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Dépasser le statut quo par de profondes réformes politiques et économiques
Publié dans La Nouvelle République le 13 - 03 - 2019

Les derniers évènements doivent être analysés avec lucidité, privilégiant uniquement les intérêts supérieurs de l'Algérie. Contrairement aux visions de sinistrose, la population algérienne a montré sa maturité politique voulant de profonds changements dans la gouvernance, contrairement aux partis tant du pouvoir que de l'opposition souvent déconnectés des réalités sociales.
La forte mobilisation du 22 février, des 1er et 8 mars implique de bien analyser les aspirations de la société, pas la société civile rentière vivant dans les salons ou celle qui a fêté le 08 mars dans des hôtels de 5 étoiles déconnectée de la société, mais celle que l'on a vue dans la rue composée de la majorité de la jeunesse et des femmes. Dans ce cadre, comment ne pas souligner la passivité de la majorité des organisations tant politiques que civiles pro-régimes qui se targuaient d'avoir des millions de voix pour le candidat-président comment ne pas souligner la passivité du gouvernement pour ne pas dire sa démission, certainement tétanisé qui a été incapable d'aller vers la population pour entendre ses doléances comme le font les dirigeants d'autres pays.
Ces remarques s'adressent également aux partis et organisations de l'opposition, la leçon donnée à la dirigeante du parti des travailleurs et à d'autres qui ont voulu récupérer ce mouvement, qui ont été hués, devrait servir de leçons. Au moment où le monde traverse des bouleversements politiques, sociaux et économiques, où l'Algérie est interpellée par plus de 70 % de sa population revendiquant de véritables réformes démocratiques, condition d'un développement harmonieux et durable face à l'implacable mondialisation, nous devons rendre un grand hommage à notre jeunesse qui n'a pas connu le drame des années 1990-1999, impliquant un autre discours proche de ses préoccupations. Saluons sa maturité politique et les marches pacifiques sans violence, où les partis politiques toutes tendances confondues n'ont joué aucun rôle pour la mobilisation.
Saluons nos forces de sécurité qui ont su gérer d'une manière moderne ces évènements qui doivent être médités profondément par les partis du pouvoir et leurs satellites – faiblement représentatifs, pour ne pas dire non-représentatifs – ainsi que par toute l'opposition, qui s'est trouvée hors circuit. Tout d'abord je tiens à souligner que lors d'une rencontre internationale au club des Pins à Alger devant le Premier ministre, les membres du gouvernement et de plusieurs organisations nationales le 28 novembre 2014 au vu déjà des impacts de la chute du cours du pétrole début juin 2014, j'avais préconisé, malgré la réticence de la majorité des membres du gouvernement dont la majorité sont toujours en fonction, épaulé par plusieurs experts organiques présents qui prédisaient un retour du cours à 90/100 dollars, un comité national anti- crise et une grande conférence nationale inclusive en vue de l'approfondissement des réformes politiques et économiques.
J'avais réitéré cette proposition lors que j'ai été invité en tant que personnalité nationale lors des consultations pour la révision de la constitution de mars 2016. Toutes ces propositions ne dataient pas d'aujourd'hui puisque elles étaient contenues le programme de l'Association Nationale de Développement de l'Economie de Marché ADEM de 1992 agrément du ministère de l'intérieur 63/92 publié en langue nationale, français et anglais largement diffusé au niveau national et international avec comme axes directeurs «réformes-démocratie-développement» dont j'ai eu l'honneur d'être président de 1992 à 2016. Ensuite dans un ouvrage collectif publié en 2005 sous ma direction regroupant politologues, juristes, économistes et sociologues sous le titre «les défis de l'Algérie Etat de Droit- réformes et Démocratie».
Par la suite entre 2005/2018 au vu des différentes élections avec un très fort taux d'abstention notamment de la jeunesse lors des les dernières élections législatives, tant de 2012 que de 2017 : en tenant compte des bulletins nuls et des données officielles du Ministère de l'intérieur, où les 3/4 environ de la population algérienne n'étant pas représentés par les élus, j'avais mis en relief qu'il y avait urgence d'une vision stratégique en se posant cette question stratégique : que deviendra l'Algérie entre 2020/2030 ? L'Algérie a toutes les potentialités, pour dépasser les tensions politiques, sociales et économiques actuelles mais doit s'attaquer à l'essentiel et non au secondaire, conformément à une «loi» des sciences politiques : 20 % d'actions bien ciblées ont un impact de 80 %. Mais 80 % d'actions mal ciblées ont un impact seulement de 20 %.
Cette vision stratégique devra être sous tendu par une réorganisation institutionnelle reposant sur une refonte ministérielle évitant les télescopages, avec un regroupement autour de grands ministères, (économie, éducation nationale) pilotés par de grands managers évitant cette vision administrative bureaucratique de faire appel qu'aux walis. Sur le plan local, j'avais préconisé une véritable régionalisation économique avec une réelle décentralisation à ne pas confondre et avec l'avatar néfaste du régionalisme, autour de quatre à cinq pôles régionaux. Tout projet est forcément porté par des forces sociales d'où l'importance de la réorganisation du système partisan et de la société civile afin de rapprocher l'Etat du citoyen et ce tenant compte de notre anthropologie culturelle, conciliant la modernité avec notre authenticité.
