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Les impacts du détroit d'Ormuz, des attaques contre les champs de production pétro-gaziers et l'importance des unités de dessalement d'eau de mer au Moyen-Orient
Les enjeux géostratégiques du conflit USA – Iran via Israël
Publié dans La Nouvelle République le 24 - 03 - 2026

En plus de la fermeture du détroit d'Ormuz où transitent environ un quart des exportations mondiales d'hydrocarbures, la guerre Iran-USA via Israël a franchi une nouvelle étape dangereuse avec les attaques contre les sites énergétiques, que ce soit en Arabie saoudite, en Irak, au Qatar, au Koweït, à Oman, aux Emirats et réciproquement contre les installations en Iran, où cet espace concentre plus de 40% des réserves mondiales rentables pouvant découvrir des milliers de gisements non rentables financièrement en référence aux vecteurs prix et coûts. Les plus grands bénéficiaires de ce conflit étant les compagnies américaines, certaines compagnies africaines et surtout la Russie, hors de cet espace, ne dépendant pas du détroit d'Ormuz. Aussi, nous assistons à une pression croissante sur les marchés pétroliers et gaziers. Le prix du pétrole étant passé avant le conflit de 65 dollars, le 23 mars 2026 10h GMT à 112,68 dollars le Brent et 99,01 dollars le Wit et le prix de cession du gaz surtout le GNL soumis au prix spot de 30 dollars le mégawattheure à plus de 60 dollars.
Pour le prix du gaz par canalisation plus bas que celui du GNL de quelques dollars, les contrats étant à moyen et long terme, leurs révisions supposent des négociations donc ne bénéficiant pas de cette hausse actuelle, du moins à court terme, contrairement au GNL.
1.-Les tensions avec l'Iran ont montré l'importance du détroit d'Ormuz, contrôlé par l'Iran et situé au sud-est de Bandar Abbas
Les pays frontaliers sont au nord l'Iran, et au sud-est les Emirats arabes unis, depuis Jazirah al Hammra, suivis du sultanat d'Oman. D'une largeur d'une trentaine de milles marins (55 km), le détroit comprend deux couloirs de navigation de deux milles (3,5 km) de large chacun, l'un montant, l'autre descendant. Les couloirs de navigation sont séparés par un couloir tampon de deux milles, bien que ces rails de navigation soient considérés comme étroits pour les supertankers, les porte-conteneurs ainsi que pour les méthaniers géants contemporains. Avec Gibraltar, le Bosphore, Malacca et le canal de Suez, il est l'un des grands détroits de la planète. Situé sur une très ancienne route commerciale entre l'Asie, la Méditerranée et l'Europe, il permet le passage du Golfe Persique au golfe d'Oman, puis à la mer d'Arabie et à l'océan Indien.
La fermeture du détroit d'Ormuz affecterait le transit du gaz et du pétrole, car il constitue la « porte de sortie » du pétrole de la région du Golfe, qui compte 5 des 10 plus gros producteurs de pétrole au monde localisés au Moyen-Orient, comme mis en relief précédemment. Plus de 30 % des produits pétroliers y transitent, dont plus de 20 % du GNL. Le détroit d'Ormuz constitue l'une des principales voies de navigation connectant les pays pétroliers du Moyen-Orient avec les marchés asiatiques, européens et nord-américains. L'idée de canalisations pour le contourner exigerait un investissement colossal. Il faut également tenir compte des tensions qui ont perturbé le trafic en mer Rouge, par où transite 12 % du commerce mondial de marchandises, une voie de transit qui concentre 30 % du trafic mondial de conteneurs et environ 8 % de produits pétroliers. Ces tensions ont fait augmenter le coût du transport maritime de 15 à 20 %. Conjointement aux tensions en mer Rouge, la possible fermeture du détroit d'Ormuz pourrait pousser les prix des hydrocarbures à la hausse, accentuant l'inflation mondiale. Selon le FMI, une hausse de 50% du prix du pétrole/gaz entraînerait une hausse de l'inflation entre 1,60, 8 et 2 %, et par ricochet accroîtrait le coût des marchandises. Les pays pétroliers mono-exportateurs et gros importateurs perdraient plus que ce qu'ils ont gagné et, d'une manière générale, cela menacerait la croissance de l'économie mondiale.
2.-Pour les champs pétro-gaziers, soumis à des attaques, alimentant l'économie mondiale, nous avons :
– Ghawar (Arabie saoudite) : Le plus grand gisement de pétrole conventionnel au monde.
– South Pars (Iran/Qatar) : L'un des plus vastes gisements de gaz naturel au monde, stratégique pour l'approvisionnement mondial.
