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Comment financer le développement de l'Afrique ?
Forum d'Alger 2016
Publié dans La Tribune le 12 - 12 - 2016

L'Afrique ne dispose que d'environ 500 kwh d'énergie annuelle par personne, contre 3 000 kwh en moyenne mondiale ! Ce simple constat suffit à relever l'importance de la question du financement des infrastructures, qui accuse un déficit annuel de quelque 50 milliards de dollars. Une conférence a été dédiée à cette grande préoccupation des Africains lors du Forum d'Alger sur l'investissement en Afrique (3-5 décembre).
Comme Lionel Zinsou, coprésident d'AfricaFrance, le confiait à La Tribune à l'occasion d'une récente entrevue et ainsi qu'il l'a répété lors de sa participation à la conférence dédiée au financement du Forum d'Alger sur l'investissement en Afrique (3-5 décembre), aujourd'hui les Etats africains n'ont pas, ou plus, la capacité de financement nécessaire des immenses besoins d'infrastructure, tandis que leur possibilité d'endettement se trouve elle aussi réduite par leur piètre capacité à collecter des recettes fiscales.
Un état des lieux handicapant
Autre handicap, ainsi que le relevait un participant à la conférence, «pour prêter à l'Afrique, certains demandent aujourd'hui 25% de rentabilité... alors que l'on prête au gouvernement allemand à 1 % !» Autant dire que cette excessive perception du risque africain est parfois ressentie comme une injustice flagrante, ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de l'écrire en rapportant les témoignages de diverses personnalités africaines, notamment Mohamed El Kettani, président d'Attijariwafa Bank.
D'autres en revanche tempèrent le propos, observant que les ratings des pays africains sont trop bas pour que l'argent qu'on leur prête soit moins cher. Pour ne rien arranger, dans certains pays «les banques ne financent même pas 20% de l'économie», regrette Youssouf Bathily, président de la Chambre de commerce et d'industrie du Mali, tandis que l'on sait trop peu que certains de «ceux qui ont investi en Afrique ont eu des retours à deux chiffres», relève Mme Kodeidja Diallo, directrice du département de la gestion des risques du Groupe BAD (Banque africaine de développement).
Alors, si «l'Afrique est (potentiellement) la Chine d'il y a quarante ans», comme a pu le dire Grégoire Sentilhes, président du G20 des Entrepreneurs, encore faut-il qu'elle trouve le mix optimal lui permettant de financer son envol. Autrement dit : comment attirer, entre autres, les fonds de pension des riches veuves californiennes ?... et alors même que «les médias véhiculent une image négative qui plombe la perception de l'Afrique et dissuadent les IDE», relève un participant.
Les clés de l'attractivité de l'Afrique : encore un gros effort...
De fait, alors qu'un congressiste a réclamé «un plan Marshall pour l'Afrique subsaharienne», la représentante de la BAD a souligné qu'à la base de toute attractivité, il y a «d'abord la paix et la sécurité, évidemment». Par ailleurs, estime-t-elle, un gros effort doit être accompli pour minimiser l'économie informelle, à l'origine de «l'évaporation annuelle de quelque 72 milliards de dollars», selon une estimation communément partagée.
Autre paramètre incontournable : la stabilité du taux de change («il y a maintenant un consensus sur cette nécessité», relève le représentant de la Banque centrale algérienne) et aussi «un système boursier actif, avec une réelle faculté de revente d'actions, sinon personne n'investira», estime un capital-risqueur, tandis qu'un autre participant remarque qu'en Afrique, «nous avons 25 bourses mais toutes sont très limitées en termes d'entreprises inscrites et de capitaux disponibles, il faut les coordonner».
Mais rien n'est simple : alors que certains déplorent la faiblesse de l'offre de financement par les banques, d'autres, comme Sidi Ould Tah, directeur général de la BADEA (Banque arabe pour le développement économique), déplorent avoir eu à «faire face au manque de demande... paradoxal lorsque l'on parle surtout de manque de financement. Nous avons donc privilégié le recours aux banques intermédiaires locales, nous allons aller vers plus de banques commerciales».
La pertinence de la réglementation des pays d'accueil des IDE est un autre critère discriminant. Pour un capital-investisseur, «il est clair qu'un changement de réglementation peut changer notre implication : il est en effet indispensable que les actionnaires minoritaires soient protégés, et ce n'est pas le cas dans bien des pays». Ce même intervenant revendique néanmoins de se positionner comme «un vrai partenaire. Car si nous cherchons une rentabilité supérieure à 20% sur notre investissement, nous la créons ensemble. Nous apportons toutes nos connaissances et notre réseau à nos partenaires, nous leur ouvrons des marchés, nous sommes des hommes d'affaires... nous comprenons tout de la vie d'une entreprise, nous créons de la valeur ensemble».
De l'effet trompeur de certaines statistiques... et des avancées prometteuses du droit des affaires
Alors que pour Mme Kodeidja Diallo, «il n'y a pas de commerce inter-régional... donc il n'y a pas encore de vrai marché financier», Lionel Zinsou relève qu'il ne faut pas se fier totalement aux statistiques douanières. «Par exemple, explique-t-il, alors que la crise du Nigeria réduit le PIB de ce pays de quelques points, on observe des conséquences bien plus fortes sur les pays voisins : à Cotonou et à Lomé, l'activité portuaire a chuté de 25% et de 50% ! En fait, cela montre que l'Afrique commerce bien plus avec elle-même qu'on ne le croit communément.»
Célèbre pour sa propension à toujours mettre en avant - avec un talent reconnu ! - le côté positif des problématiques africaines, Lionel Zinsou relève que les 18 pays membres de l'Oada (Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires) accomplissent actuellement de formidables progrès en matière de convergence du droit des affaires. Depuis quelques années déjà, les procédures d'arbitrage mises en place ont permis de sérieuses avancées, et maintenant «on voit apparaître chez les avocats une hybridation entre la common law coutumière anglo-saxonne et la civil law qui s'inscrit dans la tradition du droit romain». Et bientôt viendront s'agglomérer à cela des éléments issus des réglementations de la finance islamique.
«Rien n'arrêtera plus l'intégration des économies, notamment anglophones et francophones... D'ailleurs pour les multinationales, comme Danone par exemple, l'intégration est déjà faite. Maintenant, tous les grands fonds sont présents à Abidjan et à Nairobi... comme à Londres, Paris et Francfort», considère encore Lionel Zinsou.
Enfin, selon le coprésident de la Fondation AfricaFrance, «il faut une vision et des outils institutionnels. Aujourd'hui plusieurs pays proposent des plans émergents détaillés, où l'Etat n'est plus l'acteur dominant. Dans le même temps les fonds souverains se multiplient, les Etats s'organisent comme ça, c'est une bonne interface. Ensuite, il faut protéger l'investisseur associé à l'Etat (PPP)... Le public ne peut plus le faire, il faut des investisseurs privés. Mais il est nécessaire de leur garantir des recettes, sinon le système s'arrête net, on ne pourra pas financer.»
A. M.
In latribune.fr


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