Genéve (Suisse) De notre nvoyé spécial A quelques encablures d'Evian où furent signés les accords qui menèrent à l'indépendance de l'Algérie, Genève, seule ville au monde à se distinguer par un monument liquide — le fameux jet d'eau du Lac Léman — a accueilli, du 16 au 18 octobre, une rencontre célébrant le cinquantenaire de l'indépendance algérienne. Intitulée «Les Algériennes», elle se proposait de rendre compte de la dynamique culturelle algérienne à travers les femmes artistes ou travaillant dans les médias. Trois institutions se sont mises en partenariat pour concevoir et monter cette manifestation : l'association Ecritures du Monde, présidée par Françoise Allaire, ancienne commissaire de l' «Année de l'Algérie en France» en 2003, l'Agence algérienne pour le rayonnement culturel et le théâtre Saint-Gervais de Genève, hôte de la rencontre. Celui-ci, situé en plein cœur de la ville, est un espace culturel polyvalent particulièrement actif, tourné vers les nouvelles expressions urbaines et les échanges d'idées. Il se veut être un laboratoire culturel vivant, pleinement inscrit dans la dimension cosmopolite de la capitale helvétique. Il n'en est pas à sa première en ce qui concerne la culture algérienne. Dans les années quatre-vingt-dix notamment, alors que la vie culturelle était quasiment éteinte en Algérie, il avait pris plusieurs initiatives pour accueillir des créateurs algériens et leur offrir des espaces de création et d'expression, comme l'a rappelé son bouillonnant directeur, Philippe Macasdar. Pour sa part, Ecritures du Monde, depuis l'an 2000, organise à travers le monde des chantiers d'écriture et de création ouverts à des auteurs et metteurs en scène d'horizons divers pour leur permettre de découvrir d'autres cultures, d'autres écritures. Elle a réuni ainsi plus de 100 auteurs et metteurs en scène du Moyen-Orient, du Maghreb, d'Afrique, d'Europe et du Canada. La rencontre «Les Algériennes» s'est articulée en trois thèmes, «Filmer : le jeune cinéma algérien» (le 16) ; «Ecrire : nouveaux visages féminins de la littérature» (le 17) et «Témoigner : presse, blogs et libertés» (le 18). Plusieurs jeunes créatrices et journalistes exerçant en Algérie ont été invitées à relater leurs expériences, montrer leurs créations et discuter avec le public. On y comptait les réalisatrices Yasmina Chouikh et Sabrina Draoui, qui ont réussi à rendre compte de l'émergence en Algérie d'une nouvelle génération de cinéastes, de son potentiel novateur ainsi que des difficultés qu'elle éprouve dans la promotion de ses créations. Celles-ci sont plus connues à l'étranger, notamment par le biais des festivals internationaux que dans leur propre pays, où le réseau de distribution demeure limité en dépit des progrès enregistrés. Au plan de la littérature et de l'édition, l'écrivaine Hadjer Kouidiri, par ailleurs responsable du supplément culturel du journal El Fedjr, ainsi que Khadidja Chouit, éditrice de la revue Esprit Bavard, ont permis au public du théâtre Saint-Gervais de découvrir les changements en cours dans l'expression littéraire et la vie éditoriale. L'apparition d'une jeune littérature moderne en arabe a été soulignée. Les romancières Khadidja Nemiri et Anya Merimèche n'ont pu répondre à l'invitation. La première, née en 1987, avait publié son premier roman à l'âge de 15 ans, comme la deuxième qui a été le plus jeune auteur présent à la dernière édition du Sila. Enfin, Radia Boulmaâli, rédacteur-reporter de radio et de télévision, aujourd'hui responsable des programmes culturels de Canal Algérie, et Hind Oufreha, chef de rubrique culturelle à L'Expression, ont participé, avec le signataire de cet article, à la présentation d'un panorama de la scène médiatique algérienne et de ses rapports avec la culture et la société. Ce thème a été abordé autant du point de vue des médias «classiques» que du développement des supports liés aux nouvelles technologies de communication. Plusieurs documentaires et reportages sur la culture et les médias en Algérie ont été projetés en alternance, avec les tables rondes, de même que les créations des cinéastes présentes ou encore les films produits dans le cadre du web-doc «Un été à Alger». L'écrivain Mohamed Kacimi, directeur artistique de l'association Ecritures du Monde, qui a assuré la médiation générale de la rencontre, s'est déclaré particulièrement satisfait : «Notre objectif était de réactualiser l'image de la culture en Algérie. Les feux de l'actualité sont braqués sur quelques pays arabes qui connaissent des changements ou des événements notoires. Mais il se passe beaucoup de choses en Algérie et notamment une effervescence culturelle importante. On peut dire que notre objectif a été atteint et que le public du théâtre Saint-Gervais dispose désormais de références fraîches et vivantes de ce regain culturel manifeste, ainsi que des obstacles qu'il rencontre encore». En effet, l'accueil des Genevois, dont plusieurs Algériens, s'est traduit par un enthousiasme chaleureux et une curiosité parfois pointue. Les échanges ont été marqués par une grande sincérité et se sont déroulés dans un esprit de découverte mutuelle particulièrement convivial.