Ce prénom, Rayhan, fait partie des nouveaux prénoms introduits en Algérie. Il est connu en Orient depuis plusieurs siècles ; mais alors qu'il était attribué aux hommes, c'est, chez nous, un prénom féminin. D'origine arabe, il signifie “basilic", cette plante connue pour son odeur agréable et ses vertus curatives. En Algérie, on l'emploi, surtout en cataplasmes pour soigner les maux de tête. Parmi les Rayhan célèbres de la culture musulmane, citons le grand savant médiéval al-Bîrounî. Autodidacte et érudit incomparable, cultivant l'esprit critique dans le sens le plus moderne du terme, il occupe une place unique dans l'histoire de la science. Abû Rayhân al-Bîrounî est né à Kath, dans le Khwârizm, en 973 et il est mort en 1051. Il est issu d'une famille pauvre, son père était portier et sa mère, selon l'expression empruntée au Coran, était “porteuse de bois" (h'ammalatî al-h'att'ab). Enfant précoce, al-Bîrounî manifeste très tôt une vive curiosité pour tout ce qu'il voit et entend. Il a étudié les mathématiques sous la direction de Ibn ‘Alî al-Jilânî, un élève du grand Abû al-Wafa' et s'est initié lui-même, dans la lecture, à plusieurs disciplines. Mais s'il a été un autodidacte passionné, al-Bîrounî ne s'est jamais enfermé dans les livres, préférant retrouver, derrière l'écrit, les faits observables qui, seuls à ses yeux, ont valeur de preuve. Son savoir était immense : c'est sans doute le savant musulman le plus érudit. Il dominait pratiquement toutes les sciences de son époque et parlait plusieurs langues. En plus de sa langue maternelle, le persan, il parlait l'arabe, le grec, le turc et le syriaque ; il connaissait également le sanskrit et des langues vernaculaires de l'Inde. Il a appris ces langues sur le terrain, d'abord en voyageant, ensuite au cours de son séjour prolongé en Asie, en compagnie de Mahmûd de Ghazna, le grand conquérant de l'Inde. Al-Bîrounî faisait ses lectures dans les versions originales et traduisait pour ses contemporains. Sa connaissance des langues l'autorisait à formuler des remarques sur la capacité des langues à transmettre le savoir. L'œuvre d'al-Bîrounî s'élève à plus de cent cinquante ouvrages en astronomie, en géographie, en mathématiques ; mais hélas, beaucoup sont perdus aujourd'hui. Cette œuvre est intéressante, non seulement par la somme extraordinaire des informations qu'elle apporte mais aussi par l'esprit scientifique qui l'anime. Incarnant l'esprit scientifique contre les préjugés et la pratique contre la vaine spéculation, il était certainement en avance sur son temps. Mais il n'a pas eu le succès qu'il méritait, et l'Occident, gagné par l'aristotélisme arabe, lui a préféré Ibn Rochd. Que ce serait-il passé si au lieu de choisir Ibn Rochd, l'Europe avait accueilli al Al-Bîrounî ? “On peut imaginer, écrit R. Arnaldez, que la science occidentale aurait, dans son développement, connu deux ou trois siècles d'avance.". M. A. H ([email protected])