Mais la dynamisation du système partisan et de la société civile afin d'en faire un instrument efficace d'encadrement de forces vives et un levier puissant de leur mobilisation n'a de chance de réussir que si le mouvement qui le compose ne soit pas au service d'ambitions personnelles inavouables et parfois douteuses. Différents scénarios sont possibles en fonction de l'état des rapports de forces au niveau interne, tenant compte de l'évolution de la stratégie des acteurs au niveau interne/externe (voir notre contribution www.algerie1.com). Car nous avons un système partisan déconnecté de la société. Selon certaines sources, le nombre de partis approche la soixantaine, souvent avec des alliances contre nature alors que dans les pays démocratiques, ces alliances se font par affinité idéologique et sur un programme clair. Aussi, excepté une minorité, la majorité se manifeste par une présence formelle et ostentatoire lors des élections meublant le vide, impuissants presque toujours à agir sur le cours des choses et à formuler clairement les préoccupations et les aspirations de la société réelle.
En raison des crises internes qui les secouent périodiquement, du discrédit qui frappe la majorité d'entre elles, de la défiance nourrie à leur égard et à l'endroit du militantisme partisan, les formations politiques actuelles ont aujourd'hui une faible capacité à accomplir un travail de mobilisation, d'encadrement efficient, à contribuer significativement à la socialisation politique et donc à apporter une contribution efficace à l'œuvre de redressement national. Le discrédit qui frappe les formations politiques, tant du pouvoir que de l'opposition, doit laisser la place à des formations crédibles, non crées artificiellement, sujettes donc à la possibilité d'une appréciation objective du statut et du rôle qui doivent être les leurs dans une société qui ambitionne de rejoindre le rang des sociétés démocratiques.
Nous avons également une société civile atomisée. Contrairement aux idées reçues et illusoires des années passées, dans un contexte de désintégration sociale et d'une jeunesse «parabolée», la majorité des confréries religieuses officielles ont de moins en moins d'impacts : la preuve des appels récents des immans pour les marchés n'ont pas été entendu pouvant les discréditer à terme aux yeux de la population. C'est que la confusion qui prévaut actuellement dans le mouvement associatif national rend malaisée l'élaboration d'une stratégie visant à sa prise en compte et à sa mobilisation. Sa diversité, les courants politico-idéologiques qui la traversent et sa relation complexe à la société et à l'État ajoutent à cette confusion et rendent impérative une réflexion urgente pour sa restructuration, son état actuel reflétant les grandes fractures survenues dans le système politique national.
Ainsi la verra-t-on rapidement se scinder en quatre sociétés civiles fondamentalement différentes : trois au niveau de la sphère réelle et une, dominante, dans la sphère informelle. Le plus important segment de cette société civile, interlocuteur privilégié et souvent unique des pouvoirs publics, est constitué par des appendices du pouvoir, situés à la périphérie des partis du pouvoir et dont les responsables sont parfois députés, sénateurs, vivant en grande partie du transfert de la rente. Où sont les organisations ceux qui se targuaient de mobiliser des millions d'électeurs vivant dans des salons climatisés, déconnectés de la société face à ce mouvement de foules? Le deuxième segment est celui d'une société civile franchement ancrée dans la mouvance islamiste, avec là aussi des appendices de partis islamiques légaux. Le troisième segment est celui d'une société civile se réclamant de la mouvance démocratique.
Faiblement structurée, en dépit du nombre relativement important des associations qui la composent, et minée par des contradictions en rapport, entre autres, avec la question du leadership. Pour ces trois premières sociétés civiles, leurs impacts pour le taux de participation aux dernières élections locales et législatives, malgré leur adhésion, ont été relativement faibles. Nous avons enfin une société civile informelle, inorganisée, totalement atomisée. Elle est de loin la plus active et la plus importante, que nous avons vu le 22 février, le 1er mars et le 08 mars 2019, avec des codifications précises formant un maillage dense. Sans l'intégration intelligente de cette sphère informelle – non par des mesures bureaucratiques autoritaires, mais par l'implication de la société elle-même –, il ne faut pas compter sur une réelle dynamisation de la société civile. Car lorsqu'un État veut imposer ses propres règles déconnectées par rapport aux pratiques sociales, la société enfante ses propres règles qui lui permettent de fonctionner avec ses propres organisations.
Nous avons quatre scénarios demandant non des solutions juridiques mais des solutions politiques, pour l'Algérie après ces évènements que l'on ne doit pas prendre à la légère et comme rappelé précédemment partis et organisations du pouvoir et ceux et l'opposition étant hors circuit. Or, partis politiques et sociétés civiles devront s'avérer d'autant plus capables à mobiliser la société que dans les années à venir, les réformes – longtemps différées pour garantir une paix sociale fictive, seront très douloureuses
Premier scénario, non souhaitable d'aller vers l'état d'exception, sauf très graves crises majeures, afin de préserver l'unité de l'ANP et des services de sécurité, La revue de l'ANP Al Djeich a clairement mentionné la symbiose entre l'ANP et son peuple devant éviter les drames des années passées face aux inévitables tensions budgétaires et les enjeux géostratégiques 2019/2025/2030 au niveau de la région, l'Algérie étant comme viennent de la rappeler plusieurs experts de l'OTAN un acteur stratégique de stabilisation.
Le second scénario, est d'aller vers l'élection présidentielle. Au vu des désistements des candidats sérieux, et de l'atmosphère actuelle c'est uns scenario à hauts risques si les tensions perdurent, pour la stabilité du pays. Les décideurs devront analyser tous les imapcts de cette option toutes en privilégiant la sécurité nationale. Le troisième scénario, est l'application de l'article 102 qui relève des prérogatives exclusives du conseil constitutionnel Cela donne pouvoir au président du sénat d'aller vers des élections. Au vu de la situation explosive actuelle c'est un scénario qui pourrait provoquer une anarchie dans la mesure où le temps est trop court, la rue n‘ayant pas de représentants officiels, étant un mouvement spontané non organisé et même les partis d'opposition et du pouvoir demandant du temps pour s'organiser.
(Suivra)
Le professeur Abderrahmane Mebtoul, économiste, expert international


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