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Macron : une communication sans fin, mais sans beaucoup de réponses
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 17 - 01 - 2019

6h40 ! Six heures et quarante minutes ! Cela a été la durée de l'émission qui s'est déroulée ce mardi 16 janvier réunissant en Normandie le Président Macron et 653 maires de communes de la région.
C'est sans nul doute la plus longue émission consacrée à un chef de l'exécutif français ou même certainement d'un responsable des 26 autres pays membre de l'union européenne.
Et le 13 janvier, le même Macron avait déjà envoyé sa « Lettre aux Français ». Deux pages de commentaires adressées aux 67 millions de ses concitoyens pour valoriser sa première année et demi de mandat dont plus de la moitié sous forme d'interrogations sur toute une série de dossiers mais dont la réponse implicite était : « Ai-je tout bien réussi ? Dans les circonstances actuelles, et bien, oui ! ».
Cette hyper-présence médiatique en moins d'une semaine qui touche à la communication obsessionnelle va-t-elle rendre l'opinion publique française plus favorable à son président ?
Les Français pas contents
Car c'est peu de le dire : les Français sont mécontents, inquiets, grognons, en colère, pessimistes...
Les motifs de cette mauvaise humeur générale sont connus. Les médias abondent d'informations sur le retour d'une crise économique équivalente, voire supérieure à celle de 2008 ; les revenus stagnent quand les salaires ne baissent pas, comme c'est le cas depuis au moins deux ans dans les couches populaires, et dans de nombreuses classes moyennes.
La fiscalité augmente. Et enfin, le chômage semble incompressible, et frappe depuis plusieurs années 10% des actifs, et ce avec des modes de calcul officiel du «non-emploi» (Unedic, Assedic, Pôle Emploi…) qui semblent minorer de nombreuses situations réelles.
Les gouvernements sont évidemment mis en cause. Malgré plusieurs alternances depuis deux décennies (Chirac, Chirac-Jospin, Sarkozy, Hollande et depuis 2017, Emmanuel Macron), les formations gouvernementales soutenues par des majorités parlementaires, diverses et parfois très instables, n'ont pas réussi à modifier positivement les principaux dossiers qui inquiètent les Français, à l'exception peut-être d'une meilleure maîtrise du financement des dépenses de protection sociale.
Les Français sont mécontents et se méfient de leurs gouvernants. Les sondages sont parlants. Le baromètre annuel du Cevipof, publié en fin de semaine dernière par Le Figaro, indique une forte dégradation de la confiance des Français dans leurs institutions républicaines : la côte du Président est au plus bas de l'histoire de la Vème République avec 23% de Français « satisfaits » ou « confiants ». Mais la chute frappe également la côte de la confiance des députés (31% de satisfaits), des syndicats (27%), des médias (23%) et ce sont les partis politiques qui suscitent la plus grande méfiance avec 9% de satisfaits. « Seuls les maires parviennent à susciter majoritairement la confiance (58%) des électeurs», note Libération.
C'est pourquoi Emmanuel Macron compte tant sur leur soutien, et sur leur investissement durant le grand débat public que le Président organise ce premier trimestre, déjà bien entamé.
Les « Gilets jaunes » ont lancé la pagaille
À la fois comme symptôme et fort facteur d'accélération, le mouvement des « Gilets Jaunes » a cristallisé le malaise français.
Un acte X se prépare en France pour ce samedi 19 janvier. Initiée le 17 novembre, la mobilisation a connu un affaiblissement au moment des fêtes de fin d'année, mais a repris début janvier avec une énergie de remobilisation qui a visiblement surpris le gouvernement lui-même. Il est sur ce sujet, curieux de constater que la position d'Emmanuel Macron face à ce mouvement social, le plus important depuis Mai 1968, a été versatile, mobile, inconstante.
