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"Le 4e art est le produit de luttes engagées"
Mohamed Boukerras, directeur de l'ISMAS
Publié dans Liberté le 03 - 08 - 2020

Désigné à la tête de l'Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l'audiovisuel (Ismas) de Bordj El-Kiffan, l'universitaire et spécialiste dans la critique théâtrale Mohamed Boukerras évoque dans cet entretien les grandes lignes de son programme, la future coopération avec le TNA et la situation actuelle du théâtre.
Liberté : Vous venez d'être nommé directeur de l'Ismas. Quelle est votre feuille de route pour cet institut, notamment pour le département théâtre ?
Mohamed Boukerras : La feuille de route s'articule autour de deux axes : une étude des données factuelles de l'institut et la constitution d'une équipe de travail solide. Le volet pédagogique est au sommet des priorités, et ce, avec l'ouverture de l'institut à tous les partenaires qui peuvent contribuer à consolider les connaissances des étudiants en matière de théorie et de pratique. Revoir les programmes de formation, notamment ceux destinés aux étudiants en licence toutes disciplines confondues (critique théâtrale, scénographie, capture d'image, prise de voix, etc.). Nous pensons également ouvrir l'institut à de nouvelles spécialisations répondant aux exigences du marché du travail. Nous envisageons aussi de publier un magazine spécialisé consacré aux études et recherches théâtrales.
Une démarche imminente pour laquelle professeurs et chercheurs devraient conjuguer leurs efforts. Il sera nécessaire de consacrer des cycles de formation au profit de techniciens dans les théâtres régionaux et les maisons de la culture dans le cadre du partenariat. L'une des priorités est également d'organiser des portes ouvertes sur l'institut, à travers les différentes institutions éducatives et culturelles au niveau national pour faire découvrir l'établissement, les spécialisations qu'on y propose, les perspectives et les projets à venir. Cela devrait encourager à accroître le taux des inscriptions à la rentrée universitaire. Nous estimons aussi que le partenariat avec les médias est plus que nécessaire pour les étudiants qui devraient bénéficier de stages de formation dans la presse écrite et audiovisuelle. L'EPTV a été la toute première qui nous a ouvert ses portes dans ce sens. Le conseil pédagogique a récemment approuvé l'organisation de forums et de colloques scientifiques en début d'année (si les conditions s'améliorent, notamment avec l'épidémie de Covid-19). Nous avons pensé établir une programmation périodique de spectacles et de projections cinématographiques des dernières œuvres, relancer les clubs estudiantins, quelles que soient leurs orientations (techniques ou sportives), encourager leur diversification et les accompagner à participer aux événements organisés à l'échelle nationale et internationale.
Vous êtes membre du laboratoire sur les expériences et les recherches théâtrales. En quoi consistera la coopération entre le TNA et l'Ismas ?
Nous avons la chance d'être proche du Théâtre national algérien, et un partenariat avec cette institution est envisageable, d'autant plus que son directeur, Mohamed Yahiaoui, est attentif à toutes nos propositions. À cet effet, nous aurons à organiser des manifestations, des séminaires et des représentations théâtrales conjointement. Nos étudiants auront la possibilité d'effectuer leur stage de formation au sein du Théâtre national, et nous sommes en pleine préparation d'un accord qui sera effectif à partir de la prochaine saison culturelle. L'idée d'un laboratoire est en vue. Il s'agit d'un espace d'expérimentation théâtrale dans un sens appliqué, un espace de recherche scientifique et d'accompagnement académique à travers les diverses expériences théâtrales en Algérie. Ce laboratoire sera installé au sein du TNA, car il est au cœur même de ce partenariat vital entre le TNA et l'Ismas, et il sera ouvert à toutes les expériences phare en Algérie, dans le but d'accueillir les nouvelles expériences théâtrales à travers différentes régions du monde.
Le ministère de la Culture et des Arts vient de lancer un chantier de réforme. Qu'en pensez-vous ?
En parlant de réformes, on reconnaît tacitement l'existence de failles et une négligence relevée. Il y a là un point de départ important vers le changement. Réformer l'institution théâtrale est l'exigence de tous les acteurs du théâtre, qu'ils soient amateurs ou professionnels. Cependant, réformer ne signifie en aucun cas tout balayer du revers de la main afin de recommencer à nouveau. Il s'agit plutôt de faire l'état des lieux tel qu'il se présente. Relever les imperfections du système, ses problématiques et penser de façon objective et impartiale à développer des solutions efficaces, pratiques, réalistes en toutes circonstances. Je suis sûr que le génie de ce comité réside dans cette force d'agir. Tous nos amis sont conscients des problèmes auxquels est confronté le théâtre aujourd'hui. On en parle quotidiennement, et nous sommes appelés à réaliser l'ampleur du problème, établir une liste des priorités afin d'engager le processus de réforme. Et à ce stade, on ne doit pas s'en contenter, puisqu'il y a nécessité aussi d'apporter des solutions juridiques et réalistes soumises à une méthodologie scientifique qui tient compte des ressources matérielles et humaines disponibles. Ainsi, nous sommes appelés à nous accepter les uns les autres, à être plus attentifs et à favoriser le dialogue qui s'écarte des convulsions. Nous pouvons ainsi, dans ces conditions, apporter des solutions satisfaisantes.
En tant qu'universitaire, quel constat faites-vous du 4e art en Algérie ?
Le théâtre algérien n'est pas le produit des salons fermés et climatisés, mais plutôt des luttes engagées depuis Allalou, Qsantini, Mustapha Kateb, Kateb Yacine et bien d'autres noms. Au fil des ans, le théâtre est resté le porte-voix de la société qui exige beaucoup du théâtre.
Durant les années 1970-1980, le public applaudissait longuement ces paroles inhabituelles dressant un tableau de la situation politique et sociale du pays. L'homme de théâtre a pris conscience de son devoir envers le public et a compris qu'il était la voix de ceux qui n'en n'avaient pas. Aujourd'hui, il est devenu plus difficile, avec l'ouverture d'espaces d'expression, notamment les médias sociaux : le public dispose d'options multiples, et cela rend la tâche difficile pour le créateur. On lui exige plus que jamais de satisfaire les goûts d'un public assez averti, ouvert à un large éventail de choix et ayant des tendances plutôt non constantes.
Ce qu'il aime aujourd'hui peut l'ennuyer demain, et ainsi de suite. Le théâtre algérien, face à cette nouvelle situation, réagit lentement, parfois spontanément. Quand bien même il existerait des œuvres excellentes, elles demeurent néanmoins des exceptions.

