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La paix au Mali sabordée ?
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 15 - 04 - 2021

La mise en œuvre de l'accord de paix au Mali, ou «Accord d'Alger», signé en juin 2015, par le gouvernement malien et deux coalitions de groupes armés issus du nord du pays, la Plateforme, alliée au gouvernement, et la Coalition des mouvements de l'Azawad (CMA), serait-elle compromise après l'assassinat à Bamako, mardi 13 avril, du président en exercice et chef de la délégation de la CMA au Comité de suivi de l'accord (CSA), Sidi Brahim Ould Sidati?
La question n'est pas fortuite. Elle accompagnait cet accord depuis sa signature en 2015. Car, si toutes les parties ne manquaient pas de faire part de leur attachement à cet accord, son application n'a pas évolué d'un iota depuis bientôt 6 ans. Et, au moment où la situation semble aller vers le déblocage avec la création par le gouvernement de la transition d'un comité d'orientation stratégique, chargé du pilotage de l'Accord d'Alger, c'est le coup de tonnerre à Bamako.
Dans la matinée du mardi 13 avril, Sidi Brahim Ould Sidati, acteur engagé en faveur de la paix au Mali, figure de proue des ex-rebelles du nord du Mali et président en exercice de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), est assassiné par des inconnus qui lui ont tiré plusieurs balles dans le corps à sa sortie de la mosquée. A qui profite le crime ? Il est dans la logique des évènements que la mort violente du signataire de l'Accord d'Alger, au nom de la CMA, renforce le front hostile à cet accord, notamment la base du mouvement des rebelles indépendantistes touareg, qui ont toujours exprimé des réserves, depuis 2015, face à un texte qui ne prévoit ni autonomie ni fédéralisme pour le nord du Mali, comme ils le souhaitent.
D'autant que Sidi Brahim Ould Sidati a été assassiné le jour même où il devait être reçu par le chef du gouvernement de transition pour des discussions sur les réformes à conduire dans le pays.
Les conséquences de cet «acte abominable» pourraient détruire les ponts fragiles de la paix au nord du Mali. Le gouvernement de transition, qui a exprimé sa «stupeur» à la suite de cet acte qualifié d'«abominable», a promis une enquête pour identifier et juger les coupables. Il est clair que cet assassinat n'arrange ni les affaires du gouvernement de transition ni celle de la CMA, qui ont montré leur attachement à l'Accord d'Alger même dans sa plus simple expression.
Cette vérité n'est-elle pas un solide argument pour pousser les deux parties à œuvrer en faveur du confortement de la paix au nord du Mali, puisque les assassins ne peuvent pas avoir d'autres mobiles que de saper l'Accord d'Alger ? La CMA est très affectée par cet assassinat, mais elle ne semble pas faire marche arrière sur le principe de la mise en œuvre de l'Accord d'Alger, comme le montre sa réaction après l'assassinat Sidi Brahim Ould Sidati.
Dans un communiqué rendu public dans ce contexte, la CMA a exigé du gouvernement la mise en place d'un dispositif de sécurité pour ses cadres évoluant officiellement dans les structures de mise en œuvre de l'Accord pour la Paix et la Réconciliation en son nom à Bamako.
Pas de retrait, donc, des cadres de la CMA engagés dans le Comité de suivi de l'accord. La CMA, après avoir condamné avec la plus forte rigueur cet acte qualifié de «lâche et abominable», a exigé la diligence d'une enquête indépendante et transparente bénéficiant d'un fort engagement des autorités de la transition mais également de l'implication des parties prenantes au processus de paix au Mali, notamment de la médiation internationale à travers la MINUSMA.


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