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Après les inondations... la misère
Commune d'Ibn Badis dans la wilaya de Constantine
Publié dans Liberté le 16 - 09 - 2017

Les habitants d'Ibn Badis sont parmi ceux qui croient toujours et malgré tout en l'avenir de leur commune.
Et pour preuve, à chaque échéance électorale, cette dernière enregistre le taux de participation le plus élevé.
Alors que la crise de l'eau fait rage dans plusieurs wilayas de l'Est, le 7 septembre dernier, la commune d'Ibn Badis était inondée. Des pluies diluviennes s'étaient abattues sur toute la région, cette nuit-là. Les crues se sont, peut-être, retirées depuis, mais elles ont laissé derrière elles des dizaines de maisons inhabitables. Ayant été lourdement endommagées, ces dernières, datant pour la plupart de plus de 50 ans, risquent même la démolition.
En effet, c'est vers 18 heures, que de très fortes précipitations accompagnées de grêle ont frappé la commune d'Ibn Badis, appelée communément El-Haria. Les prémices d'une période qui semblait être interminables pour beaucoup. "Tout flottait, se souvient Ali, un habitant de la rue Taâyouche. Je suis sorti presque pieds nus, avec mes enfants dans les bras. L'eau dévalait la rue et s'engouffrait dans toutes les maisons." En effet, en à peine une heure et demie, les principales voies et autres ruelles de la commune étaient déjà complètement envahies par les eaux, ce qui les rendait impraticables. Les dégâts les plus importants ont été enregistrés à la cité Lahmer, où la crue a dépassé 1 mètre de hauteur par endroits, emportant tout sur son passage. Dans les quartiers des frères Taâyouche, Djaâfarou-Abdellah et Zoubekri-Amar, une cinquantaine de familles au moins ont été contraintes de quitter leurs maisons. "Rester était très dangereux", nous dit-on. La plupart se sont même effondrées. Surpris par la violence des eaux, la panique s'est vite installée, témoignent les habitants que nous avons rencontrés, jeudi dernier ; tout le monde courait dans tous les sens, les cris des enfants résonnaient partout, les femmes, seules à l'intérieur des maisons, ne savaient que faire.
"Au moment où c'est arrivé, je me trouvais seule à la maison avec mes enfants, les eaux étaient très violentes, du coup, nous nous sommes retrouvés piégés dans la chambre, difficilement, les voisins sont parvenus à nous en faire sortir par la petite fenêtre", nous raconte en pleurs, une jeune maman. "Au bout de quelques minutes, nous nous sommes retrouvés envahis par les crues, nos femmes et nos enfants ont été coincés dans les maisons, sans l'aide des voisins ils auraient été emportés par les eaux", nous dit un autre habitant. Une vieille dame, avec le bras en écharpe, nous raconte, quant à elle, comment avec ses petits-enfants, elle a échappé à une mort certaine. "J'ai été sauvée par mon voisin, il m'a fait sortir par la fenêtre de la chambre, il a fait monter mes petits-enfants sur les branches d'un arbre. C'est grâce à lui que nous sommes encore en vie ; même si je me suis retrouvée avec l'épaule déboîtée", déplore-t-elle, avant d'ajouter : "Nous avons tout perdu, toutes nos affaires ont été emportées par les eaux." Vu l'ampleur des dégâts, les familles sinistrées dont les maisons se sont effondrées, ont été obligées de quitter leurs maisons pour se réfugier chez des proches, dans les mosquées, ou encore au centre culturel Malek-Bennabi réquisitionné pour les accueillir. Par ailleurs, d'autres dégâts considérables ont affecté la ville, touchant près d'une dizaine de commerces et endommageant la voirie qui était déjà dans un état déplorable.
Des aides... sous le manteau
Nous sommes le 14 septembre, soit une semaine, jour pour jour, après les inondations. Les sinistrés sont toujours dans la rue, marginalisés de la pire des façons. "Nous avons entendu le wali de Constantine dire que toutes les familles sinistrées ont été prises en charge par la wilaya. De quelle prise en charge parle-t-il ? De la distribution de deux kilos de sucre et de café ? Non merci, je n'en ai pas besoin ! Je peux nourrir ma famille", nous dit, furieux, un des habitants de la cité Lahmer.
