disponibles, mais souvent au manque de communication, de recherche et également au fait de compter sur les styles populaires, qui ne donnent pas une vision globale de ce qui s'écoute en Algérie. «J'ai rarement eu cette occasion. Je n'ai pu le faire qu'en compagnie de Natacha Atlas, Smadj ou encore avec Raïna Raï. Ça reste un mystère ! Pourtant, je serais très heureux de le faire. Des compatriotes algériens me demandent souvent pourquoi je suis connu à l'étranger et peu en Algérie. Je n'ai pas une réponse. J'ai eu la chance de faire des concerts au Maroc, au Kenya, au Rwanda, en Ethiopie et même en Ouganda.» Ceci dit, Sofiane rassure : «Pour l'heure, je suis en contact avec l'ONCI et l'AARC en espérant que ça me fera monter sur la scène d'Algérie.» Parce qu'il est natif de Sidi Bel Abbès. Né à Sidi bel Abbès, Sofiane Saïdi a vécu dans une famille mélomane, nourri par des mélodies traditionnelles arabes, ainsi que des musiques aux accents modernes et occidentaux. C'est de cet amalgame qu'il va composer son propre style, aussi bien dans le chant, que dans la mélodie. Ses influences s'étendent de Cheika Rimiti, Oum Kalthoum, Raïna Raï, Farid El Atrache, Otis Redding, James Brown ou Ella Fitzgerald. A 12 ans à peine, la rencontre avec un groupe local de raï le conforte dans sa vocation. Sa voix d'exception fascine et hypnotise le public. C'est avec cette formation qu'il fera ses premières armes sur scène lors de concerts, de mariages, dans les cabarets de Sidi bel Abbès et d'Oran. En 1995, sa route croise celle du groupe afro hip-hopTukuleur (Universal Music), avec lequel il enregistre le titre Loin du monde. S'ensuit une tournée pendant laquelle, Sofiane et ses comparses assurent les premières parties d'artistes d'envergure internationale, tels que Alpha Blondy, Cheb Mami, NTM, ou encore Selif Keita. Les rencontres humaines et musicales s'enchaînent, les influences se précisent... Si on lui demande avec qui il aurait aimé jouer, Sofiane répond sans détour : «Avec Asmahan ! Hélas, ce sera dans une autre vie.» Et avoue : «J'ai eu cette chance de jouer avec des artistes que j'ai aimés, comme Bojan Z, Natacha Atlas, Smadj, Naab, Raïna Raï et surtout le groupe qui m'accompagne en ce moment pour jouer mon album El Mordjane.» Parce qu'il défend la cause du raï. Sofiane Saïdi a grandi dans les bras du raï et a toujours perçu ses potentialités. «Je ne veux pas avoir le rôle de celui qui va valider ou pas le raï qui se fait actuellement. Cependant, ce que je constate est que le raï actuel est pauvre en termes d'arrangements, de sons et surtout des textes.» Selon lui, le raï se perd dans une production approximative qui fausse la vision que l'on devrait avoir sur cette musique. «A mon avis, la seule chose qui pourrait sauver le raï ou la musique en Algérie, c'est la multiplication des festivals, des concerts et toutes autres manifestations. Les festivals internationaux favorisent les rencontres, ce qui ouvre la voie de la collaboration et de l'expérimentation musicale. Le raï est incontestablement une musique de fusion. Il ne faut pas oublier qu'il est né d'un brassage culturel à Oran, entre Espagnols et Français, ou encore entre juifs et musulmans.» Si le brassage est une bonne formule, son évolution serait bénéfique pour la culture algérienne. Sofiane est à l'affût des mutations : «Pour espérer avoir un nouveau son en Algérie, ou un style made in Algeria que l'on pourrait exploiter à l'étranger, il faudrait que les cultures s'entrechoquent. Le virtuel et le numérique ne suffisent plus.» Parce qu'il multiplie ses collaborations. En 2014, Sofiane Saïdi a rejoint, pour une tournée, le groupe de raï légendaire Raïna Raï. Il rencontre Smadj, le joueur de Oud et commence une collaboration sur une tournée en Afrique de l'Ouest, Kenya, Rwanda, Ethiopie, Ouganda, Algérie, Maroc...). Suite à cette tournée, il enregistre un album avec Smadj, le célèbre pianiste de Jazz, Bojan z, Ibrahim Maalouf, et Ballaké Sissoko, sorti en juin 2015 chez World Jazz / Harmonia Mundi. En 2003, lors d'un festival en Espagne, il rencontre Natacha Atlas. Deux duos naîtront (Oully et La li khaouf) qui figurent sur l'album de la chanteuse, Mish Maoul (beggars group-naïve-avril 2006). Par la suite, il collabore avec elle sur plusieurs projets, le dernier en date «Expressions live In Toulouse». La même année, il participe également à la création El Taqa du groupe Breton Startijenn, qui fête ses 15 ans d'existence. S'ensuit une tournée (les vieilles charrues, Festival Cornouaille, Eurofonik Festival interceltique de Lorient...) et un album Startijenn El-TaQa (Paker Prod/Coop Breizh).