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Les geôles de la rue Mogador revisitées
Témoignages de Ammi Ahmed et hadj Brahim
Publié dans Liberté le 09 - 05 - 2019

Fatigué, visiblement affecté par ces souvenirs douloureux, on décèle, à travers ses lunettes de vue, une tristesse profonde quand ammi Ahmed évoque cette tranche de sa vie : "Après notre marche qui avait un caractère pacifique et au cours de laquelle nous affirmions nos aspirations pour recouvrer notre identité nationale, nous fûmes dispersés brutalement et beaucoup de compagnons furent massacrés par les balles assassines du colonialisme." Notre interlocuteur enlève ses lunettes, les essuie machinalement et les repose sur la table. Il garde un silence que nous n'osons pas briser par respect car nous avons ouvert une plaie à peine cicatrisée. Enfin, il reprend après un profond soupir : "Deux jours plus tard, j'ai été arrêté chez moi par deux agents de police. J'habitais à l'époque la rue du Fondouk, actuellement rue Bouzit-Malika, dans le quartier de Bab Souk. J'ai été emmené pieds nus au commissariat de police de l'époque, sis rue Mogador, actuellement rue Mohamed-Debabi.
Nous étions une quarantaine de détenus par cellule et nous souffrions de l'exiguïté, de la chaleur suffocante, de la soif et de la faim. Je me rappelle d'un fût de deux cents litres qui nous servait à faire nos besoins. Je n'oublierai jamais un certain policier qui éprouvait un plaisir sadique à nous frapper sauvagement à l'aide d'une canne préalablement trempée dans un bassin d'eau. Nous souffrions le martyre, mais nous avions la foi, convaincus de la justesse de notre cause ! Nous partagions la nourriture que quelques compagnons recevaient de l'extérieur, de la part de leurs proches." Ammi Ahmed qui nous a livré ce témoignage posthume (il est décédé en 2010), nous avait évoqué le four crématoire d'Héliopolis, de Kef-El-Boumba et la carrière de Hadj Embarek, qui ont été le théâtre d'atrocités, de crimes barbares, de génocide sur un peuple désarmé et pacifique.
Hadj Brahim nous a livré un témoignage poignant : "La veille du 8 mai 1945, fête de l'Armistice qui avait mis fin à la Deuxième Guerre mondiale et à la victoire des alliés sur le IIe Reich, nos responsables nous invitèrent à défiler et à prouver au monde entier que nous voulions notre indépendance. Le rassemblement eut lieu sur les hauteurs de la ville de Guelma à El-Karmet, aux environs de 16 heures. Miltants, sympathisants, gens de la ville et de la campagne participaient à cette marche pacifique. Nous portions des banderoles ‘Vive l'Algérie musulmane', ‘L'Algérie libre et indépendante', ‘Libérez les détenus politiques'. Nous descendions la rue d'Announa et nous fûmes stoppés au niveau de la banque de l'époque par les forces coloniales. Le sous-préfet Achiary, le maire Maubert, le procureur de la République, le chef de compagnie de la gendarmerie, le commissaire Tocquart, flanqués de policiers et de gendarmes, nous donnèrent l'ordre de nous disperser. Nous entamions des chants patriotiques et devant notre refus, l'on tira sur la foule. Il y eut 2 morts, Boumaza et Séridi, et de nombreux blessés. Le cortège se disloqua et tout le monde fuyait pour échapper à la fusillade.
L'état de siège fut décrété et avec l'arrivée des renforts, dont des tirailleurs marocains et sénégalais, la ville fut encerclée deux jours plus tard et le couvre-feu fut instauré de jour comme de nuit. Les forces coloniales, assistées par la milice armée composée de colons, opéraient des arrestations arbitraires. Des camions acheminaient des innocents au four crématoire d'Héliopolis, à Kef-El-Boumba et à la carrière de Hadj Embarek, qui furent exécutés d'une manière atroce et barbare. La région de Guelma fut mise à feu et à sang et aucun village, aucun douar, aucune mechta n'a échappé au carnage. Les maisons étaient vidées, les occupants assassinés, le butin de guerre emporté (bétail, vivres, bijoux)." Hadj Brahim a été arrêté quatre jours plus tard. Il raconte : "Nous étions quatre à être dirigés à la prison civile de Guelma. Jervais, le directeur de la banque, demanda aux policiers d'embarquer dans son véhicule deux d'entre nous. Ces derniers ne revinrent jamais. Mon compagnon et moi-même fûmes jetés en prison où nous avons passé deux mois dans des conditions inhumaines. Jervais, le colon barbare, qui avait du sang dans les mains, a perdu la raison et s'est tiré une balle dans la tempe. Les colons Chemol, Sultana Joseph et Ditelot furent abattus par nos moudjahidine, en signe de représailles, durant la Guerre de Libération nationale." Hadj Brahim, décédé voilà une dizaine d'années, lègue ce témoignage posthume à la génération montante. L'appel du massacre retentit dans la matinée du 10 mai de la bouche du sous-préfet.
Les fonctionnaires, les ouvriers, les colons, les jeunes gens, les femmes, les Maltais et même les Italiens reçoivent des armes pour "chasser les ratons, des va-nu-pieds faits pour nous servir, qui osent parler de dignité humaine et qui poussent la prétention à vouloir être nos égaux et vivre comme des hommes libres sur cette terre d'Algérie qui doit nous appartenir pour l'éternité !" Les armes automatiques entrèrent en action jetant l'effroi dans tous les quartiers musulmans. Combien d'Algériens tombèrent ce jour-là ? Des milliers, à en croire des témoignages ! Des avions de chasse se dirigeaient vers les campagnes, lâchant leurs bombes et mitraillant en rase-mottes, tuant les paysans non encore au courant du drame de Guelma.
La ville fut épargnée par les bombardements aériens pour la simple raison que tous les Européens s'y étaient rendus. Les coups de feu continuèrent tandis que les arrestations emplissaient, outre la prison civile, la gendarmerie, le commissariat de police, les locaux des Scouts musulmans et d'autres réquisitionnés pour servir de geôles à "l'Arabe" qui subissait les sévices et les tortures dignes de la Gestapo ! Le soir, des détenus étaient désignés pour enterrer, à la faveur de la nuit, des dizaines de cadavres dans des fosses communes, alors que des centaines d'autres étaient incinérés dans le tristement célèbre four crématoire.

H. B.


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