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Pourquoi une nouvelle république pour l'Algérie d'aujourd'hui ?
Publié dans Le Soir d'Algérie le 08 - 07 - 2020


Par Dr Bachir Chara(*)
Parmi les revendications du mouvement citoyen Hirak, né le 22 février 2019, qui a rempli les rues des grandes villes du pays pendant 58 vendredis consécutifs et dont les manifestations ne se sont arrêtées qu'à la suite du confinement décrété par l'Etat pour faire face à la pandémie de Covid-19, l'instauration d'une nouvelle république dans le pays. Que signifie une nouvelle république pour les Algériens ? C'est celle qui tourne le dos aux exactions du passé et porte un nouveau regard sur l'avenir avec une remise en place une échelle des valeurs, la valorisation du savoir et du travail, l'instauration de l'équité entre les citoyens et l'amélioration de leurs conditions de vie, la mise en place des mécanismes d'un développement effectif de l'économie du pays, la moralisation de l'activité politique et le fondement d'une réelle démocratie. Ces aspirations citoyennes ne sont que la résultante d'un constat se rapportant aux expériences des gouvernances antérieures, notamment celle des vingt dernières années, caractérisées par le clientélisme, le népotisme, la corruption et les passe-droits.
La concrétisation des aspirations populaires passe nécessairement par la mise en place d'une nouvelle république fondée sur une réelle démocratie. Cette dernière devant être basée sur une Constitution consensuelle, élaborée avec la participation de l'ensemble des forces vives de la nation.
Certains voulaient qu'elle soit le fruit d'une constituante, revendication prônée par quelques partis politiques, d'autres considéraient qu'elle ne peut être que le résultat d'un consensus national qui se matérialiserait à travers l'organisation de forums réunissant, à différents niveaux, les courants de pensées politiques et intellectuelles, à l'instar de ce qui s'est produit en 1976, lors du débat sur la charte nationale.
Un groupe de personnes, quelles que soient les qualifications de ses membres et leurs compétences, ne peut à lui seul dicter le contenu d'une Constitution, s'il ne se met pas à l'écoute des préoccupations des citoyens et notamment des acteurs politiques qui seront amenés plus tard à l'appliquer.
Pour sortir, comme l'ont souligné plusieurs personnalités politiques, de l'autocratie et entrer réellement dans une démocratie qui bannirait les anciens reflexes de gouvernance, permettrait l'alternance politique, remettrait en place une échelle des valeurs et boosterait le développement du pays dans le sens du bien-être du citoyen, il faudrait que la Constitution mette en place des mécanismes juridiques et institutionnels qui garantissent la séparation des pouvoirs, assurent l'équité entre les citoyens et fasse en sorte que les dirigeants du pays, à tous les niveaux, soient légitimes. Un Président non élu démocratiquement se retrouvera sans peuple qui l'appuiera dans ses initiatives et sera par conséquent sans audience, aux niveaux régional et international. Les acteurs économiques nationaux et étrangers ne lui feront pas confiance et seraient réticents à investir dans le pays, ce qui conduirait ce dernier à l'isolement et son économie à l'effondrement. Il est donc primordial que le pays se construise sur la base d'un consensus national impliquant les différents partenaires politiques et sociaux. Le dialogue doit être le maître-mot du système de gouvernance car comme on dit, c'est de la discussion que jaillit la lumière. Des divergences de points de vue, naissent des solutions, qui assurent le progrès. La pensée unique, même si elle émane d'une éminence, peut être destructrice, car chaque être humain est habité par un grain de folie, qui pourrait le conduire à des prises de décisions dévastatrices. Néron, empereur romain, en son temps, n'avait-il pas mis le feu à Rome, capitale de l'empire en l'an 64? Les expériences vécues durant les cinquante-huit années post-indépendance sont là pour édifier la vision de ce qui doit être fait à l'avenir, pour sortir le pays du sous-développement, et assurer au peuple algérien un avenir meilleur.
L'Algérie n'a-t-elle pas expérimenté le diktat de la pensée unique ? Même si les hommes qui l'avaient pratiquée étaient animés d'une très bonne intention, du fait qu'ils cherchaient à assurer l'emploi aux Algériens, tout en visant un développement rapide du pays. La politique de l'industrie industrialisante décidée, de façon unilatérale, a-t-elle atteint les objectifs escomptés? La Révolution agraire a-t-elle permis d'assurer la sécurité alimentaire du peuple algérien ? Le démembrement des domaines autogérés était-il la solution au problème de l'agriculture algérienne ? Le démembrement des entreprises économiques, était-il la solution pour le développement industriel ? Les différentes options politiques adoptées depuis l'indépendance et les changements portés à chaque fois à la Constitution ont-ils permis une meilleure gouvernance du pays ? Beaucoup d'autres questions peuvent, également, trouver leur place dans cette problématique décisionnelle qui s'est inspirée de la pensée unique. Ne faudrait-il pas revoir la stratégie de gouvernance de l'Algérie en mettant de côté les intérêts personnels et corporatistes, et donner la parole au peuple, pour qu'il décide de sa destinée ?
