Liverpool : Klopp n'est pas étonné pour Bruno Fernandes    «C'est Bouteflika qu'il fallait juger»    Le RCD fustige le gouvernement    Système ou pratiques ?    Un citoyen en appelle à Karim Younès    L'activiste Amar Berri arrêté, puis relâché    Le Care pointe l'absence de données économiques    Omerta sur la liste des concessionnaires    «La station de dessalement de Douaouda fournira 100 000 m3 d'eau»    Les arrêts de travail déclarés par internet à la CNAS    L'Union européenne reste le premier fournisseur de l'Algérie    Développement du gisement de fer de Gara Djebilet    Guterres propose Jan Kubis pour le poste d'envoyé spécial    5 chasseurs tués et 3 autres grièvement blessés par l'explosion d'une bombe artisanale    Une nouvelle caravane de migrants vers les Etats-Unis    Un deuxième "impeachment" historique    Les émeutiers cherchaient à "capturer et assassiner" des élus    Baisse drastique des visas pour les Algériens    Bonne opération pour l'OM, l'ASO et la JSS    La belle "remontada" des Verts face au Maroc    "Je ne céderai jamais à la pression de la rue"    Ni Bouzenad ni Laroussi à la rescousse    Les joueurs arrêtent la grève    Vers un autre recensement du vieux bâti    Les mesures de confinement reconduites    L'opération vaccination sera-t-elle lancée dans les délais ?    Des cabines électriques mobiles à la rescousse    14 marchés aux bestiaux hebdomadaires rouverts    Le terroir et le travail de la terre en exposition à la galerie Le Paon    Les Libyens revendiquent la paternité de Chachnaq    La formation de Bennabi lui a permis de faire des applications dans les sciences    Les lauréats du Prix du président de la République distingués    Une nouvelle stratégie pour renforcer le rôle des microentreprises et des start-up    Lancement du concours du meilleur conte illustré sur Yennayer    Les Etats-Unis sanctionnent le concepteur du vaccin iranien contre la Covid-19    Erdogan se fait inoculer le vaccin chinois CoronaVac    Google soutient le plan d'immigration de Biden    Meftah: Une usine de biscuits prend feu    Bouira: Deux morts et deux blessés dans une explosion de gaz    Conseils de l'ordre des médecins et chirurgiens-dentistes: Des syndicats dénoncent une «situation de blocage»    LRF Saïda: Benhamza Yacine plébiscité    Les faits têtus de la réalité    Deux mandats de dépôt pour détournement au Trésor public    Tébessa: Cinq morts et trois blessés dans l'explosion d'une bombe artisanale    Nettoyer le pays de qui et de quoi ?    ASM Oran: Baghor Merouane succède à lui-même    Retour au point de départ    Tébessa: Si la place de la Victoire m'était contée    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Polémique : Albert Camus, est-il une chasse gardée ?
Publié dans El Watan le 02 - 12 - 2006


Lettre ouverte à Madame Agnès Spiquel
J'ai eu la surprise de constater que vous mettez en ligne à l'intention des camusiens et des internautes (camusgeneralinfo.html) votre lettre adressée au quotidien El Watan le 25 mai 2006, et ce, à la suite de mon article scientifique intitulé « La vérité sur L'étranger d'Albert Camus, le coauteur Stefan Zweig » paru dans l'édition de ce journal du 23-24 avril 2006, ce qui relève de votre liberté. Mais à travers ce site, vous ne mâchez pas vos mots allant jusqu'à qualifier mon article de pernicieux et de délirant. Non seulement cela, mais votre lettre adressée à El Watan est complétée par des propos non exprimés en premier chef et donnés comme tels. Comme si votre lettre du 25 mai 2006 n'avait pas calmé votre colère injustifiée, vous voilà persistant dans le dénigrement et l'insulte, pointant du doigt ce que vous appelez ma malhonnêteté intellectuelle et mon manque de modestie. Cette nouvelle version de votre lettre adressée à El Watan, à travers laquelle vous m'accusez d'avoir voulu « tuer » Camus et me déniant la qualité de chercheur, plus précisément disons en littérature : « Quant à Madame Benmansour, elle est ‘'docteur en communication'' et nous lui reconnaissons des talents de romancière, mais la ‘'recherche'' en littérature implique une rigueur et une honnêteté dont elle semble bien dénuée. » Madame, si votre lettre du 25 mai 2006 relevait de votre droit à la liberté d'expression, cette dernière doit-elle être agression, et pourquoi aujourd'hui cet acharnement à travers camusgeneralinfo ? Au nom du droit de réponse (El Watan du 31 mai 2006) je vous avais dit ce que je pensais de votre lettre du 25 mai 2006, qui n'avait en rien ménagé le labeur du chercheur, et qui