– Masjed Soleiman (Iran) : Historiquement significatif comme le premier champ pétrolier découvert au Moyen-Orient.
Pour les raffineries et complexes pétrochimiques qui transforment le pétrole brut en produits finis (carburants, produits chimiques), nous avons :
– Raffinerie de Ruwais (Emirats arabes unis) : Un complexe colossal situé dans l'émirat d'Abou Dhabi, pilier du système énergétique émirati.
-Raffinerie de Ras Tanura (Arabie saoudite) : L'une des plus grandes raffineries du Moyen-Orient, située sur le Golfe persique.
– Raffinerie de Samref (Yanbu, Arabie saoudite) : Située sur les rives de la mer Rouge.
Pour les terminaux d'exportation et pôles de liquéfactions (GNL) qui servent à stocker et à expédier les hydrocarbures vers les marchés internationaux, nous avons :
– Laffan (Qatar), le plus important pôle de liquéfaction de gaz naturel (GNL) de la planète qui vient de subir des dommages importants et selon le ministre dues hydrocarbure qatari il faudra entre 3 à 5 ans pour revenir à sa capacité initiale.
– Kharg (Iran) : centre névralgique par lequel transite une immense partie des exportations de brut iranien et tout blocage risque d'asphyxier financièrement l'Iran.
3.-Mais outre ces installations stratégiques, cet espace étant désertique, cette énergie permet la production de l'eau à travers les unités de dessalement avec des impacts sur l'environnement, rendant urgent l'utilisation d'énergies renouvelables
Aussi, la dépendance extrême de l'eau douce au Moyen-Orient, constitue une vulnérabilité stratégique, rendant ces infrastructures cibles potentielles alors qu'elles sont des facteurs déterminants pour les économies des pays de la région. C'est que les pays du Golfe dépendent de manière critique du dessalement pour plus de 70% à 90% de leur eau potable : 90% au Koweït, le Qatar dépend à 99 % du dessalement pour alimenter sa population, de même que le Koweït, où ce chiffre atteint 90 %, l'Arabie saoudite 70 %, les Emirats arabes unis, au deuxième rang derrière leur voisin saoudien, où cette technologie fournit 42% des besoins. L'Iran possède également des unités de dessalement d'eau de mer, notamment situées le long de ses zones côtières, dont certaines ont récemment fait l'objet d'une attention particulière dans le contexte géopolitique actuel. Ainsi, le 8 mars 2026, Bahreïn a accusé Téhéran d'une attaque de drones sur une unité de dessalement d'eau de mer tandis que l'Iran a dénoncé une frappe similaire sur l'Ile de Geshm, ces attaques menaçant les fondements du modèle de développement de la région avec des impacts sanitaires et alimentaires. Pour les plus grandes usines de dessalement au Moyen-Orient en fonction de leur capacité et coût, nous avons : – Ras Al Khair, Arabie saoudite : 2.998.000 m3/jour 7,2 milliards de dollars, elle est communément considéré comme le poids lourd du dessalement au monde est un projet hybride qui utilise à la fois les technologies de flash thermique à plusieurs étages (MSF) et d'osmose inverse (RO). Situé à 75 km au nord-ouest de Jubail et desservant Riyad :
– L'usine de Djebel Ali Emiraties de 2.228.000 m3 jour 3 milliards de dollars.
– L'usine de Fujaïrah Emirats 1.045.361 mètres cubes jour entre 650/700 millions de dollars.
– l'usine de Taweelah Emiraties 909.200 millions de mètres cubes jour 874 millions de dollars.
– La Compagnie des eaux et de l'électricité de Jubail Arabie Saoudite 800.000 mètres cubes jour coût entre 800 et 1000 millions de dollars.
– L'usine d'Umm Al Quwain Emiraties 681.000 millions de mètres cubes jour coût 797 millions de dollars.
– L'usine de Sorek Israël 640.000 mètres cubes jour coût 489 millions de dUsine de Shuaiba Arabie Saoudite 600.000 millions de mètres cubes jour avec un coût de 821 millions de dollars.
En conclusion, afin d'éviter des tensions énergétiques de grande ampleur, aucun pays n'a intérêt à une généralisation du conflit au Moyen-Orient : ni les pays du Golfe, ni l'Iran qui a besoin de ressources financières du fait de vives tensions sociales internes, ni les grandes puissances dont la Chine qui pourrait être une des clefs du déblocage de cette guerre en faisant pression sur l'Iran, l'un des plus gros importateurs d'hydrocarbures, ni les USA. du fait que les grandes compagnies américaines sont présentes dans la région.
Abderrahmane Mebtoul
Professeur des universités,


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