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Ecoles privées : L'inquiétude des parents
Suite aux derniére instructions du ministére de l'éducation
Publié dans Liberté le 08 - 06 - 2004

Suite aux menaces brandies par le département de M. Benbouzid de fermer les écoles privées qui ne se conformeraient pas au programme officiel, celles-ci ont décidé de réagir. L’action entamée par l’école Bendali de Zéralda est édifiante.
Ils étaient près de 200 personnes, tous parents d’élèves, à avoir répondu à l’appel de la directrice de la première école privée d’Algérie, pour la tenue d’une assemblée générale en vue de débattre de l’avenir des écoles privées dans notre pays. Il est à noter que c’est la première fois qu’un établissement de cette nature prend ce genre d’initiatives et parvient à tenir une réunion d’une telle envergure avec les parents d’élèves. C’était hier, à l’hôtel Safir-Mazafran de Zéralda.
L’école Bendali doit son nom à deux femmes-courage : une mère et sa fille, toutes deux ayant mis leur vie entière au service de l’enfance et de l’éducation. Mme Bendali mère a été d’ailleurs la directrice des Jardins d’enfants d’Alger. Ainsi, la mère et la fille se sont échinées, depuis le milieu des années 80, à monter la première école privée d’Algérie, d’une façon un peu “clandestine�.
L’école sera lancée officiellement le 1er septembre 1987, “avec seulement deux parents d’élèves�, précisera Mme Bouchaoui née Bendali, directrice de l’établissement. L’école prendra ses quartiers au sein de l’EGT Zéralda, à un jet de pierre de l’hôtel Mazafran. Parmi le staff de l’époque, l’établissement comptait une pédagogue rebelle : Mme Malika Greffou, “elle était notre conseillère pédagogique� confie Mme Bouchaoui. Au jour d’aujourd’hui, l’école Bendali est la plus importante du pays avec 350 enfants et 40 enseignants. L’école assure tous les paliers, du primaire à la classe de terminale, et son cursus est sanctionné par le bac français. Les frais de scolarisation, est-il utile de le signaler, s’élèvent à 5 500 DA par mois pour les paliers inférieurs, et 8 000 DA pour le secondaire, en sus de 10 000 DA de frais annuels.
135 écoles privées et 80 000 élèves
Notre pays compte 135 écoles privées couvrant quelque 80 000 élèves (contre six millions du secteur public). Les écoles privées ont fonctionné pour ainsi dire sans texte et dans le flou juridique le plus total jusqu’à ce fameux décret du 24 mars dernier qui, tout en reconnaissant explicitement l’existence de ces écoles en tant que structures actives du système éducatif national, a dans le même temps menacé ces mêmes écoles de fermeture si elles ne se conformaient pas au programme officiel. Un délai d’une année, indique-t-on, est accordé aux établissements privés pour se “formaterâ€�. Â
Le décret exécutif n° 04-90 du 24 mars 2004 “fixant les conditions de création, d’ouverture et de contrôle des établissements privés d’éducation et d’enseignement� est en fait l’émanation de l’ordonnance du 16 avril 1976 relative à l’organisation du secteur de l’éducation et de la formation. Il se trouve que cette ordonnance ne citait le privé que pour le préscolaire et les jardins d’enfants. Or, le décret du 24 mars outrepasse le champ ainsi délimité par la loi pour s’ingérer dans les autres paliers ; paliers à propos desquels un vide juridique subsiste puisqu’aucune législation n’a été émise sur le sujet à ce jour.
Les parents d’élèves rencontrés, hier, au cours de cette réunion, ont tenu tous à saluer l’effort de cette école à laquelle ils ont livré le sort de leurs enfants et se disent fort satisfaits. “Je suis très contente de la qualité de l’instruction prodiguée par cette école. Quand je dépose mon fils ici, je suis tranquille. Il m’épate par les sujets qu’il aborde�, dit une maman. Une autre abonde dans le même sens : “Je suis une femme active et, de ce fait, je n’ai pas beaucoup de temps à consacrer à mon fils. Mais quand je regarde ses résultats, je suis ravie. Ses notes sont excellentes et il me tient un français parfait�, témoigne-t-elle. Cependant, certains parents d’élèves regrettent que l’enseignement soit dans une large mesure d’inspiration française en raison du fait que les bacheliers qui sortent d’ici briguent pour la plupart une formation universitaire dans l’Hexagone. Tant et si bien, d’ailleurs, que certains professeurs ont eu à suivre des stages de perfectionnement encadrés par l’ambassade de France à Alger. Dans les débats, ayant émaillé l’assemblée générale, des voix ont clamé la nécessité d’étudier l’histoire de l’Algérie, les cours d’histoire étant consacrés à “nos ancêtres les Gaulois�. “Je trouve aberrant que ma fille connaisse par cœur les écrivains français et n’entende jamais parler de Mohamed Dib ou Abraham Serfaty, vu que les manuels de français font l’impasse sur les figures de notre littérature�, relève un jeune papa.