Toutes ces interrogations plaident pour l'exercice d'une réelle démocratie, où peuvent s'exprimer toutes les bonnes volontés, même avec des avis parfois contradictoires. C'est d'ailleurs les confrontations d'idées et leur pluralité, dans l'exercice démocratique, qui ont permis aux pays occidentaux de progresser et de se développer, même s'ils ont bénéficié, à un certain moment, des ressources naturelles et matérielles des pays qu'ils ont colonisés. Il faudrait qu'on sorte de l'état d'esprit qui a caractérisé les périodes antérieures, à savoir que celui qui dit le contraire de ce que pense l'autre devient son ennemi. Alors que les propos du premier peuvent aider le deuxième à prendre la meilleure décision qui sera bénéfique pour lui et pour la société. La pluralité des idées est le socle sur lequel repose la démocratie.
Le pluriel est d'ailleurs souhaité à tous les niveaux, culturel, linguistique, ethnique, racial et même religieux. C'est cela qui a permis à certains pays d'Europe et d'Amérique du Nord, où coexistent des hommes et des femmes venant d'horizons divers et ayant des cultures, des langues, des traditions et des religions diverses de progresser et de se développer. En agriculture, les plantes qui donnent les meilleurs résultats, en matière de rendement et de résistance aux maladies, sont celles, qui sont issues de semences hybrides, provenant de croisements, entre deux variétés différentes pures. N'est-il pas démontré en médecine que les mariages consanguins se traduisent, le plus souvent, par la naissance d'enfants présentant des anomalies parfois graves et qu'une meilleure descendance est le produit des couples génétiquement éloignés ? Les peuples qui se confinent et qui n'acceptent pas les brassages ethnique, racial, linguistique, culturel et religieux subissent également les lois de la nature et ne peuvent donner lieu qu'à des sociétés anachroniques. Depuis l'indépendance du pays, l'Algérie s'est inscrite dans la singularité et l'Algérien n'accepte nullement la coexistence avec d'autres hommes de race, de culture et surtout de religion différentes. Même sur le plan linguistique, on a tendance à privilégier le monolinguisme et faire barrage aux autres langues, même celle héritée du colonialisme. Ne dit-on pas que quelqu'un qui connaît la langue d'autrui se prémunit de ses nuisances ? Il faut toutefois souligner que cette attitude est le résultat de faits historiques qui ont mis en confrontation les gens formés dans l'une des deux longues utilisées dans le pays. En effet, à la fin des années 1970, les Algériens formés en langue arabe ont rencontré d'énormes difficultés pour intégrer le marché du travail, qui, à l'époque, était entre les mains des francophones.
Ce clivage persiste jusqu'à nos jours et les monolingues rencontrent encore quelques difficultés, notamment pour l'accès aux postes de responsabilités dans les administrations techniques. Ils trouvent par contre plus de facilités au niveau des secteurs de l'administration, de l'enseignement primaire et secondaire, la justice et surtout les institutions de l'Etat à mandat électif. Il faut absolument que cette dualité disparaisse et que tous lesAlgériens agissent dans le sens de l'intérêt général, quelle que soit la langue de travail que chacun utilise.
Les positions affichées par les uns et les autres doivent se conjuguer dans un dialogue sain et serein au sein d'une république, basée sur une réelle démocratie et non une démocratie de façade, qui cultive la médiocrité, et qui plombe le pays dans l'immobilisme économique, social et politique. C'est par le dialogue et une opposition constructive qu'on peut changer le cours des évènements et s'inscrire dans le sens du développement, de la prospérité de l'Etat et des citoyens et de la paix sociale.
En outre, un Etat ne devient puissant que lorsque son économie est forte, ses universités produisent une intelligentsia capable d'assurer un savoir-faire dans les domaines de l'économie, des finances, de l'industrie, des technologiques de pointe, des biotechnologies de la santé publique, de la culture et autres. La démocratie vient renforcer ces branches d'activités par l'instauration de la confiance entre les différentes couches de la société qui vont œuvrer, chacun dans son domaine, pour avoir une productivité maximale et des niveaux de production élevés.
