2000 partisans de la formation islamiste Ennahdha, présidée par Rached Ghannouchi, sont descendus, hier, dans la rue pour protester contre la nouvelle mesure du président tunisien Kaïs Saïed de dissoudre le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) qu'il accuse de «partialité» et de dépendance alors que ses détracteurs parlent d'un revers démocratique dans le «berceau du Printemps arabe». Dans un décret, le chef de l'Etat a remplacé le CSM par un organe temporaire. En outre, une interdiction est imposée «aux magistrats de tous grades de faire grève ou de tenir toute action collective organisée qui pourrait perturber ou retarder le fonctionnement normal des tribunaux». Le décret donne, également, au président le pouvoir de révoquer «tout juge qui manque à ses devoirs professionnels». Depuis qu'il a limogé le gouvernement Mechichi et gelé les activités de l'Assemblée des Représentants du Peuple (ARP, Parlement tunisien), le 25 juillet 2021, le président Saïed mène une vaste refonte des institutions, malgré les critiques des capitales occidentales et de l'Union européenne qui disent «craindre» un recul des avancées démocratiques en Tunisie. Même si Ennahdha, sa «bête noire», affirme qu'il a perdu beaucoup de partisans, il maintient le cap et n'hésite pas à se heurter aux fortes pressions des partenaires occidentaux qui jugent que sa dernière décision constitue «une violation flagrante de la séparation des pouvoirs». Les militants de la formation islamiste, descendus dans la rue, hier, à Tunis, ont réclamé la libération de l'ex-ministre de la Justice et numéro deux du parti, Noureddine Bhiri, et de Fethi Baldi, cadre dirigeant du parti, tous deux interpellés le 31 janvier dernier, en relation avec l'affaire du double assassinat en 2013 de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, deux personnalités de gauche très critiques envers Rached Ghannouchi et sa formation. Le dossier de ces deux meurtres est demeuré sans suite, à ce jour, dans les tiroirs du CSM, après que certains éléments de l'enquête ont «disparu du ministère de l'Intérieur, contrôlé par Ennahdha depuis 2011. Bhiri a entamé une grève de la faim, puis a été hospitalisé à Bizerte, son état de santé s'étant détérioré. Se fiant à la méthode du président Saïed - gel de l'ARP, dissolution du gouvernement Mechichi et du CSM -, certains observateurs pronostiquent une autre dissolution, tout aussi spectaculaire, dont ils disent qu'elle répondrait à une demande de la majorité des Tunisiens. Il s'agit du parti Ennahdha. Pour cela, ils avancent le fait que des campagnes ont été menées par les partisans du chef de l'Etat, pendant des jours, afin de préparer l'opinion à l'annonce des mesures précitées. Il est vrai que le collectif de défense des martyrs vient de jeter un pavé dans la mare, en accusant nommément le parti de Ghannouchi d'être responsable de l'assassinat des militants de gauche Belaïd et Brahmi, dont il était déjà le principal suspect depuis 2013. Affaire à suivre.