Le statut du français en question
La question de la langue a dominé et même passionné le débat, et pour cause : Benbouzid entend uniformiser toutes les écoles, publiques ou privées, linguistiquement parlant. Que certains établissements privés accordent une place de choix à la langue de Rimbaud semble fortement déplaire à nos ès pédagogues du ministère, trouvant là , encore une fois, matière à s’indigner d’une supposée marginalisation de la langue arabe — sachant que celle-ci jouit d’un volume horaire probant dans les écoles privées. Les plaidoiries des intervenants seront particulièrement vigoureuses sur ce point. “Nous ne pouvons pas encourager l’investissement étranger direct sans un environnement adéquat dont une ouverture en matière d’éducation�, note une juriste. Mme Bouchaoui fera observer que si notre pays veut épater les investisseurs étrangers, satisfaire les diplomates en poste à Alger ou encore nos émigrés désireux de revenir au pays, il faut des établissements scolaires adaptés, et c’est là que les écoles privées interviennent en offrant des alternatives au lycée Descartes et autre lycée international de Ben Aknoun. On soulignera, par ailleurs, que de toutes les façons, l’enseignement universitaire se fait dans une large mesure en français pour les matières scientifiques et médicales, que le français occupe une grande place dans les médias et dans la vie active.
Du fond de la salle, un père lâche : “Vous remarquerez que les discussions au sein des Conseils des ministres et de des Conseils du gouvernement se font en français�, avant de marteler : “Nos ministres, qui passent leur temps à nous donner des leçons de patriotisme, devraient commencer par donner l’exemple et faire rentrer leurs enfants au pays !� Mme Mokrani, 40 ans de métier, est professeur au sein de l’établissement. Comme ses collègues, elle est payée à l’heure, soit 300 DA de l’heure. “Quand j’étais dans le secteur public, les manuels étaient souvent vieux de 25 ans. Dans les livres de français, on parlait encore de barrage vert et de révolution agraire. Là , les manuels sont constamment réactualisés�, affirme-t-elle. M. Rachid Akkache est prof de philo. Consultant au musée des Beaux-Arts et à la Radio chaîne III, M. Akache est d’une sagacité d’esprit hors pair. Signe particulier : il est non-voyant. “Dans d’autres établissements, on avait la frousse à l’idée que je sois non-voyant, alors qu’ici, j’ai été accueilli à bras ouverts�, dit-il. Pour lui, le problème fondamental du système éducatif est qu’il manque de cohérence. Rachid Akkache refuse que les écoles privées soient assimilées à des “pizzerias�, le mot “privé� prêtant grandement à confusion : “Il ne faut plus parler d’école privée mais d’école libre. Le problème chez nous, c’est que l’on refuse à l’école libre le droit à l’institutionnalité�, dira-t-il, avant de lancer : “Je suis scandalisé de voir le ministre parler de fisc au lieu de contenu pédagogique. L’école privée n’est pas une entreprise mais une institution. Ses résultats sont visibles sur le long terme, en formant les citoyens de demain. Il ne s’agit pas de PRC et de PRI. Le débat est biaisé�. Comme ses collègues, il ne comprend pas qu’on veuille liquider l’enseignement en langue française : “Je veux bien enseigner en arabe ou même en berbère mais avons-nous les concepts pour le faire ? Comment parler des quaternions ou les nombres imaginaires ?� fait-il remarquer.
Un rapport pour Benbouzid
À l’issue des débats, deux commissions ont été dégagées, dont une commission juridique pour étudier les voies et moyens de contrer le décret du 24 mars. “La situation est grave mais pas catastrophique�, disait plutôt Mme Bouchaoui avec tout l’optimisme qui la caractérise. En dépit de l’ultimatum qui les guette, les écoles privées n’arrivent pas à faire front commun contre la bêtise.
La plupart semble sombrer dans une précarité telle que pour obtenir leur agrément, elles sont prêtes à devenir de simples annexes de l’instruction publique.
Le débat sur le statut des écoles privées se corse. Pendant ce temps, les parents s’inquiètent, “au moins que nos enfants puissent poursuivre leur scolarité dans les mêmes conditions� plaide une mère de famille.
Une réunion doit regrouper les membres de ces commissions, jeudi prochain, après quoi, leurs conclusions seront adressées à M. Benbouzid. Affaire à suivre…
M. B.


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