L'écran de la Cinémathèque d'Alger s'est illuminé durant la soirée du 25 mars dernier, d'une séance de trois courts métrages réalisés par un trio de cinéastes venus des rives de la Mekerra à Sidi-Bel-Abbès. En lever de rideau, le Bermuda de Benabdellah Mohamed s'est imprimé de l'imaginaire fictionnel où l'illusion s'est alliée aussi au kafkaïen. De la sorte, Bermuda c'est aussi l'instant où le délire dans le genre de Stanley Kubrick (1928-1999) ne distingue plus l'état de l'éveil matinal du songe. Pris ainsi dans la spirale de l'hystérie, le personnage délire à même l'oreiller que le réalisateur a emprunté au Sixième sens (1999) de Manoj Nelliyattu Shyamalan. À ce propos, l'horreur d'une cité-dortoir s'ajoute à l'épouvante d'une escapade nocturne qui aboutit vers l'effrayante réalité que le personnage n'est plus de ce monde. Dédié aux malades atteints du cancer, le film se doit d'être projeté en ouverture du film à l'affiche du jour comme c'était le cas au temps béni des années 1970-1980 où nos salles de cinéma tournaient à guichets fermés. Bien entendu, l'humour n'était pas en reste puisqu'il se mijote dans l'intérieur bouillonnant de la "Cocotta" de Khaled Bouneb où marinent les ingrédients épicés à la protesta des "manifs" d'un mois de mars de toutes les résistances. En clôture, s'est ajouté le film à thème Page blanche de Nadjib Lamraoui où fuse la question : "Est-ce que vous souffrez de la Leucosélophobie ?" Non qu'elle soit symptomatique d'une maladie grave mais elle indique l'angoisse de la page blanche : "Crainte qu'éprouve un écrivain de ne pas trouver l'inspiration au moment d'entamer ou de conclure une œuvre littéraire", d'où l'intensité de l'anxiété face à la page blanche dite aussi "le syndrome". C'est le cas de l'essayiste qu'interprète le comédien Akram Djeghim qui souffre d'une panne d'imagination, eu égard au chaos urbain mais aussi au hideux cercle immédiat de l'homme de plume, où la muse inspiratrice s'est interdit de venir. De la sorte, le "writer's block" s'ajoute aussi à la pression de l'éditeur et le spectre de la résiliation du contrat si malvenue à un moment où l'écrivain rêve de convoler en justes noces avec sa dulcinée. Est-ce à dire que ce n'est pas demain la veille que l'écrivain vivra de son art ? Apparemment oui ! Enfin, c'est le cas de tous ceux qui ont à cœur de créer le beau. Que dire d'autre ? Sinon qu'on est loin de l'époque où le musée du cinéma faisait salle comble, du fait que c'est le public qui manque le plus. Mais qu'à cela ne tienne, c'est toujours agréable de voir la salle prise d'assaut par le ballet de l'essaim de cinéastes et d'intermittents du spectacle venus pour y soutenir leurs confrères et crier que "la nouvelle génération du cinéma algérien est là, et l'avenir lui appartient".