Ce secteur est en souffrance pour diverses raisons, malgré l'existence de production (théâtres régionaux, coopératives, associations)...
Je renvoie les problèmes du secteur théâtral à de nombreuses raisons, dont la première consiste en la formation. Quand on parle de ce volet, on ne parle pas seulement de formation artistique, mais aussi de management culturel, car le management est aussi tout un savoir-faire. On ne peut pas réduire la question de la formation aux seuls métiers du théâtre, à savoir l'actorat, la mise en scène, la scénographie ou la chorégraphie. Elle doit être extrapolée vers d'autres métiers recensés à plus de 30 professions qui ont cessé d'exister. Leur absence dans l'échelle de la production théâtrale a affecté de manière conséquente sa qualité. Non seulement le théâtre souffre de cette faille, mais des industries tout entières, à l'instar du cinéma ou de l'art en général, souffrent de l'absence de certaines professions nécessaires pour leur survie. Notre plus grand problème dans le théâtre relève de la gestion : celle de la production, de la préproduction et de la postproduction. Dans la distribution aussi, il y a la difficulté de créer de véritables entreprises qui bénéficient du soutien de différents acteurs économiques et de la société civile. J'ai l'impression que nous vivons sur des îles éparses, car dans tous les pays du monde la culture est l'enfant gâté qui suscite l'intérêt commun de tous les secteurs. Car elle représente l'identité et l'esprit de la nation. En ce qui concerne la volonté politique, on ne peut pas dire qu'elle est complètement négligée, elle est davantage liée aux personnes. Si le fonctionnaire accorde un grand intérêt à la culture, elle prospérera et évoluera.
Mais si la culture est considérée comme étant une question secondaire et un fardeau pour le Trésor public, elle devient un secteur improductif, le domaine de la culture alors va régresser. La question culturelle doit devenir une priorité nationale.
Beaucoup de professionnels pointent du doigt le désintérêt des spectateurs. Cependant, certaines pièces de théâtre comme Khatini, d'Ahmed Rezzak, Felhayt de Abdelkader Djeriou, GPS de Mohamed Charchal ont drainé du monde. C'est une preuve que le 4e art a son public...
Le théâtre est le produit de son environnement. Le théâtre, depuis les Grecs jusqu'à nos jours, est resté fidèle à la question sociale. La fidélité du public au théâtre est liée à l'adhésion du théâtre à la question sociale. C'est le rapport magique connu en théorie par tous. Mais qui peut l'incarner de manière créative ? C'est là où réside la différence entre une représentation esthétique qui répond aux goûts du public et exprime sa pensée et ses préoccupations, et un spectacle populiste flirtant avec le public dans un langage bas, sans pensée et sans beauté. Les œuvres que vous avez mentionnées dans votre question ont connu un succès de masse, parce qu'elles étaient fidèles aux tendances de la société. Le public, à travers ces pièces, a pratiqué le rire dans tous ses états, le rire critique qui dénude la réalité et s'en moque, ou bien le rire qui s'adresse à l'esprit dans le but de l'interpeller, à chercher le sens.
Tel est le rôle du théâtre, c'est toute une direction du jeu, du sens entre le créateur et le spectateur. La plus grande marque de respect envers son public est de respecter d'abord son esprit, tout en l'invitant à partager le jeu de la création du sens, et quand le public le ressent, il s'en réjouit et retrouve sa confiance dans le théâtre.
Entretien réalisé par : Hana Menasria


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