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Abderrazak Dourari, professeur de linguistique au Temps d'Algérie : « Pourquoi j'ai quitté l'Académie Tamazight »
Publié dans Le Temps d'Algérie le 21 - 01 - 2019

Dans l'entretien qu'il nous a accordé, le linguiste et anthropologue Abderrazak Dourari revient sur son départ précipité de l'Académie algérienne de langue Amazigh dont la composante a été annoncée dans le sillage de la célébration du premier Yennayer 2969. Il répond aux islamo-conservateurs qui s'opposent toujours à tout ce qui est lié à l'amazighité avec deux mots tirés de l'illustre islamologue algérien Mohammed Arkoun « l'ignorance sacrée ».
Entretien réalisé par Karim Aimeur
Le Temps d'Algérie : Moins de 48 heures seulement après avoir annoncé la composante de l'Académie de la langue Amazigh, vous avez créé la surprise en démissionnant. Peut-on connaître les raisons de ce « départ » précipité ?
Abderrazak Dourari : Pour le commun des Algériens ce serait une surprise, mais pour les autorités publiques ce n'en fut pas une du fait qu'elles savaient que je n'acceptais pas d'y figurer, ni comme président ni encore moins comme membre, depuis le mois de Mai ou de Juin 2018, c'est-à-dire depuis la fixation définitive du projet de loi organique par le conseil du gouvernement. Je fus informé comme tout le monde par la presse que j'y figurais et en plus à travers une manipulation outrageante: mon nom fut maladroitement choisi pour être associé avec celui du président retenu, qui était élève quand j'étais professeur, parmi une liste qui comportait 40 autres choix! Pour quoi le mien? Le pouvoir pouvait légalement choisir celui qui lui convenait le mieux et c'est normal. Pourquoi instrumentaliser mon nom comme ça? J'ai un haut sens de l'éthique universitaire et sociale et je ne pourrais jamais considérer l'éventualité de faire obstruction à une institution nouvelle pour l'avènement de laquelle je me suis battu depuis 2007.
La raison principale de mon refus de participer à cette académie est son statut rachitique en comparaison déjà celui de l'académie de langue arabe v. loi 86-10 d'août 1986 qui consacre trois catégories de membres (membre de plein droit, membre correspondants et membres honoraires. Pour l'académie de tamazight, j'avais demandé, je n'étais pas le seul, ces trois catégories selon l'argumentation suivante:
1-les membres de plein droit, formés de linguistes structuralistes, spécialistes de la langue tamazight, puis de sociolinguistes, puis des informaticiens des sciences du langage, et enfin des anthropologues ou historiens en nombre réduit ;
2-les membres correspondants, qui comptent parmi les grands spécialistes de cette langue de nationalités étrangères, afin de rendre les débats plus objectifs et lui donner une crédibilité internationale ;
3- les membres honoraires comprenant des écrivains, des poètes, des intellectuels algériens tamazightophones et arabophones ou arabisants…afin de lui donner une crédibilité nationale… Ce ne fut pas retenu.

Cette académie, avec les missions qui sont la leur, peut-elle contribuer à la promotion de tamazight ?

La mission de cette académie est difficultueuse au plan linguistique et politique. La variation sociolinguistique de cette langue et son intrication avec des questions sociologiques et culturelles; d'un côté et la complexité de sa tâche au regard de la contestation identitaire centenaire…en fait la reconnaissance de tamazight, de yenayer et son académie ne plait pas à tout le monde et il est clair que pour les courants salafistes inféodés à l'Arabie et les arabistes de droite qui ont assisté à cette reconnaissance comme une fissure dans leur trône, et dans leur gagne- pain, il s'agissait de peser de tout leur poids dans les structures du pouvoir pour la faire avorter…Les nuisances de ceux qui veulent construire un Etat sur un cailloux n'est pas moins contraignant…Comment devrais-je voir l'avenir de cette fragile institution face à ces causes rédhibitoires? Par ailleurs je parlais de cohérence d'ensemble, je me demande s'il existe en Algérie une seule institution civile de quelque nature que ce soit qui ne soit totalement effacée!