plus est avait été insultante à l'égard de la femme que je suis. L'affaire était close, mais la vérité sur L'étranger d'Albert Camus continue à faire des vagues, et tant mieux qu'il en soit ainsi, car c'est cela qui la fera vivre. Mais la manière dont vous la ravivez, vous personnellement, en modifiant le contenu de votre lettre adressée à El Watan, démontre que cette vérité vous reste en travers de la gorge. Lorsqu'on a fait une thèse sur Victor Hugo, comme c'est votre cas Madame, on est mal placé pour juger celle dont la thèse traitait d'Albert Camus. Je ne veux pas dire par là qu'il faille rester confiné dans le sujet d'une thèse, et heureusement ! Et si vous pensez que je suis arrivée à Stefan Zweig comme par enchantement, vous vous trompez lourdement. L'intuition a joué son rôle, certainement (et le chercheur n'est-il pas guidé le plus souvent par son intuition), il y eut par la suite un travail de fourmi que seul un chercheur chevronné est capable de mener. Vous mettez en avant mon manque de modestie. Mais Madame, ce travail post-thèse a pris des années de ma vie, il est normal que je tire fierté du travail bien accompli. Et pourtant, il ne me semble pas avoir exprimé quoi que ce soit en ce sens. Je ne connais pas un seul livre sur L'étranger d'Albert Camus qui ne soit pas venu avec sa vérité, et je n'ai pas lu un seul livre où il ne fut pas mentionné que L'étranger reste une énigme, pour ne citer que Mariel Morize qui dit dans un passé récent soit en 1996 : « Tout a été écrit sur L'étranger, et pourtant l'œuvre résiste. Plus de 50 ans ont passé et le lecteur naïf, comme le plus renseigné, referme la dernière page sur le sentiment qu'il n'est pas venu à bout de son étrangeté. » (L'étranger de Camus col repères. Hachette) Et j'ai lu plusieurs ouvrages où il est fait mention de certaines influences, dont Camus se serait imprégné dans l'écriture de son roman. Pour seul exemple l'influence de Kafka pour le procès. On ne les a pourtant pas cloués au pilori ! L'on se demande Madame, quel est vraiment l'objet de votre courroux ? Cette vérité est criante et les camusiens ne sont pas dupes. Il est à coup sûr certain que nombre d'entre eux ont vérifié cette vérité et ont constaté que le lien Camus-Zweig est l'évidence même, et il n'y a que « les aveugles » que Camus dénonce à travers La chute qui ne veulent pas voir. Mon aptitude à la recherche académique, ne vous en déplaise Madame, a été reconnue en haut lieu. Et la compétence en ce domaine ne relève pas d'une fonction au sein d'un organisme, mais par les preuves que l'on donne du travail accompli. Vos confrères (preuves à l'appui) au sommet de la recherche scientifique française qui, ont eu à me lire avant la publication de cet article, ont été les premiers à me dire que « cette vérité mérite d'être connue et non seulement lue ». Vous pointez du doigt une certaine malhonnêteté intellectuelle. Est-ce être malhonnête que de chercher la vérité, de la trouver et de la dire ? Comme l'a si bien dit Jean Jaurès : « Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. » Et j'ajouterai : « La lâcheté, c'est de la nier. » Votre réaction, celle du justicier, venu sauver Camus de l'assassinat programmé, prouve que la recherche sur Albert Camus est une chasse gardée. Mais, Madame, l'œuvre d'Albert Camus est universelle, et la recherche qui la concerne n'est la propriété privée de personne. Quant à dire que la recherche en littérature ne revient qu'aux spécialistes en littérature, c'est une hérésie. Vous m'obligez à revenir à ma thèse où cherchant à démontrer si le livre est un média ou un hors média, j'ai pris pour base de travail des œuvres littéraires (dont L'étranger de Camus). Et mon travail de thèse apporte la preuve que la littérature peut contribuer, à l'instar d'autres disciplines, à la recherche sur les médias (et vice-versa). Robert Escarpit n'avait pas cessé depuis les années 1960 de le clamer, mais jusqu'à ma soutenance de thèse, personne n'avait pris le risque d'essayer de le démontrer. En déniant la portée scientifique à mon article, qui est la suite logique de mon travail de thèse, où j'avançais déjà l'hypothèse selon laquelle le jeu d'échecs expliquerait l'énigme de L'étranger, pointeriez-vous du doigt la compétence de ceux qui ont statué sur ma thèse, me reconnaissant apte à la recherche académique (attestation à l'appui) ? Si chaque discipline s'enfermait sur elle-même, la recherche, Madame, n'irait pas loin. « C'est dans la différence que naît la créativité. » Ce qui a jusqu'ici