L'argument n'est pas implacable dans une Algérie du désordre et du chaos où les déguisements de toute nature ne permettaient pas de dire qui est qui. La question des disparus constitue l'un des contentieux les plus lourds entre les forces de sécurité et les organisations de défense des droits de l'Homme. En l'espace de quelques jours, le dossier aura connu deux clarifications importantes qui, sans être consensuelles, peuvent contribuer à apaiser la polémique qui entoure ce délicat sujet. La première est venue de Farouk Ksentini, le président de la Commission nationale consultative de protection et de promotion des droits de l'Homme. Depuis qu'il a pris la tête de cet organisme qui a succédé à l'ancien Observatoire national des droits de l'Homme (ONDH), Me Ksentini a fait preuve d'une audace surprenante pour quelqu'un qui dirige une structure officielle. En tout cas, il a affiché un esprit d'indépendance qui lui a valu une crédibilité qui faisait tant défaut au président du défunt ONDH, Me Kamel Rezzag-Bara. En tout cas, il n'est pas autant vilipendé par les familles des “disparus”. Entendre ces “mères du mercredi” qui ont pris l'habitude de se rassembler chaque semaine à la place Addis-Abeba si proche de la présidence de la République et des sièges des représentations diplomatiques étrangères, pour crier la “restitution” de leurs proches enlevés, selon elles, par les forces de sécurité. Comme principal argument à l'appui de leur accusation, ces familles soutiennent que les auteurs des enlèvements portaient les uniformes officiels des forces de sécurité. L'argument n'est pas implacable dans une Algérie du désordre et du chaos où les déguisements de toute nature ne permettaient pas de dire qui est qui. Sans aller jusqu'à le récuser, Me Ksentini a néanmoins pris la défense de l'Etat en le présentant exempt de tout reproche. Ce qui, selon lui, n'exclut pas une éventuelle implication d'agents de l'Etat dans des opérations de représailles ou de vengeance personnelle. En clair, aucune institution ne peut être accusée d'avoir accusé, planifié et ordonné les enlèvements d'individus pour un délit de proximité avec les islamistes. L'Algérie n'est pas comparable à la Serbie et au Rwanda, où la communauté internationale a reconnu des situations de génocide. La conclusion de Me Ksentini est claire : si l'Etat a failli à son devoir de protection de tous les citoyens c'est en raison de la situation comparable à celle d'une guerre civile où les institutions se sont retrouvées affaiblies et dans l'incapacité de jouer leur rôle. Au demeurant, d'autres organisations et familles de victimes n'hésitent pas à attribuer la disparition de leurs proches aux groupes armés. Et s'il fallait une preuve, elle vient d'être apportée par un charnier mis au jour dans la région de Larbaâ, ancien sanctuaire des groupes armés que leur littérature présentait comme un “territoire libéré” du contrôle des “taghout”. Y. K.