La graphie de la transcription de la langue pose également problème. Certains, pour des raisons idéologiques, veulent imposer le caractère arabe. Que préconisez-vous, en tant que linguiste ?

Je dirai que pour un linguiste la graphie est la question-type la plus inutile et la plus accessoire. On ne lui donne absolument aucune importance. Le turc est passé de la graphie arabe à la graphie latine sans pour autant changer le contenu sociopolitique ou culturel; aujourd'hui les islamistes gouvernent en Turquie. Seuls des idéologues dont surtout le discours religieux conservateur font dans l'aliénation culturelle et identitaire et s'opposent violemment et sans argument à toute transcription autre que l'arabe! Notant au passage que la graphie dite arabe est le résultat de l'adaptation à travers le temps de la graphie phénicienne (comme la graphie grecque et latine) adaptée à la langue nabatéenne adaptée à son tour à l'arabe au 8ème siècle J.-C. par une commission dirigée par Al Hadjadj bnu Youcef. Le Coran, avant cette date, avait toujours été écrit en nabatéen! Les ordinateurs n'écrivent dans aucun caractère mais dans un alphabet qui compte deux caractères: 1 et 0. Les religieux se mêlent de tout et pensent souvent que leur ignorance des sciences modernes leur permet de tout savoir et de tout juger! C'est que Mohammed Arkoun appelle l'ignorance sacrée!

Certains courants diffusent des prêches interdisant de célébrer l'amazighité, comme celui considérant « haram » de fêter le 1er Yennayer. Comment faut-il leur répondre.

C'est le même discours hostile sans argument recevable à la graphie latine, de la même origine que celle de l'arabe, qui toujours fait dans l'aliénation culturelle et identitaire et récusent l'existence même d'une algérianité multimillénaire (voir les découvertes archéologiques récentes à Ain Bouchrit/Sétif qui font remonter à 2.400.000 ans la souche anthropologique (ADN) du peuple algérien) pour nous faire l'éloge des armées arabes qui avaient conquis l'espace nord africain au 7ème et 8ème siècles! Déni historique! L'adhésion de notre peuple à l'islam comme sotériologie ou comme réponse à l'angoisse eschatologique n'a pas à être confondu avec ces armées mues essentiellement par le butin. Cette idéologie momifiée ne peut, dans cette perspective, accepter la célébration de yenayer, fête agraire antéislamique et symbole d'unité des peuples d'Afrique du nord. Ils acceptent avec beaucoup de mystification la célébration des rites de pèlerinage à la Mecque, rites païens et iconolâtres, sans rechigner par le fait de leur soumission sans limites à tout ce qui vient d'Arabie: Je dirai que même les vers d'Arabie seraient considérés par eux comme plus sacrés que ceux d'Afrique du nord, de nos ancêtre! Pourtant à bien regarder c'est autour de la Kaaba (pierre noire) qu'on fait des circondéambulations, et entre deux statuettes qu'on fait le safa et marwa et c'est une pierre qu'on lapide avec des pierres comme symbole d'Iblis! Faut-il interdire le hadj pour autant ? L'intelligence de Mohammad Ibn Abdellah en sa qualité de bâtisseur du premier Etat arabe est d'avoir su réintégrer ces symboles iconolâtres partagés par la population, dans les textes islamiques, y compris dans le Coran, afin de réunifier sous son pouvoir politique les différentes tribus d'Arabie de l'époque. Leur réinterprétation s'ensuivit avec le temps. On voit la mesure de son intelligence politique aujourd'hui quand on sait quel profit touristique, en termes de milliards de dollars, en tire l'Arabie Saoudite. Oui l'officialisation de Yennayer comme fête nationale relève effectivement de l'intelligence politique si, effectivement, elle est suivie sur le terrain social et culturel par d'autres dispositions juridiques et faits. Sinon il relèverait au plus de ce qu'on appelle en arabe: le daha' (La grande ruse) qui sera vite dégradé comme les mythes!


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