C'est cela l'exception algérienne : des réformes qui ne se conjuguent pas au conjoncturel, conduites selon son propre rythme et porteuses de perspectives de consolidation de l'expérience démocratique. Le scrutin de la stabilité et de la paix, renvoyant à leurs chères études les adeptes du chaos et du statu quo, a innové dans la mise en adéquation du comportement patriotique dans cette phase sensible de la construction démocratique. Même si les Algériens ont préféré pour moitié de ne pas se rendre aux bureaux de vote, il est pour le moins significatif que la participation populaire est en hausse et que, dans le cas des bulletins nuls, le vote patriotique a largement prévalu. Dans le camp de la fraude par anticipation et de l'alibi de l'échec recommencé, la déception de Djaballah convaincu « tôt ou tard du choix tunisien » ou de l'Algérie verte pleurant le report du « printemps arabe » atlantisé, conforte la victoire de l'Algérie du bon sens. « Il y a une incertitude sur l'avenir des « révolutions » arabes, les Algériens ne veulent pas entrer dans une nouvelle aventure », souligne le politologue Nourredine Hakiki relevant le changement dans « la régression et le désordre » en Egypte et en libye. « Ce qui s'est passé dans le printemps arabe a influencé les Algériens, mais pas forcément comme le monde extérieur l'attendait », précise-t-il. Le label algérien a inscrit dans la durée la suprématie de la démocratie sur l'islamisme politique érigée, comme le signale Roger Garaudy, en « outil géopolitique utilisée par les grandes puissances pour atteindre leur objectif stratégique ». « On a eu notre islamisme, on ne peut oublier cette période. Chacun a été touché dans sa chair par la guerre, c'est une parenthèse que cette génération ne veut pas rouvrir », assure Hakiki. Le printemps algérien se conçoit comme une rupture avec les tenants de l'islamisme fragilisé par la berezina électorale et les théoriciens de la « régression féconde » de retour sur les lieux du blanchiment du terrorisme maquillé en « printemps arabe » de la déstabilisation et de l'ingérence étrangère. « Cet échec de la pensée, son auteur (Addi Lahouari Ndlr) ne peut pas accepter de la voir tomber en désuétude par l'accumulation d'expériences politiques acquises à tous les niveaux de la société algérienne et de son Etat. Aigri et déçu, il éclate de regret et souhaite le retour aux années rouges de la décennie 1990 qui sont derrière l'Algérie à jamais », analyse la blogueuse Houda Khadîdja Khaoua en réponse à une intervention du sociologue sur les législatives. Dans son combat contre l'obscurantisme et la fatalité de la régression, l'Algérie nouvelle est la quête renouvelée d'un avenir démocratique et empreint de modernité. Le « pas sur la voie des réformes » a réhabilité l'autre moitié de la société dans son droit inaliénable à l'expression politique et à la gestion des affaires de la cité. Avec ses 154 représentantes à l'Assemblée parlementaire (32%), la femme algérienne se place ainsi dans le peloton des Nations les plus avancées pour se rapprocher d'une « véritable représentation démocratique », tel que l'affirme Fatima Mustapha, enseignante à l'Université. Cette exception algérienne que l'on ne retrouve dans aucun « printemps arabe », soulevant l'admiration et la reconnaissance de la secrétaire d'Etat US, Hillary Clinton, et l'UE, est la locomotive du changement en phase avec les pulsations profondes et les mutations de la société. Bien présente sur tous les fronts du développement, la digne héritière de Hassiba Ben Bouali mérite de ce destin national qui combat la marginalisation et la discrimination dont elle a eu longtemps à souffrir. La nouvelle majorité parlementaire en mouvement, soutenue par la classe politique et cautionnée par l'urne du changement, consacre la marche victorieuse du « printemps algérien » dans le bon sens.