Un autre, abondant dans le même sens, nous dira : "Au lendemain des inondations, les services de l'APC nous ont donné deux matelas par famille, alors que certaines ont jusqu'à 5 à 6 membres ! Certaines aides sont même distribuées... sous le manteau." Nos interlocuteurs, en outre, n'ont pas hésité à dénoncer les réactions tardives des services publics ou encore ce qu'ils qualifient de promesses mensongères. "À chaque inondation, on entend parler d'une commission d'évaluation des dégâts, mais on ne l'a jamais vue ! Pourquoi mentir ? Pourquoi dire que la situation est maîtrisée alors que ni le wali de Constantine ni le P/APC ne se sont déplacés ? Qu'ils viennent voir les conditions dans lesquelles nous vivons", dénonce-t-il. Mourad, dont la maison est inhabitable, se retrouve aujourd'hui dans la rue. Visiblement irrécupérables, ses affaires sont toujours éparpillées dans la rue.
"Voyez par vous-même, je n'ai plus rien, je n'ai même pas où dormir la nuit, ma femme et mes enfants sont chez mon frère, mes enfants sont toujours sous le choc, je ne sais pas quoi faire", nous dit-il encore, les larmes aux yeux. "Nos enfants ne sont toujours pas retournés à l'école, ils n'ont plus rien à se mettre. Tout est parti", dira-t-il.
Le danger omniprésent
À quelques mètres des maisons, nous avons constaté un entassement de terre sur une pente, menaçant, encore une fois, les maisons situées en contrebas d'une autre coulée de boue. Interrogés, les habitants nous ont affirmé que ce sont "les travaux effectués" par les sévices de l'APC au lendemain des inondations. "Au prochain orage, nous allons être enterrés vivants", craignent-ils. Car il y a aussi cette histoire de grands canaux d'évacuation des eaux de pluie de la ville, qui ont été fermés par les agents de l'APC. "Il y a quelques mois de cela, les agents de l'APC, accompagnés de gendarmes, ont fermé les grands canaux, selon eux, pour des raisons sécuritaires ! Qu'en est-il de notre sécurité et de celle de nos enfants ?", nous dit-on.
Une commune oubliée
Les habitants d'Ibn Badis sont parmi ceux qui croient toujours en l'avenir de leur commune et pour preuve, à chaque échéance électorale, la commune enregistre le taux de participation le plus élevé. Mais la réalité est tout autre ! Située à une quarantaine de kilomètres du chef-lieu de wilaya de Constantine, la commune d'Ibn Badis, avec ses 22 000 habitants, souffre depuis son existence d'une précarité absolue, une population totalement marginalisée. La plupart des jeunes sont sans travail et sans logement. Les routes de la commune remontent à une vingtaine d'années, l'on constate que nombreuses d'entre elles sont dans un piteux état. En effet, les rues sont obstruées par des objets hétéroclites, des travaux, non encore achevés, font que des tas de terre et de boue s'amoncellent de part et d'autre de la chaussée. Un décor désolant. Le manque flagrant d'infrastructures culturelles est tout aussi important.
Les moyens de transport sont quasi inexistants. Une polyclinique qui souffre d'un manque permanent d'effectifs et de moyens, oblige les habitants, en cas d'urgence, à se déplacer jusqu'à la commune d'El-Khroub. "Personne ne s'intéresse à nous ou à nos besoins, nous sommes livrés à nous-mêmes", nous dit Ammi Hassan. Et de poursuivre : "Et comme notre malheur ne suffisait pas, il y a eu ces inondations aux premières gouttes de pluie. À qui la faute ? À la nature qui reprend ses droits ou aux pouvoirs publics qui ne se manifestent qu'en période d'élections ?"

Les autorités insensibles
En effet, dix jours après les inondations, le maire d'Ibn Badis, Kamel Zefizef, ne s'est toujours pas rendu auprès des familles sinistrées. "Il ne s'est même pas déplacé pour constater les dégâts ou rassurer ses administrés", nous disent les familles de la cité Lahmer. Aussi, avons-nous tenté d'informer le P/APC sur les préoccupations des habitants. Malheureusement, on nous a refusé l'accès à l'APC sous prétexte que M. Zefizef était absent. Nous avons tenté également de le joindre par téléphone. En vain. Nous avons appris, en fait, que ce dernier, après avoir démissionné du parti RND, essaye de rejoindre l'ex-parti unique, à savoir le parti du FLN, et qu'il serait en pleines tractations pour être placé tête de liste APC, à Ibn Badis, en prévision des prochaines élections locales.
Reportage réalisé par : Ines BOUKHALFA


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