enrichi la recherche sur Albert Camus et son œuvre, c'est bien parce que des chercheurs de diverses disciplines et de divers pays sont venus chacun avec sa compréhension des choses, pour éclairer l'œuvre et le combat de l'homme. La recherche en communication n'a trouvé son salut que grâce à Marshall Mac Luhan, pourtant historien, et que beaucoup ont moqué, jusqu'au jour où son « médium, c'est le message » est devenu la bible des spécialistes en communication. Et puisque vous montrez du doigt mon manque de modestie, je vais aller dans le sens de vos propos pour vous rappeler qu'Albert Camus lui-même a dit à l'intention des Parisiens : « Vous pouvez comprendre Meursault, mais un Algérien rentrera mieux dans sa peau. » Albert Camus cité in Camus L'étranger. Pierre Louis Rey, éd. Hatier 1970. Et si L'étranger de Camus a été la réussite que l'on sait, c'est après avoir fait maintes tentatives avec La mort heureuse, ensuite abandonnée (car si la plume du journaliste coulait de source, celle du romancier a eu du mal à émerger) pour donner naissance à ce roman hors normes qu'est L'étranger, parce que Camus était animé par un défi, celui de donner à Stefan Zweig, interdit d'écriture par les nazis, la place qui lui revient de droit dans la littérature mondiale. Et cela au nom de la fraternité universelle et au nom de la liberté d'expression. C'est ce qui lui a donné la foi, c'est ce qui explique ce coup de génie. Albert Camus, plus que quiconque, savait ce que voulait dire la censure. Lui interdit d'écriture en Algérie à la suite de ses articles dérangeants sur la misère en Kabylie, exilé à l'ouest de l'Algérie, condamné à enseigner (alors qu'en premier chef, on le lui avait refusé prenant pour cause sa maladie, la tuberculose). Interdit de pratiquer cette noble profession pour laquelle il était doué, il ne pouvait qu'être sensible à la terrible censure infligée à Stefan Zweig parce que juif. Je ne vois pas en quoi, Madame, cette vérité nuirait au souvenir d'Albert Camus, puisqu'elle le rehausse à plus d'un titre ? Il fallait du courage en 1942, pour braver le nazisme, alors que la France est sous occupation allemande, pour véhiculer l'œuvre de Stefan Zweig, brûlée par les nazis, et donc condamnée à l'extinction. Tout possesseur de son œuvre risquait la peine de mort. Madame, c'est l'humaniste qui a bravé le danger en véhiculant l'œuvre de Zweig à travers L'étranger afin de lui permettre de perdurer, car en 1942, personne ne croyait encore que l'Europe sortirait victorieuse des nazis. Albert Camus comme tout le monde. Vous me conseillez de lire la pléiade pour mieux comprendre pourquoi Camus se trouvait à Paris en 1940. Permettez-moi à mon tour de vous conseiller de lire ma thèse, vous apprendrez ce que vous semblez méconnaître sur Albert Camus, avec tout le respect que je dois à votre haute fonction en tant que présidente de la société des camusiens. Mais je vous conseille surtout de lire l'œuvre de Stefan Zweig ainsi que tout ce qui a été écrit sur lui, vous apprendrez certainement beaucoup de choses (du moins je l'espère), ainsi que les vraies raisons qui ont fait que Camus et Zweig se trouvaient au même moment et au même endroit en avril 1940. Et vous découvrirez plus encore, que non seulement Albert Camus mais probablement d'autres écrivains ont été protecteurs de l'œuvre de Stefan Zweig, pour la sauver, et ceci est tout à leur honneur. Mais pour arriver à ce résultat, il vous faudra passer des années de votre vie dans les bibliothèques comme je le fis. Que sont devenus ces manuscrits de Stefan Zweig confiés pour protection ? Albert Camus les aurait-il rapportés avec lui à Paris en 1942, ou bien les aurait-il laissés derrière lui en Algérie ? Que sont devenus ceux confiés aux autres protecteurs ? Ces manuscrits
confiés pour protection n'expliqueraient-ils pas le suicide de Stefan Zweig au Brésil le 22 février 1942 ? Est-ce que la nouvelle Le joueur d'échecs de Stefan Zweig faisait partie des manuscrits confiés ? Ce sont là, Madame, les vraies questions auxquelles la recherche se doit de répondre, et non un règlement de compte, au nom de je ne sais quelle cause au sujet du résultat d'une recherche qui, loin de nuire à Albert Camus ou à qui que ce soit, est une nouvelle brèche ouverte pour la recherche sur cet écrivain prestigieux dédoublé d'un homme d'honneur. Mais aussi une bouffée d'oxygène pour la recherche sur Stefan Zweig quasi inexistante en France.
L'auteur est Docteur en communication


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.