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Le Hirak se maintient à Tizi Ouzou
DES MILLIERS DE MANIFESTANTS DANS LA RUE MALGRE LES VACANCES ET LA CHALEUR
Publié dans Liberté le 10 - 07 - 2021

Il y avait, hier, une grande foule venue entretenir la flamme de la révolution populaire née en Février 2019.
Avec l'arrivée des vacances, le début des grosses chaleurs estivales et la dégradation de la situation sanitaire, la période est, certes, très peu propice à la mobilisation citoyenne.
Mais au centre-ville de Tizi Ouzou, devenu épicentre du Hirak, il y avait, hier encore, une grande foule venue maintenir la flamme de cette révolution populaire que le reste du pays semble avoir abandonnée depuis maintenant plusieurs semaines.
Comme de tradition depuis plus de deux ans, l'esplanade du stade du 1er-novembre était noire de monde à 13h. La grande répétition avant le départ se déroule sous un soleil de plomb. Mais les inconditionnels de la révolution pacifique ne bronchent pas.
Ils connaissaient la dureté des conditions et ils y sont habitués. Ils les affrontent pour le troisième été consécutif. "Si on arrête durant ces vacances, la révolution partira en fumée", dira un quinquagénaire qui tente de se faire un peu d'ombre avec l'emblème amazigh qui recouvre sa tête.
En chœur, ceux qui ont choisi la chaleur suffocante du centre-ville à la fraîcheur du littoral ou de la montagne scandaient : "Maranach habssine" (On ne s'arrêtera pas). À 13h30, la foule s'ébranle.
Tout au long de la route longeant le CHU, des hommes et des femmes quittent l'ombre des arbres et des immeubles qui les protégeaient pour se joindre à la foule qui grossit à vue d'œil.
Les pancartes commencent alors à décliner non seulement des slogans, mais aussi les wilayas de provenance de certains manifestants. "Vendredi 125 : les hommes libres du Sud à Tizi Ouzou : liberté pour les détenus d'opinion", "Djelfa à Tizi Ouzou, capitale de l'unité nationale", y lit-on, entre autres. D'autres indiquent qu'ils sont venus de Guelma, d'Alger, de Tipasa, de Sétif...
En tête d'un carré, une large banderole indiquait en gros caractères rouge et noir sur fond jaune "Système dégage", le slogan phare de la révolution populaire. D'autres encore, plus nombreuses et plus imposantes, appellent à la libération des détenus politiques et d'opinion.
Sur certaines d'entre elles, des portraits d'activistes qui remplissent les prisons du pays. "Nous, en bons patriotes, vous ne nous faites pas peur", lit-on sur une imposante pancarte brandie par une femme en tête d'un des carrés de la marche sur le boulevard Abane-Ramdane.
D'autres encore portent des messages louant la révolution et réaffirmant la détermination et la nécessité de maintenir la mobilisation citoyenne.
"Jusqu'au bout !", "Le Hirak : mouvement emblématique de la lutte pour la seconde indépendance", "Déterminés !" sont autant de messages brandis. Un hommage particulier est également rendu aux femmes à travers une large banderole sur laquelle on pouvait lire : "Une société qui ne reconnaît pas les sacrifices de ses femmes est une société qui nie ses racines."
La formation du nouveau gouvernement est, quant à elle, passée comme un non-événement pour les manifestants qui, eux, réclament plutôt le changement radical du système.
Seul le nom de Zeghmati est cité par les manifestants. Comme à chaque fois, la foule s'est dirigée dans la sérénité vers la place de l'Olivier où elle a commencé à se disperser dans le calme à 15h.

Samir LESLOUS


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