La démocratie constitue donc un ciment qui va souder la société. Cela est-il possible en Algérie ? Bien sûr que si, même si les avis divergent sur la manière d'y arriver et ne sont, en fin de compte, que des points de vue de générations. Les personnes d'âge avancé qui ont subi les affres de la colonisation ont un avis plus modéré en continuant de soutenir, que le peuple algérien n'est pas encore prêt pour une démocratie à l'occidentale, qui, pour eux, s'est forgée après plusieurs siècles de combats et de sacrifices de leurs peuples, alors que l'Algérie est une très jeune république et que l'Algérien est, encore, très marqué par plusieurs décennies de gouvernance qui l'ont formaté dans le sens de l'assistanat, la fourniture du moindre effort et le tout droit. Plus de libertés pourrait aggraver l'attentisme de l'Algérien et créer une situation délétère, qui plongerait le pays dans le chaos. Ces Algériens pensent même qu'il serait nécessaire de passer un certain temps dans une phase de dictature éclairée, à l'image de ce qui s'est produit en Espagne, sous le règne de Franco, pour éduquer le peuple, remettre en place une échelle des valeurs, inciter les jeunes au travail, revaloriser ce dernier et développer l'esprit de citoyenneté et de responsabilité envers la société et la nation.
Une fois ces objectifs atteints, on pourra alors penser à instaurer une réelle démocratie. Pour la jeunesse algérienne qui a fréquenté les universités et qui constitue la grande majorité du peuple algérien, ces femmes et ces hommes oublient néanmoins que la quiétude et la prospérité de l'Espagne d'aujourd'hui, devenue quatrième puissance économique de l'Union européenne, alors que dans les années 1970 elle était au même niveau de développement que l'Algérie, ont été acquises grâce à l'exercice démocratique, basé sur l'alternance au pouvoir, la liberté d'expression et la séparation des pouvoirs. Ils développent par conséquent un discours tout à fait opposé. Ils soutiennent que la démocratie s'acquiert par la pratique et non par l'immobilisme. Comme dit le dicton, c'est en forgeant qu'on devient forgeron.
Les comportements, acquis par une certaine catégorie de citoyens, ne sont que la résultante des pratiques du système de gouvernance antérieur qu'il faut réformer pour les élever aux exigences du moment afin de rétablir la confiance entre le gouvernant et le gouverné, seule à même d'insuffler chez les Algériens l'amour de la patrie et le devoir de citoyenneté. Ces jeunes se voient capables de gérer les destinées du pays, surtout s'ils bénéficient de la confiance de leurs aînés, s'ils les aident à s'intégrer dans le processus du développement du pays. Le paternalisme doit laisser place au génie de leurs enfants, surtout en cette phase de numérisation, qui est en train de révolutionner l'économie mondiale.
En outre, les destinées du pays doivent être placées entre les mains des générations de cadres (professeurs, médecins, ingénieurs, juristes, économistes, financiers et autres), formés dans les grandes écoles et les universités algériennes, avec pour certains des compléments acquis au niveau des universités européennes et américaines, qui sont restés fidèles à la nation, même durant les périodes les plus difficiles qu'elle a traversées, sans répondre aux sirènes de l'étranger et encore moins à la double nationalité. Pour être clair, les cadres algériens qui ont été poussés vers l'émigration de crainte pour leur vie, pour n'avoir pas été considérés à leur juste valeur dans le pays où, n'ayant pas trouvé les conditions de travail qu'exige leur qualification, ainsi que les binationaux nés à l'étranger et qui développent de l'amour et de la considération pour le pays, auront leur place dans la gestion des affaires de l'Etat algérien. Par contre, l'expérience a montré que certains binationaux, qui sont nés en Algérie et qui ont acquis une nouvelle nationalité à des fins d'intérêts et de profits, ont eu, dans un passé lointain ou récent, dans les hautes fonctions de l'Etat algérien, des comportements indignes du fait qu'ils ont beaucoup plus servi les intérêts de leur pays d'adoption que l'Algérie. Il est même maintenant difficile pour le pays de les rapatrier afin de les juger pour crimes commis contre la nation, du fait de la protection que leur accorde la loi des pays où ils se trouvent. Ces pays n'extradent pas leurs citoyens, d'autant plus ceux qui leur ont rendu de louables services.
B. C.
* Ex-vice-président à l'Assemblée populaire nationale.
Ex-président de la Commission permanente chargée de l'agriculture, de l'environnement et des ressources naturelles du Parlement panafricain.


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