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Musique afro-américaine : John Lee Hooker
Publié dans La Nouvelle République le 25 - 03 - 2019

John Lee Hooker est une figure mondiale du blues traditionnel noir américain. Mais il est avant tout l'un des hommes qui a participé à ce mélange puissant entre bluesmen noirs américains et jeunes rockeurs blancs européens, marquant ainsi l'histoire du rock ‘n' roll et faisant du blues une musique désormais respectée.
John Lee Hooker est né entre le 17 et le 22 août 1917 dans le Mississipi, près de la ville de Clarksdale. Il est le dernier fils d'une fratrie de onze enfants nés dans une famille de métayers pauvres du Sud des États-Unis. En 1921, William Hooker, son père, un pasteur, et sa mère, Minnie Ramsey, se séparent. Sa mère se remarie alors avec Willie Moore, un ouvrier agricole qui joue parfois un peu de blues dans les bars et apprend à John Lee quelques accords de guitare. En 1933, son père meurt alors qu'il n'a que 15 ans. John Lee décide alors de fuir sa maison. Il ne reverra ni sa mère ni son beau-père à qui il n'a cessé de rendre hommage durant toute sa vie pour lui avoir fait découvrir le blues, lui qui n'était bercé que par le gospel paternel.
En 1943, John Lee décide de s'éloigner et de fuir sa condition de métayer noir du Sud-américain. Il se cache dans un train de marchandises et part vers le Nord. Cette partie de sa vie est la plus trouble et la plus méconnue. À Memphis, il vit un moment chez une tante, se produit dans la rue et travaille comme mécanicien. Plus tard, il fuit vers Cincinatti où il devient veilleur de nuit. Mais sa destination finale est Détroit. Il compte y travailler comme ouvrier au sein d'une industrie automobile florissante. Il y devient finalement homme de ménage dans une usine de la Ford Motor Company.
Dans le même temps, il fait ses premières armes sur scène, dans le quartier réputé chaud et dangereux de Hasting Street. Comme tous les musiciens noirs de l'époque, il joue la nuit. Étonnant paradoxe de cette Amérique ségrégationniste le jour et métissée la nuit. John Lee joue alors dans les petits bars et dans les maisons de passes, au milieu des clients saouls, des hommes en mal d'amour et d'autres musiciens. Avec sa guitare, le jeune John Lee ne parvient pas à s'imposer dans cette ébullition constante. Très tôt, il décide donc de jouer avec une guitare électrique pour se faire entendre. À partir de là, le rythme électrisant du musicien fait fureur. La musique est vive, comme celle que lui avait apprise son beau-père.
Une carrière naissante
Il est alors repéré par Elmer Barbee qui le présente au producteur Bernard Besman, propriétaire du studio Sensation Records. En 1948, John Lee Hooker enregistre son premier disque avec les studios Modern Records, en accord avec Besman. Avec Boogie Chillen, il impose sa marque. Un style simple, électrique, des textes mi-chantés, mi-parlés. Le succès est au rendez-vous avec près d'un million de copies vendues, mais pas l'argent. John Lee multiplie les enregistrements dans différents studios, signe le plus de contrats possibles pour obtenir de quoi vivre. Il enregistre les mêmes morceaux dans des studios concurrents.
Un jour il est John Lee Booker, le lendemain John Cooker, et le surlendemain Johnny Hooker. Les succès s'enchainent avec des titres comme «I'm In The Mood» ou «Hobo Blues». En cinq ans, John Lee enregistre près de cent titres. John Lee Hooker ne peut même pas compter sur le succès d'un groupe. En effet, s'il reprend les thèmes classiques du blues, la pauvreté, l'alcool, la drogue, les amours déçues, John Lee Hooker prend beaucoup de liberté avec la musique et la rythmique. Il improvise tout le temps et s'oblige à jouer seul, avec sa guitare et une plaque de contreplaqué sous sa chaussure, pour marquer le rythme.
