Enfin, la sagesse l'emporte sur la passion et les réactions subjectives qui ont souvent coûté la vie à des personnes âgées, malades, faibles. Le pèlerinage est une épreuve difficile depuis toujours. C'est pourquoi, il est spécifié clairement dans le Coran que ce cinquième précepte de l'islam n'est pas obligatoire pour les personnes qui ne peuvent y faire face physiquement et financièrement. Ces dernières années, et à la faveur de la ferveur religieuse qui s'était emparée du monde musulman, soumis à une forte pression salafiste qui avait le vent en poupe, la pratique religieuse est devenue un signe ostentatoire d'appartenance à la communauté. En Algérie, ce phénomène a pris des dimensions tragiques et, au-delà de l'excès de zèle de certaines personnes qui ont poussé l'extrémisme religieux à son paroxysme, c'est l'islam qui a été dévoyé et atteint dans ses fondements, dans sa nature séculaire et dans sa pratique ancestrale. En Algérie, le pèlerinage a toujours été un acte de piété et non une voie royale pour s'octroyer un titre social. Mieux encore, des personnes qui ont le moyen d'accomplir ce rite mais se trouvent dans l'incapacité physique de réaliser ce vœu investissent discrètement dans la charité pour aider ceux qui sont dans le besoin, répondant ainsi à l'un des piliers fondamentaux de l'islam et qui est de loin plus important et prioritaire par rapport au hadj, dans la mesure où ce dernier est un acte individuel de piété alors que l'entraide est un acte social de solidarité de nature à renforcer les liens. Les dernières décisions des autorités algériennes imposent des restrictions aux futurs hadjis algériens afin de préserver leur vie, leur santé et, par extension, préserver la santé publique de la société. L'épidémie de la grippe porcine n'est pas la seule menace pouvant être importée par les hadjis. Au moins trois millions de pèlerins venant d'horizons et de conditions divers se rassemblent chaque année dans un même espace. Une promiscuité inévitable favorisant le développement de foyers épidémiologiques et des risques de contagion faisant de chaque hadji un vecteur potentiel de virus, de bactéries et autre menaces sur les populations après le retour des pèlerins. Si d'un point de vue médical et sanitaire les décisions des autorités algériennes s'imposent au vu de ce que constitue la grippe porcine comme risque aussi bien pour les hadjis, notamment âgés et de constitution physique faible, que pour la santé publique en Algérie d'autant plus que les pèlerins sont accueillis à leur retour par un grand nombre de personnes pour faire la fête pendant plusieurs jours, d'un point de vue religieux, il est recommandé aux croyants de ne pas courir de risque et de ne pas faire courir de risques à autrui. Si le hadji a contracté le virus incriminé, sa propagation se ferait rapidement en raison des traditions algériennes de célébration des hadjis. La limitation d'âge et des restrictions pour les personnes malades et fragiles devra être une règle notamment en période de grandes chaleurs comme c'est le cas cette année. D'autant plus que l'Arabie saoudite est une région de chaleurs même en période d'hiver. A. G.