De la reconnaissance de ses erreurs, à la sévère répression
Au cours du mois de novembre et jusqu'à début décembre, le gouvernement qui pariait sur une usure rapide du mouvement a fortement minimisé son importance. À la mi-décembre, surprise ! Emmanuel Macron reconnait dans une intervention médiatique ses erreurs d'appréciation et promet des mesures de rectification. Celles-ci rendues publiques sont loin de satisfaire les revendications des « Gilets Jaunes. Fin décembre, le gouvernement change radicalement d'attitude et menace les manifestants d'une sévère répression. A la mi-janvier, le président Macron change à nouveau de posture et appelle au dialogue avec l'ensemble de ses concitoyens.
Principal argument macronien : l'orthodoxie budgétaire
Dans sa « lettre aux Français », les principaux thèmes proposés sont au nombre de quatre accompagnés de 42 questions : « Le premier sujet porte sur nos impôts, nos dépenses et l'action publique … Le deuxième sujet sur lequel nous devons prendre des décisions, c'est l'organisation de l'Etat et des collectivités publiques […] La transition écologique est le troisième thème, essentiel à notre avenir […] Enfin, il est évident que la période que notre pays traverse montre qu'il nous faut redonner plus de force à la démocratie et la citoyenneté » propose Emmanuel Macron dans sa lettre comprenant 12559 caractères, signature comprise. Et le Président dans ses lignes n'écarte pas la proposition de nouvelles thématiques de débat qui émanerait de la consultation populaire. Mais il réaffirme avec son « en même temps » selon l'une de ses expressions favorites, que le gouvernement n'infléchira nullement sa ligne générale, et ne reviendra pas sur les réformes adoptées comme la très critiquée suppression de l'Impôt sur les grandes fortunes (ISF).
Allez comprendre !
Lors de sa très longue émission télévisuelle, Macron a couvert également de nombreux dossiers toujours pour vanter sa gestion actuelle, tout en reconnaissant qu'il pouvait y avoir quelques améliorations mais ceci toujours de façon interrogative : on peut peut-être mieux faire mais comment et avec quels moyens ? ». L'argument budgétaire est l'arche sacrée de la pensée macronienne : « Français, vous voulez plus de progrès sociaux, une amélioration de votre cadre de vie sociétal et environnemental ? D'accord mais ça va nous obliger à beaucoup augmenter vos impôts ! Il faut d'abord que les entreprises fassent des bénéfices et on doit alléger leurs charges fiscales et sociales ». Problème : malgré l'orthodoxie budgétaire officielle, les déficits continuent de croître et malgré les bénéfices recueillis par les grandes entreprises du CAC 40 (57 milliards de dividendes en 2018 !), la croissance ne redémarre pas en France et évidemment le pouvoir d'achat des Français.
Après 7 heures d'une émission aussi bavarde qu'imprécise sur les réponses du gouvernement dans les mois qui viennent, on ne peut retenir que deux interrogations sur les mesures déjà prises. La première concerne la décision de limiter la vitesse des voitures à 80 km / h, qui sera peut-être légèrement modifiée. Un débat historique. La seconde question concerne la première mesure prise par le nouveau président Macron : la suppression de l'impôt sur les grandes fortunes. L'impopularité de cette décision est telle, à l'heure où la fiscalité des ménages augmente et que le pouvoir d'achat stagne ou baisse, que le président Macron a admis de façon très vague qu'il acceptait de débattre de très éventuelles modalités d'aménagement de cette décision visiblement très impopulaire.
Un grand oubli : l'Union européenne
Autre sujet pas abordée l'actuelle crise de l'Union européenne.
Après le Brexit qui en train de s'achever de façon catastrophique, c'est la faiblesse de la croissance économique européenne (même en Allemagne !) qui inquiète beaucoup. Sur ce dossier important, pas un mot, pas une proposition présidentielle. « Voilà un président de la République qui avait éclairé toute sa campagne électorale présidentielle sous l'angle européen, et qui a depuis toujours affirmé vouloir prendre la tête du camp progressiste sur le continent. Or que dit sa lettre de ce projet politique ? Rien. Que dit-il des engagements de la France ? Rien. L'Europe n'est plus le carrefour de toutes les politiques, elle n'existe plus ni comme sujet, ni comme avenir » constate Nicolas Beytout, dans l'Opinion.


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