Et puis, rapidement, son style plus traditionnel, plus proche des racines du «Delta Blues» est un peu délaissé par les Afro-Américains qui préfèrent acheter les disques des artistes montants du «Rythm and Blues». Plus rapide, plus vif, plus dansant, ce nouveau style fait fureur avec des artistes aussi connus que Chuck Berry, Little Richard, Jerry Lee Lewis ou Ike Turner. Quant au public blanc, le racisme ambiant le laisse à l'écart du blues. Les temps sont durs pour les bluesmen qui retournent à leurs travaux industriels ou agricoles. John Lee Hooker s'accroche, attend que les choses évoluent, glane quelques rares contrats.
La renaissance artistique
Dans les années 1960, le blues renait soudainement de ses cendres grâce à l'arrivée en Amérique d'artistes européens comme les Rolling Stones, Canned Heat, The Animals, Eric Clapton ou encore John Mayall. Tous ces très jeunes artistes s'écartent des musiques à la mode à l'époque, le «rythm and blues» ou le «twist», pour remettre au goût du jour une musique sulfureuse, née dans les champs de coton, portée par des artistes noirs, une musique que l'Amérique puritaine et raciste décrit comme une musique du diable. Tous ces jeunes britanniques rencontrent alors des bluesmen comme J.B. Lenoir, Muddy Waters, Skip James, Howlin' Wolf, B.B. King, John Lee Hooker, ils échangent, jouent ensemble, partagent et s'inspirent les uns des autres. Les bluesmen noirs apportent aux jeunes britanniques un nouveau souffle pour le «rock ‘n' roll» naissant. En échange, les jeunes Blancs tirent ces musiciens de l'oubli dans lequel ils s'enfoncent, leur apporte une nouvelle énergie. La guitare électrique de John Lee Hooker peut de nouveau s'enflammer.
Carrière internationale jusqu'à sa mort
John Lee Hooker enregistre alors avec tous ces artistes et part chanter en Europe, notamment lors de la tournée de l'American Folk Blues Festival. Il découvre alors qu'un bluesman noir peut alors être acclamé par une foule de spectateurs blancs. Sa carrière internationale est lancée. Il est difficile de parler de tous les disques de l'artiste. En effet, il en a enregistré près d'une centaine. Mais quelques-uns ont particulièrement marqués son parcours. Dans les années 1970, de nouveau, sa carrière stagne. Il enregistre de nombreux disques, joue dans toute la planète avec son nouveau groupe, le Coast to Coast Blues Band. Mais rien n'y fait. En 1980, c'est un nouveau départ. On le voit jouer l'un de ses plus grands succès, «Boom Boom», en live et sans playback, dans le film de John Landis, The Blues Brothers.
En 1989, il enregistre l'album The Healer. Plus électrique que jamais, il joue avec les meilleurs, de Keith Richards à Carlos Santana. Juste après la sortie de l'album, il reçoit un Grammy Award du meilleur disque de blues traditionnel et se produit sur scène avec Van Morrison. Cette double collaboration, avec Santana et Van Morrison, lui permet de sortir de nouveaux albums comme Chill Out et Don't Look Back qui connaissent un grand succès commercial. En 1990, le Madison Square Garden de New-York accueille un concert en hommage à la carrière de Hooker.
Les plus grands artistes de blues et de rock sont réunis : Bonnie Raitt, Ry Cooder, Joe Cocker, Carlos Santana, Al Cooper, Johnny Winter, Albert Collins ou Willie Dixon. Un an plus tard, John Lee Hooker entre au Rock ‘n' Roll Hall of Fame. Dans les années qui suivent, il entre également au Los Angeles' Rock Walk, au Bammies Walk of Fame de San Francisco ou au Hollywood Walk of Fame. Le rock américain fait entrer en son sein l'un des artistes les plus marquants de ses racines blues.
Hooker s'installe alors à San Francisco et ouvre le «Boom Boom Room», son propre club de blues. Mais en 2001, le parcours extraordinaire du chanteur et musicien est stoppé par un début de maladie. Il annule sa tournée européenne et meurt finalement le 21 juin 2001, à l'âge de 83 ans.


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